Cf. Chapitre iv
-d’action sur nous-mêmes, à faire de l’auto-suggestion active ou gymnastique psychique.
2° — L'habitude de se suggestionner s’affermit peu à peu. Les échecs mêmes deviennent pour le sujet un enseignement; car ils lui prouventla nécessité de bien imprégner son esprit des procédés divers, qui lui permettent de varier ou de renforcer l’action de l’auto-suggestion. Il devient ainsi plus expert dans l’art de se suggestionner. Il se laisse moins aisément subjuguer par ses sensations, par ses passions; il s’apprend même à s’en faire parfois des auxiliaires précieux. Plus encore, il étudie l’influence des autres sur luimême, et s’applique à se rendre favorable. Toute une série de gradations insensibles — que chacun peut imaginer — l’amèneront ainsi à la troisième période.
3° — La pensée de se conformer aux règles de l’hygiène morale, en d’autres termes le souci de son perfectionnement moral et physique, le désir de diriger sa vie suivant un plan concerté et vers son but rationnel, s’est définitivement emparée de l’esprit; elle y règne désormais en souvei aine maîtresse. Cette pensee peut, a vrai dire s’obscurcir par instants, parfois être ébranlée par quelque secousse plus sérieuse. Même alors,
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elle ne s’efface jamais complètement : elle persiste au plus profond de notre être, prête à reprendre, une fois l’orage apaisé, sa place au premier plan.
Chez le sujet parvenu à ce degré de perfection, toutes les pensées, toutes les sensations, émotions, décisions, actions, se trouveront, dès leur naissance, nécessairement soumises à une sorte de contrôle instinctif qui approuvera ou blâmera, encouragera ou retiendra. Tout phénomène produit ou subi, en même temps qu’il répondra à la nécessité présente, sera comme une satisfaction donnée à l'intelligence directrice, et, par là même, lui fournira un supplément de puissance. En un mot, en dehors des courts instants qui resteront, comme précédemment, assignés à l’auto-suggestion consciente, l’habitude de l’autosuggestion demeurera toujours présente en nous comme un besoin, une tendance naturelle, qui régira tous les moments de notre vie, qui l’extraira, pour ainsi dire, déplus en plus aisément de la conception idéale que nous nous serons proposée pour modèle, si bien que chaque jour l’identification entre elle et nous deviendra plus intime et plus parfaite.
On le voit : l’hygiène morale ainsi comprise aboutit en somme à une philosophie pratique de
la vie; elle devient, l’art de discipliner notre esprit, notre corps, notre existence tout entière, sous les lois de l’intelligence et de la raison. A l'intelligence, que son fonctionnement incessant développera, élargira de plus en plus, de discerner ce qui est bon ou mauvais, ce qu’il nous faut vouloir ou éviter. Ces désirs ainsi formulés par l’intelligence, la suggestion, assidûment pratiquée, s’efforce d’en faire des réalités. Certes, à bien des personnes, nous le savons d’avance, rien au monde ne semble plus inutile que de méditer sur elles-mêmes et de se former une règle de vie. Le grand mot de philosophie les fait dédaigneusement sourire. A ces esprits si pleins de confiance en eux-mêmes, faisons remarquer qu’eux aussi, sans s’en rendre compte, ont une philosophie. Ne pas avoir de philosophie, en effet, n’est-ce pas encore en avoir une, et la pire de toutes, puisque, ne nous fixant aucun but, elle fait de nous le jouet inconscient des événements extérieurs et de nos impulsions propres, heureux, si le hasard en décide ainsi, trop souvent, à coup sûr, destinés à d’amères désillusions ?
i\ous prévoyons cependant encore une objection. « La conception que vous venez de tracer.
« nous dira-t-on, en habituant l’homme à réflé- « chir sans cesse sur lui-même, ne risquc-t-ello « pas de faire de lui exclusivement un méditatif. « d enerver en lui la tendance à l’action ». Raisonner ainsi, c’est, il nous semble, se laisser égarer par la puissance des mots; c’est ne pas séparer suffisamment l’action de l’agitation désordonnée et souvent stérile. Les deux modes de suggestion, compléments et correctifs obligés l'un de l’autre, visent à faire de nous «à la fois des hommes de pensée et des hommes d’action, mais d’action consciente et raisonnée. L’idéal qu’ils poursuivent par leur association constante, c’est de faire de toute pensée un acte, et de tout acte une pensée. L’essentiel, à coup sûr, n’est pas d’agir beaucoup, mais d’agir bien. Et d’un autre côté, réfléchir avant d’agir, c’est-à-dire préparer l’action, la rendre dès lors plus prompte et plus aisée, n’est-ce pas, en somme, commencer à agir? Tout ce livre n’est, du reste, que la confirmation de cetLc donnée. Nous sommes actifs, dirons-nous, chaque fois que nous proposons à notre pensée un but précis. A ce litre, dormir même, c’est agir, si l’on s’endort, non pas malgré soi, à son insu, lâchement vaincu par la fatigue, mais librement consentant, et avec la
claire conscience du repos que l’on va prendre, et qui nous rendra la force nécessaire pour nous remettre à notre tâche.
Tci se termine l’exposé des principes de la thérapeutique et de l’hygiène morales. Nous n’avons fait qu’en tracer l’esquisse générale, le canevas. Mais sur ce canevas chacun saura aisément, suivant son tempérament propre, broder ses variations personnelles. Dans la thérapeutique suggestive courante, nous l’avons dit déjà l, le médecin doit s’étudier très attentivement à adapter à l’individualité de son malade son individualité propre. En matière de thérapeutique autosuggestive, où le sujet devient lui-même son médecin, cette considération garde toute sa valeur. Chez l’un, l’énergie sera plutôt de mise ; l’autre (ou le même à un autre moment), se trouvera mieux de temporiser, d’agir doucement, par persuasion, d’insinuer la suggestion dans sa pensée. Celui-ci aura plus avantageusement recours à l’auto-suggestion méditative, celui-là à la gymnastique psychique. Mais ces modalités variables, à l’infini, doivent cependavit laisser en pleine lumière l’existence de règles communes,