‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 33 sur 60 · OBSERVATIONS MORALES ET INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS MORALES ET INTELLECTUELLES

Ennuis, préoccupations, etc. B. — Hier soir, invité à un dîner de cérémonie, j’avais, en m’habillant.

d. Pour beaucoup des observations qui suivent, on peut objecter, nous le savons, qu’il s’agit de pures coïnci^ dences. Nous répondrons : 1° que la répétition des mêmes faits doit nécessairement faire croire à un rapport de causalité; 2° que le sujet, chacun pourra le constater, sait fort bien comment il aurait été sans la suggestion et se rend parfaitement compte que le changement opéré en lui n’est pas le fait d’une évolution naturelle, mais résulte de la suggestion qu’il s’est donnée.

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1 ennui profond d’y aller, et peur, surtout, de m’ennuyer terriblement. La longueur de la course m’a obligé à penser, et j’ai voulu alors essayer non seulement de chasser de moi cette idée d’ennui, mais encore j’ai voulu ramener une idée de plaisir qui, après force essais, est enfin parvenue à dominer l’idée première et en a triomphé. En effet, j’ai causé beaucoup et gaiement, et j’ai passé une soirée fort agréable.

1° Il s’agit ici d’une auto-suggestion à distance, faite à l’état de veille, et qui n’en a pas moins été suivie d’un heureux résultat. L’auto-suggestion peut être parfois facilitée par les mouvements, les gestes; la marche a peut-être agi dans ce sens, dans l’observation qui vient d’être donnée.

2° Le sujet ne paraît pas avoir pensé tout d’abord à se suggestionner. Nous avons noté déjà que l’habitude même rendrait progressivement celte idée de plus en plus présente à l’esprit.

E. — Note à deux reprises sans autres détails :

— Tranquillité d’espritpresqueinconsciente venant d’un effort de volonté fait hier au soir.

— Un ennui auquel j’avais pensé la veille, ennui tout moral, a disparu complètement. Je sentais parfois, dans la journée, comme des lambeaux de cette pensée s’approchant lentement de mon esprit, mais

n’arrivant pas à se fixer. Ma seule pensée les faisait disparaître. Elle revenait parfois vaguement, comme essayant de nouvelles tentatives qui disparurent définitivement vers la fin de la journée.

Dans ces observations se trouve fort bien mise en relief une donnée d’une importance capitale, que vérifieront certainement sur eux-mêmes tous ceux qui s’exerceront à l’auto-suggestion. Bien qu’y ayant déjà insisté, nous ne croyons pas inutile d’y revenir encore. Une suggeslion a été faite : elle semble ne pas avoir réussi ou n’avoir donné qu’un résultat fort imparfait. C’est simplement qu’elle n’a pas eu le temps d’achever son développement dans l’esprit. Elle va y poursuivre son chemin, alors que le sujet a déjà la pensée occupée ailleurs, effaçant ainsi peu à peu, et sans qu’il s’en doute, et le trouble contre lequel elle était dirigée, et le souvenir même de ce trouble : la suggestion a réussi, mais le sujet reste ignorant de la victoire remportée.

Ces faits, nous le répétons, doivent être soigneusement contrôlés; car ils permettront de prendreconfiance.cn toutes circonstances dans l’ auto-suggestion. Dans bien des cas, au reste, l’inconscience n’est que temporaire. Au bout d’un certain temps, le souvenir du phénomène

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morbide et de la suggestion curatrice réapparaît à la pensée ; et par un effort de mémoire, on peut se rendre compte nettement de l’importance du résultat qui avait été obtenu.

Un mot encore sur cette réapparition à la pensée du phénomène morbide. Nous l’avions attribué, on l’a vu, au hasard seul y ramenant l'attention. A la réflexion, cette explication nous semble insuffisante. Voici ce qui se passe en réalité : La suggestion faite perd peu à peu de sa forme première. Dès lors, elle ne peut plus masquer complètement le phénomène morbide ; elle laisse réapparaître, ou, pour mieux dire, transparaître à nouveau celui-ci, mais plus atténué, moins précis. Un effort bien moins grand suffit pour s’en rendre maître; et ainsi de suite, à deux, trois reprises ou plus, jusqu’à ce qu’il soit définitivement éliminé.

F. — Fatigué, mal disposé dans le courant de la journée, je crains de faire mauvaise figure à une soirée où je suis invité. Je me suggestionne vingt minutes environ en m’efforçant peu à peu de me représenter gai, en train, causant sans peine. Le soir, je constate avec surprise que je suis en effet très gai, d’une gaieté très naturelle, et cela me parait très certainement attribuable à la suggestion que je

me suis faite. A un moment, j’ai ressenti un certain malaise dont je me suis facilement et presque immédiatement rendu maître par un simple effort de la pensée.

— J’ai du reste eu moi-même l’occasion de faire plusieurs fois sur moi des observations tout à fait semblables.

Suggestion contre idées ennuyeuses dont je ne puis me débarrasser. Je me recueille le plus profondément possible en tâchant de m’endormir et d’endormir ces idées. J’y parviens difficilement, car malgré moi, ma pensée revient sans cesse à ces préoccupations ; et à ce moment, je ne pense même plus a me suggestionner. Cependant après plusieurs essais, je remarque que j’arrive à y appliquer ma pensee un peu plus longuement, ce qui m’encourage a persévérer. Une fois que je me sens arrivé à un certain, calme relatif de l’esprit, je me représente ces idées s effaçant de plus en plus, disparaissant dans le lointain. Enfin, malgré la répugnance que j’y éprouvé, je me force à dire tout d’abordàvoix basse puis a demi-voix, enfin à exprimer tout haut et bien ranchement cette idée que je ne pense même plus à ces ennuis. Effectivement je me sens peu à peu remonté. Au bout d’un certain temps, j’ai constaté que depuis lors je n’avais plus du tout pensé à tout cela, a suggestion avait duré une demi-heure environ.

Cette observation décrit fort exactement les différents procédés de l’auto- suggestion dite

idèative. Celle-ci comprend en effet, unis ou séparés : 1° le recueillement ; 2° l’autosuggestion contemplative, ou mieux, représentative : ainsi, dans le cas qui vient d’être relaté, le sujet s’est efforcé de se voir lui-même gai, joyeux, tel qu’il désirait d’être. De même, pour une douleur, on se représentera peu à peu la région atteinte se dégageant, puis absolument indolore, jouissant de la pleine liberté de ses mouvements, etc.; 3° l’autosuggestion par la parole ou verbale. Et en sachant encore varier à propos ses procédés, en s’entraînant à parler tout d’abord à voix demi-haute, puis tout haut, le sujet a réussi à faire définitivement pénétrer dans la pensée, par effraction, en quelque sorte, la suggestion qu’il voulait y implanter.

Nous ajouterons cette remarque importante, au moins au point de vue théorique. C’est qu’entre les deux modes d’autosuggestion il n’y a pas de ligne de démarcation absolue. Toute autosuggestion active contient implicitement en elle une suggestion de l’idée : on l’a vu déjà. La réciproque est vraie pour l’autosuggestion idèative. C’est ainsi que l’autosuggestion représentative, si elle agit d’abord directement sur l’idée, exerce aussi sur elle une action indirecte, par contre-

coup, lorsqu’elle est parvenue à lui donner par l’imagination une forme plus concrète, à faire de cette idée une image. De cette représentation idéale, l’idée tirera en effet un supplément de force, tout comme de sa représentation réelle. Quant à 1 autosuggestion verbale, elle pourrait être, à tout aussi juste titre, rattachée à l’autosuggestion active, la parole n’étant qu’un des modes d’expression de la pensée. Si elle mérite une place à part, c est seulement parce que ce mode d’expression est le plus parfait, le plus complexe, et aussi le plus maniable de tous.

Au résumé, suivant la loi première de la suggestion, l’idée et la représentation de l’idée sont inséparables l’une de l’autre. Il n’y a donc pas, il ne peut pas y avoir de différence fondamentale entre les deux variétés d’auto-suggestion.

Un seul état mérite une place bien distincte, en s’opposant nettement à tous les précédents : c est le recueillement. Tandis que dans tous ceuxci, en effet, la pensée se manifeste activement, ici, au contraire, le sujet cherche uniquement à établir et à maintenir dans l’esprit un état de vide plus ou moins complet, en écartant de lui toute pensée active. C’est donc pour l’esprit, essentiellement, un état de repos. A son degré le plus

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élevé, le recueillement aboutira au sommeil profond, sans pensées, sans rêves.

L’observation suivante, empruntée à E, nous donne un exemple d’autosuggestion contemplative pure sans suggestion par la parole :

— Un de mes amis ayant mal agi envers moi, cette pensée me poursuit sans cesse depuis plusieurs heures. Pour m’en débarrasser, après m’être étendu, je me commande d’abord de dormir, mais le sommeil ne se fait point à cause de la fixité de ces idées. Pour m’y soustraire, j’essaye de compter les mouvements de ma respiration, et de les régler le mieux possible ; je cherche ensuite une idée plus agréable à laquelle je puisse me rattacher. A un certain moment, je sens qu’un peu de calme se fait, je tâche 'alors de me représenter tranquillement la personne qui m’a offensé, je m’efforce d’effacer, de brouiller pour ainsi dire peu à peu son image devant mes yeux. Par plusieurs suggestions successives faites de la même manière, j’ai réussi à dissiper complètement cette préoccupation. Le souvenir ne m’en est revenu que peu après, lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer de nouveau cette personne.

On voit ici en même temps un exemple de dérivation psychique. Le phénomène à combattre dominant trop puissamment 1 esprit pour pouvoir être attaqué directement, le sujet s’est

efforcé de diriger sa pensée dans un autre senSi Dès lors ce phénomène s’est naturellement atténué de lui-même, le recueillement a été rendu possible, enfin la lutte directe a pu être reprise avec meilleures chances de succès.

Découragement.— D. — Abattu, découragé depuis plusieurs jours à la suite d’une vive émotion que j ai éprouvée, j essaye de réagira plusieurs reprises. Les premières tentatives m’ont paru vaines. Cependant, deux jours après, j’ai remarqué que depuis lors je m’étais senti plus d’ardeur, plus d’entrain ; cela s était produit en moi sans même que je m’en fusse aperçu.

Colère. — C. — Remarque de lui qu’il a réussi par des auto-suggestions répétées à se rendre d’une

façon générale beaucoup plus calme, plus maître de lui.

Timidité. Préventions. - Le même, souvent embarrasse, est arrivé cc à vaincre en grande partie cette timidité, àse donner beaucoup plus d’assurance plus d’aplomb ».

t. 0bs ' pers- ~ J’ai recueilli sur moi des observations analogues, lors de mes derniers examens. Je me suis suggestionné la veille, en m’efforçant de von mes suggestions, c’est-à-dire, de me représenter devant la table d’examen, répondant tranquillement et posément à mes juges. Le lendemain, j’ai été

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étonné moi-même de mon calme parfait. Une fois cependant, je n’ai obtenu qu’un succès partiel.

B. — J’ai pu souvent faire disparaître par autosuggestion de petits ennuis créés à l’avance par l’obligation de voir certaines personnes, d’accomplir certains actes ennuyeux, comme une visite indispensable, etc.

A. — Habituellement froid ou réservé avec certaines personnes, et regrettant tout le premier ma froideur, j’ai eu souvent recours à l’auto-suggestion quand je devais les voir, pour me rendre plus aimable et plus expansif avec elles. Ces suggestions ont souvent si bien réussi, et si naturellement, que je me demandais les premières fois si elles étaient bien la cause du changement constaté.

Sentiments de regret, d'amour. — C. — Par

des suggestions fréquemment répétées a réussi à dissiper le regret que laissait en lui la perte d’un de ses proches, regret qui, en absorbant son esprit, menaçait de le détourner de toute autre préoccupation.

Chez D. — Observation analogue pour le chagrin qu’il éprouvait du départ d’une jeune femme à laquelle il était très attaché. — « Les suggestions ont été pendant assez longtemps très pénibles, et il m’a fallu très souvent de vigoureux efforts sur moi-même. Je m’attachais surtout à faire valoir à mes yeux, par un travail continu de suggestion, toutes les raisons que je pouvais trouver de ne pas avoir de regrets, et en même temps je m’efforçais de ne pas voir celles

qui pouvaient maintenir ces regrets. En ne négligeant ce travail à aucun moment, je suis parvenu à rendre mon souvenir confus, indistinct, comme enveloppé de brouillard. Dès qu’il apparaissait, il suffisait d’une suggestion beaucoup moins énergique pour le chasser. Plus tard même, j’ai remarqué que, même en essayant d’y porter toute mon attention, je n’arrivais plus à le ressaisir, à le reconstituer d’une façon précise. Il me semblait qu’il y avait en moi comme une barrière, un obstacle, une volonté autre qui s’opposait à la mienne. »

Cette volonté c’est l’habitude déposée et enracinée peu à peu par des suggestions répétées.

En résumé, tous les sentiments, inclinations, tendances, émotions, passions, sont justiciables indistinctement d'une thérapeutique commune, et cette thérapeutique découle elle-même des lois générales qui ont été établies. Tantôt on se trouvera mieux d’agir par voie indirecte, de mettre en œuvre les différents procédés que nous avons englobés sous la dénomination d’autosuggestion active. On réprimera les manifestations extérieures du sentiment que Ton veut combattre, ou, mieux encore, on s’efforcera d'exprimer en sa manière d’être, d’agir, de parler, le sentiment oppose. Ou bien on usera peu à peu la quantité d’énergie que ce sentiment

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représente, en la dérivant sur d’autres sentiments plus favorables, en la dépensant en occupations intellectuelles, voire même en exercices physiques (marche, etc...). D’autres fois, il sera préterable, au contraire, d employer l’autosuggestion proprement dite : « contemplation » du sentiment qu’on veut implanter en soi, auto-suggestion verbale avec ou sans recueillement. Nous sommes loin de prétendre que la tâche est toujours aisée : elle l’est cependant souvent beaucoup plus qu’on ne le croirait de prime abord, et dans bien des cas on s’étonnera de pouvoir produire par des moyens, en somme très simples, des transformations si profondes.

La difficulté que rencontre ici l’autosuggestion est celle qu’elle retrouvera partout ailleurs ; si elle est plus nettement perceptible dans le cas présent, c’est seulement parce que les phénomènes de l’esprit sont plus directement accessibles à notre observation. Cette difficulté, c’est que la passion, à mesure qu’elle grandit, maîtrise peu à peu la volonté et fait de celle-ci sa compli ce toujours plus docile. Elle s’inscrit dès lors dans l’esprit à la façon d’une habitude, d’une tendance, qui cherche à se satisfaire et trouve son plaisir dans sa satisfaction même. Ainsi,

pour nous suggestionner, il nous faudra lutter contre notre volonté et notre plaisir mêmes *.

Si notre volonté était, suivant la croyance commune, faite d’une seule pièce, la situation serait, en effet, plus que compromise. Il y a des cas, il est vrai, où la passion est si forte qu’elle accapare toute la volonté; mais ce sont là, fort heureusement, des épisodes exceptionnels et peu durables par leur violence même. Habituellement, il n en est pas ainsi. La volonté, on ne saurait trop le répéter, n’est pas une force homogène. Deux volontés opposées peuvent parfaitement cohabiter dans 1 esprit. Chacun de nous

1. La même observation s’applique aux névroses qui ne sont, nous l’avons dit déjà, que l'histoire amplifiée des passions. Les névropathes sont en même temps, et par dessus tout, des psychopathes. Certains d’entre eux ne veulent même passe reconnaître malades ; tout au moins, déclarent-ils et croient-ils eux-mêmes de bonne foi qu'ils guériront dès qu’ils le voudront. Ou bien encore, ils désirent ardemment guérir ; mais il y a en eux comme un autre moi qui les attache à leur maladie et s’efforce de les soustraire à la guérison. En traitant ces malades, on remarquera souvent que la guérison s’effectue en deux stades : t° Guérison en fait; 2Ü Guérison dans l'idée • le sujet, alors, même qu’il est guéri ou amélioré, se croit encore aussi malade que par le passé ; il faut savoir le convaincre, lui faire toucher du doigt le progrès réellement accompli.

n’a qu’à se rappeler ses propres observations. Alors même qu’il lui semblait que la passion seule régnait sur lui sans conteste, qu’il n’y avait en lui qu’une volonté, tout entière d’accord avec cette passion, ne lui est-il pas arrivé bien souvent, — le plus souvent — , de sentir tout au fond de lui-même une autre volonté toute contraire, celle de résister, de rétablir en lui le calme et la raison ? Volonté momentanément obscurcie, à peine consciente, mais toute prête à se manifester plus clairement, dès que la passion aurait jeté son premier feu. Or, cette volonté favorable suffit, si faible qu’on la suppose ; car une tactique habile et tenace pourra la fortifier au point qu’elle finisse par contrebalancer la passion dominatrice, puis par en triompher à son tour.

Comme corollaire à ces remarques théoriques, nous établirons ces quelques règles pratiques '?

1° Soumettre en tous temps à une surveillance attentive, s’efforcer de réprimer aussitôt, pour peu qu’ils semblent prendre une certaine intensité, nos sentiments, émotions, passions, et cela, quelques légitimes qu’ils paraissent. On se complaît dans des souvenirs, des regrets. O11 croit pouvoir s’arrêter à son gré ; puis, sans qu’on

s’en soit aperçu, un moment vient où l’on sent qu’on n’est plus le maître, où l’on se trouve entraîné. En règle générale, il ne sera jamais trop tôt pour intervenir.

2° Ne jamais abdiquer la lutte, alors même qu’elle semble impossible ; ne jamais désespérer, alors même qu’on n’espère plus.

Cependant, si la réaction immédiate et énergique semble impossible, laisser à la passion libre cours quelque temps, — le moins longtemps possible — , de façon à lui faire perdre une partie de sa violence première. Ce ne sera pas, de notre part, soumission par lâcheté, mais retraite prudente qui nous permettra de concentrer nos forces, qui présagera et préparera l’offensive. Nous nous résignerons à permettre ce que nous ne pouvons empêcher, mais en nous attachant à protester en nous-mêmes et à réagir, d’abord timidement, contre la contrainte qui nous est imposée, en nous promettant une intervention plus ouverte, dès que nous sentirons les chances moins inégales. Si même pous devons finir par succomber, notre défaite n’aura pas été aussi complète ; nous aurons été entraînés moins vite et moins loin ; nous aurons puisé dans notre résistance l’espoir d’une prochaine revanche.

3,J Prendre garde seulement que ces renoncements apparents à la lutte ne nous conduisenl pas à des renoncements réels. Nous défier des compromissions, des mensonges auxquels nous sommes trop enclins envers nous-mêmes. Tel le paresseux qui, pour cesser son travail, se fait croire qu il travaillera mieux le lendemain, sachant fort bien, au fond de lui, qu’il n’en fera pas plus demain qu’aujourd’hui.

4° De même, si analyser ses sentiments, c’est déjà, bien souvent, atténuer beaucoup leur intensité, les refroidir, en quelque sorte, au contact de la raison, prendre garde cependant que cet examen de conscience ne soit pour nous un prétexte, plus ou moins nettement avoué, à retenir notre attention sur des sujets dont elle devrait se détourner. Aussi, dans bien des cas, le meilleur parti à prendre sera-t-il encore le refus de tout examen, de toute discussion avec soimême, la négation pure et simple du sentiment dont on veut se défaire, l’affirmation de celui qu’on veut déposer en soi, en un mot la suggestion nette, franche, impérative, brutale même . La ligne de conduite variera donc suivant les circonstances : ce sera là une question de tact, de doigté personnel, que chacun,

une fois prévenir, acquerra par habitude L

Les résultats obtenus par l’auto-suggestion dans celte thérapeutique passionnelle ne sont d’ailleurs qu’un écho très affaibli de ceux que donne l’hétéro-suggestion. Si le traitement du corps par 1 esprit rencontre encore bien des incrédulités, il n’est douteux pour personne que les affections de l’esprit ne sont guère justiciables que d’une thérapeutique psychique.

Mais ici on se bute à une autre difficulté. Les esprits sont encore peu faits à l’idée d’une telle thérapeutique; la croyance commune est que les passions doivent être raisonnées, redressées peu à peu: on comprend mal la possibilité et la légitimité d’une action plus directe et plus puissante. Et pourtant, si, en notre conscience, nous jugeons bien délibérément tel sentiment' telle passion pernicieuse pour nous, quoi de plus juste et de plus naturel que d’essayer de nous en défaire par les voies les plus rapides ? Aussi qu’arrive-t-il trop souvent? Tant qu’il se sent capable de résister encore, si peu que ce soit, le sujet s’attache obstinément à cette sorte

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fera de lui-même celte application Le l°Cteu1'

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de pudeur irraisonnée qui le retient de s’ouvrir à un étranger, de laisser « profaner son sanctuaire moral» ! C’est seulement lorsqu’il se sent a bout de forces que l’instinct de la conservation réapparaît; il comprend que toute passion (suivant l’étymologie même du mot) 1 est une vraie maladie de l’âme, et peut et doit être traitée comme telle. Nous avons eu déjà nousmême l’occasion de soigner ainsi deux sujets atteints du « mal d’aimer », qui, chez l’un d’entre eux, avait même enfanté des idées de meurtre et de suicide. Chez celui-ci, fait qui n’est paradoxal qu’en apparence, la guérison fut obtenue plus rapidement, en une huitaine de jours. L’autre, au bout d’une quinzaine environ, se sentit suffisamment retrempé pour parachever lui-même sa cure.

Volonté. — La volonté habituelle s’est naturellement trouvée accrue, dans tous les cas, du fait de l’auLo-suggestion . C’est là, du reste, un fait qui a été suffisamment établi précédemment.

Une remarque qu’il est pourtant intéressant

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