De pati, souffrir
DIS LA VOLONTÉ
de faire, c’est que la seule suggestion de volonté, donnée par soi-même ou reçue d’autrui, se traduit par une augmentation réelle de la puissance du vouloir. Parmi les mots que nous employons le plus couramment, n’en est-il pas beaucoup, dont nous comprenons parfaitement le sens, et dont nous serions néanmoins fort embarrassés de donner la définition exacte? De même dans le cas présent, il ne sera pas besoin, pour interpréter la suggestion, que l’esprit sache analyser le mécanisme psychologique de la volonté.
Travail, etc. — D. — J’essaie d’isoler ma pensée sur mon seul travail aux dépens de toute la vie extérieure. Je remarque à la tin de 1 après-midi que mon temps a été employé bien mieux qu’à l’ordinaire.
Exemple d’auto-suggestion active qui pourrait sembler presque banal; car il est évident que toute distraction, toute défiance de soi-même lendent le travail moins fécond. Cependant, si le sujet a cru devoir le noter, c’est sans doute qu’il a voulu marquer qu’avant d’être initié à l auto-suggestion, il n aurait pas songé à manier ainsi son attention, et ne l’aurait pas maniée aussi bien.
l’éducation
— obs.pcrs. — Pour ma part, j’ai souvent fait, l’observation suivante. Je me suggérais de travailler facilement et avec pleine confiance, d’y concentrer toute mon attention, de trouver et de déduire sans peine mes idées, etc. Puis je me mettais au travail, oubliant (ainsi qu’il a été dit) la suggestion donnée. Au bout d’un certain temps (lorsque celle-ci avait achevé de produire son effet dans l’esprit), je la sentais revenir à ma mémoire, et je constatais que mon temps avait été en effet bien mieux employé qu’avant la suggestion.
Les résultats ont été si frappants et se sont répétés si souvent que j’ai dû naturellement admettre la relation de cause à effet sur laquelle, à mes premiers1 essais, j’avais eu quelques doutes. Je ne prétends certes pas y réussir toujours. Mais actuellement, môme lorsque je n’y réussis pas tout de suite, je me dis qu’il n’y a là qu’une affaire de quantité de suggestions ; et je m’attache à les répéter suffisamment, jusqu’à ce que je sente, à un certain moment, que la résistance commence à céder, que l’esprit s’est laissé entamer par la suggestion. Ce premier résultat obtenu, je ne m’arrête pas cependant, et malgré l’impatience que j’éprouve de me remettre immédiatement à la tâche, m’y sentant mieux préparé, je m’impose de continuer la suggestion jusqu’à ce qu’elle se soit mieux précisée encore, convaincu que cette suggestion préliminaire aura pour résultat un travail meilleur et une économie de temps très certaine.
— G. de Lagrave cite de lui-même des observations du même genre :
« L’auto-suggestion d’écrire et d’avoir des idées est celle que je me suis donnée le plus souvent. C’est celle qui pour moi est la plus probante. Souvent je me suis mis à ma table de travail sans m’être donné cette auto-suggestion. Au bout de dix minutes j’étais à court et obligé de faire autre chose. Quand cette auto-suggestion était bien faite, je pouvais accomplir un travail que je constatais. La valeur du travail n’est pas en question, mais le travail existait ».
— Un de mes sujets, commerçant, s’est suggéré à plusieurs reprises, avant d’aller voir ses clients, de bien réussir dans les affaires qu’il devait négocier avec eux. Or, fréquemment, dit-il, la suggestion fut suivie du résultat désiré.
Ainsi résumée, l’observation peut sembler singulière. Elle n’a rien cependant que de très naturel. Une suggestion, quelle qu’elle soit, étant déposée dans l’esprit, l’organisme s’y adapte de son mieux pour en amener la réalisation. Dans le cas actuel, par la suggestion : je réussirai, le sujet s’est inconsciemment donné plus de confiance en lui — et la confiance n’est-elle pas déjà la moitié du succès? — il s’est rendu plus adroit, plus persuasif. Quoi d’étonnant si, dans
l’éducation
ces conditions, le succès désiré s’est produit en effet?
Obs. pet's. — Il m’est arrivé d’agir de môme pour ma mémoire, et de mieux retenir ce que je voula's apprendre, par suggestion préalablement donnée.
— Observation de Coste de Lagrave : « Je chante mal ; je pratique l’auto-suggestion de chanter avec goût, de faire plaisir aux personnes qui m’entourent; je reçois des compliments pour la première fois de ma vie. »
— Chez A. B. F. Suggestions de se montrer gai, animé, d’être causeur agréable, de trouver aisément des sujets de conversation et de plaisanteries, etc.
Je le répète : ces observations qui peuvent aisément fournir matière à raillerie, ne sont, en réalité, nullement extraordinaires pour qui connaît et comprend bien les lois de l’auto-suggestion. Elles le deviennent bien moins encore, si on considère les résultats fournis par l’hétérosuggestion. Tous ceux qui ont traité par la psychothérapie des cas d’hystérie ou de neurasthénie plus ou moins graves, avec dépression morale, phobies de toute nature, troubles de la mémoire, troubles de l’intelligence, quels qu’ils soient (idées confuses, difficulté ou impossibilité
de lire, d’écrire, oubli de l’orthographe, etc.), ont été frappés des améliorations, parfois extrêmement rapides, obtenues, — et cela, contrairement au préjugé courant, sans aucune réaction fâcheuse. Les individus non nerveux, mais dont la faculté de travail se trouve momentanément affaiblie, tireront, eux aussi, et à plus forte raison, grand bénéfice du traitement suggestif.