INSOMNIE
L’insomnie est un des troubles que le médecin est le p I lis souvent appelé à combattre; elle constitue, en effet, pour les malades qui en souffrent un phénomène extrêmement pénible. L’importance du sommeil pour le bon fonctionnement de notre organisme ne saurait d’ailleurs être exagérée; la place qu’il occupe dans notre existence (un tiers de colle-ci, au moins, chez presque tous les sujets) suffit pour en témoigner amplement.
Mais, ici encorej la simplicité du mot est trompeuse. Sous cette dénomination commune d’insomnie, on catalogue en réalité toutes sortes de troubles fort différents les uns des autres.
Ainsi il y a des sujets chez lesquels la durée moyenne du sommeil est sensiblement inférieure à la normale : ces sujets ne dorment jamais, en effet, plus de trois, quatre, cinq heures par nuit. Or, ils trouvent cependant dans ce sommeil ainsi raccourci un repos amplement suffisant. Ce sont d’ordinaire des individus d’activité plutôt exagérée, et l’insomnie n’est elle-même qu’un symptôme de cette hyper-activité. Leur esprit s’accommode mal d’une inaction trop longue; mais en revanche, habitués à transformer rapidement l’idée en fait, ils savent se reposer beau-' coup en peu de temps; ils savent, pourrait-on dire, dormir vite.
“ Ce n’est pas là le cas le plus fréquent; en général, un sommeil non assez prolongé laisse après lui une sensation plus ou moins vive et persistante de fatigue.
Dans bien des cas, ce n’est pas une privation, mais un trouble quelconque du sommeil. Tantôt, c’est surtout une difficulté pour l’entrée en sommeil : le malade a la pensée occupée à cent sujets divers; il se retourne en tous sens, chance sans cesse de position, allume sa bougie, pour reprendre une lecture ennuyeuse, use en un mot de- tous les artifices pour trouver le sommeil qui
l’éducation
s’obstine à le fuir. Tantôt le sommeil s’étend à la nuit tout entière; mais il est coupé par des réveils, très courts, mais extrêmement fréquents, qui donnent au malade l’idée qu’il ne dort pas; il entend chaque nuit, dit-il, sonner toutes les heures. D’autres fois, ce sont des rêves incessants, pénibles ou effrayants. « Les rêves, dit d’ailleurs fort justement, à ce propos, Levillain paraissent déjà par eux-mêmes constituer une forme pathologique du sommeil. Certains individus bien constitués, vigoureux et sains, beaucoup de paysans, ne rêvent jamais. C’est assurément l’état idéal du sommeil, c’est-à-dire de l’oubli et de l’inactivité cérébrale». Tel sujet encore se plaindra d’insomnie, alors qu’on lui soutient autour de lui qu’il dort d’un excellent sommeil ; et des deux côtés on est dans le vrai : il dort, en effet, mais d’un sommeil incomplet, agité, (j ui ne lui donne pas la sensation du repos. Chez les neurasthéniques, on observe souvent une contradiction de même ordre. Interrogez-les superficiellement; ils vous diront dormir fort bien; ils dorment, en effet, d'un sommeil tellement profond qu’ils ne gardent aucun sou-