Général Hekr, p
rière à la poussée germanique vers l'Orient, après avoir été, au xvr. la barrière à la poussée turque vers rOccident.
Voilà le secret des conversations de Konopischt; voilà, sur le prétexte du drame de Sérajévo, le secret de l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie, d'où est sortie la guerre.
Si fatiguée qu'elle fût par deux campagnes, dont la première avait été aussi meurtrière que glorieuse, il sembla d'abord que la Serbie allait être de taille à assurer à elle seule, avec ses seules forces, son indépendance contre l'Autriche. De fait, tant qu'elle n'eut affaire qu'à l'Autriche, elle garda l'avantage. En avril 1914, victoire du Jadar sur la première Straf expédition, expédition pour le « châtiment », qui a passé la Drina et poussé, de l'ouest à l'est, vers la région montagneuse et boisée où les Serbes l'attendent; près de 40,000 hommes hors de combat, dont 4,000 prisonniers avec 46 canons. En décembre, victoire du mont Rudnik et de Subovor sur la grande armée de Potiorek, qui a occupé Belgrade sans combat et s'est avancée par la route de Nich avec une insolente confiance; elle est reconduite sur la rive hongroise du Danube, et beaucoup plus vite qu'elle n'a progressé, ayant perdu plus du tiers de son effectif de 300,000 hommes, 40,000 prisonniers et plus de 100 canons.
Mais plus sensible a été l'humiliation d'avoir été battu ainsi par ces paysans soldats, plus violente sera la passion de revanche chez les Autrichiens qui vont, cette fois, à l'automne de 1913, appeler à l'aide les Allemands et les Bulgares et combiner avec eux une foudroyante offensive, se déclenchant de trois côtés et menaçant de prendre dans de terribles cisailles l'armée serbe épuisée par ses victoires et par la maladie.
Le transport des troupes austro-allemandes vers le nord de la Serbie avait commencé dès les premiers jours de septembre. C'était, sous le commandement en chef de Mackensen, plus de 160 bataillons, pourvus d'une abondante artillerie et de nombreux canons de gros calibre. Bien que leur concentration eût été opérée avec une remarquable habileté, les avions serbes l'avaient surprise et ils avaient renseigné le quartier général avec assez d'exactitude pour qu'il ait
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reconnu les principales lignes d'attaque des armées ennemies. Les bombardements d'ouverture sur les positions serbes de la rive droite du Danube et de la rive droite de la Save éclatèrent dans la matinée du 6 septembre.
La mobilisation générale des Bulgares fut décrétée le 10. Personne ne douta à Belgrade que c'était contre la Serbie. Cependant l'illusion continuait à habiter les cerveaux des ministres dirigeants de l'Entente, incapables de réaliser la félonie du Cobourg de Sofia, et cela en dépit des enseignements de la seconde guerre balkanique, sa première grande trahison. Un écrivain belge, M. Georges Lorand, qui avait été l'éloquent avocat des Bulgares aux jours de malheur, leur cria « qu'ils allaient à la fois se déshonorer et se suicider ». Le revirement qu'il voulait encore espérer ne se produisit pas. Le tzar des Bulgares tenait sa vengeance, il ne la lâcherait pas.
J'écrivais à la même époque : « Demandera-t-on aux Serbes d'attendre, l'arme au bras, que soit achevée la concentration bulgare, et une armée austro-allemande réunie sur la rive gauche du Danube? » La faute paraissait invraisemblable. Elle fut commise. « On ne raisonne pas avec les loups », dit le proverbe serbe. Tous les avertissements furent vains. Il était déjà trop tard de beaucoup, le 3 octobre, quand nos premiers soldats débarquèrent à Saloniqqe, trop faible avant-garde d'un corps expéditionnaire, lui-même trop faible, qui devait chercher, avec le concours des Anglais, à se porter au secours de la Serbie, délaissée par la Grèce en violation de la foi formelle des traités d'alliance.
L'Etat-major serbe s'était convaincu de l'arrivée prochaine d'importants renforts des Alliés. Il décida en conséquence de se tenir jusque-là sur une solide défensive, au front Nord contre les Austro- Allemands et contre les Bulgares à l'Est. Il est apparu par la suite, et le conseil en fut donné dès lors, si je suis bien renseigné, que la sagesse aurait consisté à abandonner la Serbie danubienne et à replier lentement toute l'armée, encore intacte, sur le Vardar, qui fût devenu une Marne macédonienne. Mais comment le sacrifice n'aurait-il point paru excessif aux Serbes, encore vibrants de leurs
victoires sur l'Autriche et alors que, le 6 octobre encore, selon le récit de notre ministre à Belgrade, i\I. Boppe, Nich se pavoisait à nos couleurs pour faire fête au régiment de ligne dont le général Bailloud avait annoncé l'arrivée au gouvernement?
Cependant la situation des Serbes n'avait pas tardé à devenir critique, en raison de la supériorité écrasante de l'ennemi. Près de 180 bataillons bulgares, appuyés par une excellente artillerie, continuaient maintenant leur action, avec les 160 bataillons austroallemands de Mackensen, de façon que les Serbes combattaient presque partout à un contre trois et, souvent, à un contre cinq. Malgré de terribles préparations d'artillerie, Mackensen s y prit à plusieurs fois avant de réussir le passage du Danube et à s'installer sur la rive gauche du grand fleuve, tant aux environs de Belgrade que dans la direction de la Koloubéra et dans celle de la Morava (23-26 septembre). Les Bulgares avaient commencé à attaquer le 29 septembre, sans déclaration de guerre, sur presque toute la longueur du front oriental. Les Serbes les tinrent en échec pendant dix jours de durs combats et ne se replièrent qu'après la prise de Belgrade par les Austro-Allemands (8 octobre), d'où menace d'enveloppement pour leur aile droite. Ils avaient fait éprouver de grosses pertes aux trois armées d'invasion, mais leurs pertes aussi étaient importantes. Comme Mackensen avait fini par établir sa liaison avec les Bulgares, il n'y avait plus de chance de salut que dans une retraite générale en direction du Sud-Ouest.
Les Autrichiens avaient commis de telles atrocités au cours de leur offensive de 1914 que les populations, hantées par ces affreux souvenirs et redoutant pire encore des Bulgares, abandonnaient partout leurs foyers et se réfugiaient à Nich où le gouvernement s'était transporté avec le corps diplomatique. Ces lamentables exodes encombraient les routes et gênaient les mouvements des troupes. Le gouvernement espérait toujours une prompte arrivée des troupes alliées, mais celles-ci venaient à peine de débarquer à Salonique et, quelque empressement qu'elles y missent, elles n'étaient plus à temps pour rejoindre le gros des Serbes. Il eût fallu, à l'évaluation de M. Pachitch, de 120 à 150,000 hommes pour sauver la Serbie. On était loin de compte. Un temps précieux fut perdu dans cette vaine attente. L'invasion s'étendait. Les Bulgares coupèrent, le 16 octobre.
la voie ferrée de Monastir. Le gouvernement, qui avait quitté Nich le 26, se flattait de pouvoir tenir à Kraliévo. Les Franco-Anglais ayant commencé avec vigueur leur offensive dans la vallée du Vardar, les Serbes, (( avec leur optimisme habituel » ', voyaient déjà Uskub dégagé. La situation aurait été, en effet, transformée, la résistance possible dans les montagnes de la vieille Serbie historique. Mais l'espérance d'une rapide opération sur Uskub s'évanouit à son tour. De nouveau se dessinait une redoutable menace d'encerclement entre les Austro-Allemands, venant du Danube et de la Save, et les Bulgares, débordant par toutes les vallées perpendiculaires à la Morawa. Uskub, puis Velès et Monastir tombent aux mains des Bulgares. Le prince régent, qui commande Tarmée, cherche quelque temps à opérer sa liaison avec les troupes alliées qui s'étaient élevées, dans la vallée du Vardar, jusqu'à la hauteur de Krivolak. Il réussit, au prix de grands sacrifices, à descendre à la plaine historique de Kossovo. Mais les défilés de Kaschavik résistent à tous les assauts et, la manœuvre ayant échoué, la retraite s'impose : par l'Albanie et le Monténégro, par les monts Maudits, vers l'Adriatique. La Serbie est perdue. Au moins faut-il sauver son armée.
Ce sera dans l'histoire, l'une des plus fameuses retraites, et, sans doute, avec celle de Russie, la plus terrible, car la boue est aussi cruelle que la neige, la neige va aggraver la boue, et ce n'est point seulement les débris d'une armée qui se retirent, mais toute une population qui fuit, vieillards, femmes, enfants, et qui tombe épuisée, le long des routes, dans les bois, au bord des torrents, pour y mourir de froid et de faim.
Nous avons déjà plusieurs récits français de cette héroïque et désastreuse retraite, la Béjania, comme l'appellent les Serbes. Celui du médecin-major Thomson, celui de notre ministre plénipotentiaire Auguste Boppe, sont d'autant plus émouvants qu'ils sont plus simples : les choses parlent, elles crient. Un récit serbe, non moins tragique, m'a été envoyé en traduction par le prince Alexandre.