‹ L'égale de son fils [microform]Chapitre 6 sur 11 · SA · texte numérisé non relu

SA

Révolution! Révolution !

Révolution si l’on recule,

Révolution si l’on avance.

Révolution inévitable, à moins qu’un homme de génie et de concorde, étranger à tous les partis, planant au-dessus d’eux, n’arrive à temps pour convertir l’œuvre de destruction couvée par la Force en œuvre de transformation accomplie par la Science.

S'il est vrai que notre société soit aussi malade que l’affirment tant de docteurs effarés, ce ne sera pas avec des palliatifs qu’on la sauvera. Ce serait le cas ou jamais de mettre en pratique le précepte : « Aux grands maux les grands remèdes ! »

Convient-il d’attendre pour s’en occuper . efficacement que « les 30 0/0 d'enfants nés hors la loi, » que ces malheureux,

échappés à l’horrible mortalité <le ro fléau qui se nomme V industrie nourricière aient atteint le chiffre de 51 0/0, cVst à-dire qu’au lieu d’être encore la minorité, ils soient devenus la majorité, la loi du nombre?

Peut-être serait-ce imprudent, car pendant tout le temps qui s’écoulerait dans cette attente, la contagion de la prostitution continuera ses ravages, et les maisons de correction, ces écoles du vol et du meurtre, recruteront plus d’internes que, dans les communes rurales, les écoles primaires ne reçoivent d’externes.

Ce qui porterait à présumer que le divorce ne serait qu’un palliatif impuissant, c’est que là où il a été établi, il n’a pas arrêté la constante progression des enfants naturels : la Belgique est là pour l’attester.

Cola peut s’expliquer d'abord pat* toutes les formalités dont partout le législateur a cru devoir hérisser l'accès au divorce, et ensuite par l'appréhension de la publicité donnée à l’articulation de faits qui, lorsqu'ils ne heurtent pas le scandale, le côtoient toujours de très près. Comment se séparer judiciairement de sa femme sans lui déchirer son voile? Comment se séparer judiciairement de son mari sans lui arracher son masque? Comment se partager les matelas du lit conjugal sans ouvrir les rideaux de l’alcôve? En s'attachant à rendre les divorces aussi inaccessibles qu’il l’a pu, le législateur, attiré par le vertige de la routine, n'a-t-il pas manqué son but? Nous nous bornons à poser la question ; son examen nous détournerait de la tâche qui nous reste à accomplir et qui

est ainsi tracée : peser en toute impartialité, dans l’ordre où nous les avons recueillies, les objections faites à un système «pii, s’il était adopté, donnerait à la société pour axe la certitude au lieu du doute.

Ces objections cpie pèsent-elles? que valent-elles?

A la première objection qui consiste à alléguer qu’une société «pii aurait pour loi principale, pour loi fondamentale la maternité (1), sans s’immiscer dans la question de paternité, ne mériterait pas le nom de société, M. de Girardin commence par répondre «pie ce qu’il propose, il ne l’a pas inventé, puisque cela s’est pratiqué chez les Crétois qui, même, avaient donné à

(1) Dans l’Inde, où la fécondité s’appelle la dette des ancêtres , la grande dette , il n'y a de honte pour une femme qu’à rester vierge après l’àge nubile.

leur pays natal le nom de Mairie; en Egypte, où, selon Hérodote, les enfants étaient élevés et dirigés par la mère et en portaient le nom ; chez les Lyciens et les Xantiens, où l’héritage se transmettait par la mère; cela se pratique encore parmi beaucoup de peuplades de l'Afrique, de l’Amérique et de l’Asie, ainsi qu’on peut le voir aux articles Polygamie et Polyandrie , publiés par M. A. Bonneau, dans Y Encyclopédie du XIX 0 siècle; cela se pratique à Madagascar (1), etc., etc. Mais, se-

(1) Le ventre prouve le sang, disent les Malgaches. Chez les Hovas, à l’enfant du roi on préfère l’enfant de sa sœur. Ce principe de succession consacre l’importance de la femme dans les fonctions de l'ordre familial. Il est inspiré par une bonne logique. La légitimité légale n’assure pas toujours la légitimité naturelle ; au contraire, on ne peut douter que la mère ne transmette son sang. Ces institutions de la société patriarcale

Ion M. de Girardin, l’important, ce n’est pas de démontrer que la prééminence de la maternité, dont il a osé arborer le drapeau, n’est point une innovation, c’est de prouver qu’elle serait, relativement à ce qui existe, une amélioration équivalant aune régénération de la femme par l’enfant et de l’homme par la femme. 11 est hors de douteque si la prééminence de la maternité avait pour conséquence d’obliger dans l’a-

s’cfTacent aujourd’hui devant la règle du plus fort, principe des sociétés barbares.

(Laverdant. Colonisation de Madagascar. 18/Ji.)

Dans les Indes, on se trouve très bien du gouvernement des femmes, et il est établi que si les mâles ne viennent pas d’une mère du même sang, les lilles qui ont une mère du sang royal succèdent.

Les femmes réussissent également et dans le gouvernement modéré et dans le gouvernement despotique.

(WoNjESQuiEU. Esprit des Lois, 1. vu, ch. xvu.)

— '.KJ —

venir toutes les mères, non-seulement à être les nourrices cle leurs entants, mais encore à en être les institutrices, cette instruction leur assurerait une influence bienfaisante et civilisatrice qui s’étendrait des enfants aux pères; elle en stimulerait l’amour-propre, elle en adoucirait la rudesse, d’autant plus commune que les hommes sont pins ignorants et moins adonnés à la lecture qu’à la boisson. Ce n’est pas là une idée fraîchement éclose dans l’esprit de M. de Girardin, car voici en quels termes textuels, bons à rappeler, il l’émettait, en 1833, à l’époque où M. Guizot présentait sa fameuse loi sur l’instruction primaire, infiniment trop surfaite :

« Les femmes portent l’avenir des sociétés clans leur sein; jamais il n’y aura de progrès rapides et réels que ceux qui leur seront dus.

- '.Il —

» L’amélioration du sort des classes populaires et leur moralisation se lient étroitement à l’amélioration de l’instruction des femmes; l’une ne sera possible qu’après que l’autre aura été réalisée.

’> Sans renouveler la discussion de l’action réciproque des mœurs et des lois, disons, pour trancher la question indécise, qu’aux mères de famille plus qu’aux lois il appartient d’exercer une salutaire influence sur les mœurs du peuple et les progrès de la raison humaine.

» Former des mères dignes de ce nom, capables d’exercer avec discernement cette première des fonctions sociales, tel doit être le but de l’instruction des familles; former des épouses qui soient des compagnes douces, agréables et fidèles, sera tout naturellement le résultat de la bonneéducalion puisée au sein de la famille. Cette éducation sera d’autant meilleure qu’elle sera plus cornu. une, qu’elle aura pour rudiments des exemples plus souvent que des préceptes. Sans y avoir été systématiquement préparé, soyez assuré que la

fille sera toujours bonne épouse, si l’éducation d’une bonne mère l’a faite à son image.

» Considérée sous ce point de vue tout maternel, quelle est l’instruction qu’il convient de donner aux filles, quelles connaissances leur faudi*a-t-il acquérir?

» A toutes les questions qui peuvent être faites, nous répondrons par ces deux lignes qui renferment tout notre programme de l’éducation des filles:

« IL FAUT APPRENDRE AUX FEMMES CE » QU’ELLES DEVRONT PLUS TARD ENSEIGNER » AUX ENFANTS QUI NAITRONT D’ELLES. »

» En d’autres termes :

» 11 faut donner aux filles et aux garçons nés dans la même condition la même instruction, afin que, dans l’avenir, les filles devenues mères, accomplissent ce que l’Université ne fait qu’à demi, dispendieusement et révolutionnairement, et qu’ainsi soient assu-

rées et l’éducation et l’instruction des enfants, sans nuire au bien-être de la famille et sans troubler la hiérarchie sociale telle que la comportent l'égalité civile et la liberté politique (1). »

C’est ce qu’avant M. de Girardin l’empereur Napoléon avait dit en ces termes souvent cités :

« Napoléon. — Les anciens systèmes d’éducation ne valent rien; que manque-t-il aux jeunes personnes pour être bien élevées en France?

>» M ra0 Campan. — Des mères.

» Napoléon. — Eh bien ! voilà tout un système d’éducation ; il faut que vous fassiez des mères qui sachent élever leurs enfants. L’avenir d'un enfant est toujours l’ouvrage de sa mère. »

(1) De l'instruction publique en France , par Émile de Girardin.

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