‹ L'égale de son fils [microform]Chapitre 7 sur 11 · VU · texte numérisé non relu

VU

Est ce qu’une société où toutes les femmes, à tous les degrés de l’échelle, mettraient ainsi leur honneur à faire des hommes , selon la belle expression de Joseph de Maistre (1), dont elles soient tiè-

(1) Les hommes ont leur mission, les femmes la leur. Files ne sont pas condamnées à la médiocrité ; elles peuvent même prétendre au sublime, mais au sublime féminin. Comme tu te trompes en me parlant du mérite un peu vulgaire de l'aire des enfants! Faire des enfants, ce n’est que de la peine ; mais le grand honneur est de faire des hommes, et c’est ce que les femmes font mieux que nous. Crois-tu que j’aurais beaucoup d’obligations à la mère si elle avait composé un roman au lieu de faire ton frère? Mais f aire ton frère, ce n’est pas le mettre au monde et le poser dans son berceau, c’est en faire un brave jeune homme qui croit en Dieu et n’a pas peur du canon. Le mérite de la femme est de régler sa maison, de rendre son mari heureux, de le consoler, de l’encourager et d’élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes. Voilà le grand accouchement qui n’a pas été maudit comme l’autre. — ( Lettre du comte Joseph de Maistre à sa fille.)

C’est à notre sexe, sans doute, qu’il appartient

res (1), et à préparer leurs filles à l'accomplissement exemplaire de tous les devoirs de la maternité, ne mériterait pas le nom de société plus justement que celle où ce qui devrait être la règle est l’exception?

A la seconde objection, qui consiste à alléguer qu’un mariage privé de la double consécration civile et religieuse, ou de l’une des deux, ne mériterait pas le nom de mariage, M. de Girardin répond que, dans

de former des géomètres, des tacticiens, des chimistes, etc., mais ce qu’on appelle l’homme, c’està-dire l’homme moral, s’il n’a pas e'te' formé sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation.

(Joseph de Maistre. Soirées de Saint-Pétersbourg.)

(1) Il n’y a que nous autres Lacédémoniennes, disait l’épouse de Léonidas, qui commandions à nos maris, parce qu’il n’y a que nous qui fassions de» hommes.

(Plutarque )

son opinion, rien ne s’opposerait à ce que la femme [lieuse conformât sa conduite à sa foi, et donnât l’exemple delà fidélité la plus scrupuleuse au père de ses enfants, afin que l’idée de les délaisser ne put pas lui venir. L’honnête femme échouàt-elle dans cette tâche, lequel vaudrait mieux que la disjonction s’opérât sans sévices, sans procès et sans scandale, ou qu’elle eût lieu avec scandale, procès et sévices,— la femme conservant ses enfants et ses épaignes, qui lui appartiendraient légalement, sans qu’elle eût à en rendre aucun compte?

A la troisième objection, qui consiste à alléguer que la liberté dans le mariage, fondée sur l’égalité des enfants devant la mère, serait le règne de la promiscuité, M. de Girardin répond en donnant le démenti le plus indigné à cette allégation

» irréfléchie. Il dit : « Où règne la pro-

» miscuité? C’est sous le régime de l’indis-

» solubilité conjugale, car souvent, très

» souvent, trop souvent, la femme y passe

» des bras de son mari dans ceux de son a-

» niant sans qu’elle sache exactement du-

» quel desdeux est l’enfant dont elle accou-

» chera. Etant toujours libre de se séparer

» de l’homme dont elle aurait à se plain-

» dre ou qu’elle aurait cessé d’aimer, pour

» quel motif, pourquoi intérêt, une femme

» se donnerait-elle la peine de le tromper,

» et imputerait-elle faussement une pater-

» nité qui serait la cause, le lien de la nou-

» velle union? Parce que les enfants delà

» même mère ne seraient pas tous enfants

» du même père, en quoi la promiscuité se-

» rait-elle plus grande que dans les pays

» où le divorce existe et que dans les mé-

» nages où la fidélité n’existe pas? Le » moins que la morale y gagnât, ce serait » qu’il n’y eût pas autant de paternités » mensongères, d’enfants portant légale- *

» ment un nom qui, légitimement, n’est » pas le leur, et héritant de fortunes sur » lesquelles ils seraient sans droits si la » vérité, et non la fiction, était la loi. »

A la quatrième objection, qui consiste à alléguer que la liberté dans le mariage serait le rétablissement du concubinat légal, tel qu’ Auguste l’avait élevé à Home à la hauteur d’une institution publique, M. de Girardin répond : « Je » m’étonne qu’il y ait des critiques si su- » periicielles, si irréfléchies, qu’elles puis- » sent prendre la lumière pour l’ombre, %,» » car loin d’être la même chose, ce serait la » chose diamétralement opposée. A Rome,

» où il y avait trois sortes de mariage; à u Rome où le célibat était puni ; à Rome où » le mariage était récompensé ; à Rome où » il y avait de grands privilèges attachés » au grand nombre d’enfants ; à Rome où » les Romains se mariaient pour être héri- » tiers et non pour avoir des héritiers ; à ». Rome où les pères qui ne voulaient pas » marier leurs enfants y étaient contraints » par les magistrats; à Rome où il y avait » des limites d’âge marquées, au-delà des- » quelles les mariages étaient interdits, atin ». que la présomption fût qu’ils ne seraient » pas stériles; à Rome, où il était défendu » aux femmesqui avaient moins de quaran- » te-cinqans, et qui n’avaient ni maris ni » enfants, de porter des pierreries et de se » servir de litières; à Rome, les enfants ap- » partenaient au père; non-seulement il

» était le maître absolu Je les abandon - » ner ou Je les élever, de les déshériter, do » les vendre (1) ou même de les tuer, mais » encore il avait le droit de renvoyer leur

(1) La mère ne pouvait pas vendre ses enfants, car ce droit émanait de la puissance paternelle. — Cujas. Sur la loi, I.

A Rome les femmes furent de tout temps privées, même sur leurs enfants naturels, de la puissance paternelle qui était une prérogative exclusivement attribuée au sexe masculin. — L. Molinier. De la Condition des Femmes en droit romain.

Il y a des pays où une femme légitime jouit dans la maison à peu près des honneurs qu’a dans nos climats une femme unique: là les enfants des concubines sont censés appartenir « la première femme ; cela est ainsi établi en Chine. Le respect filial, la cérémonie d’un deuil rigoureux ne sont point dus à la mère naturelle , mais à cette mère que donne la loi. A l’aide d’une telle fusion, il n’y a plus d’enfants bâtards ; et dans les pays où cette fusion n’a pas lieu, on voit bien que la loi qui légitime les enfants des concubines, est une loi forcée, car ce serait le gros de la nation qui serait flétri par la loi.

(Montesquieu. Esprit des lois, liv. XXII I, chap. v.)

» mère, de l’échanger, de la prêter, ce que » lit Caton à Hortensias. Est-ce là ce que, ** plagiaire de César et d’Auguste, je pro- » pose de rétablir? Non. Ce que je propose » c’est, au contraire, d’attribuer à la tna- » ternité tous les droits de la paternité, >» moins les excès réprouvés par l’humanité; » ce que je propose c’est que tous les en- » fants, même ceux ayant des pères diflfé- » rents, appartiennent souverainement et » exclusivement à la nière; ce que je pro- » pose, c’est qu’elle en soit seule respou- » sable devant sa conscience et devant l’opi - » nion ; ce que je propose enfin, c’est que la v mère qui a le mieux élevé ses enfants soit » la femme lapins honorée, la plus recher- » cliée, afin de stimuler puissamment ainsi » l'émulation maternelle. »

A ly dernière objection, qui consiste à

alléguer que Phomine ayant cessé d’être tuteur, père de famille, maître du foyer, deviendrait « l'inférieur » de la femme et serait réduit à l’état de « bouffon », M. de Girardin fait cette réponse, (pie nous lui avons entendu adresser à son critique :

« Inférieur et bouffon , l’homme, l’ouvrier » qui emploierait ses journées à travailler, » atin que la femme dont il serait aimé et » qu’il aimerait eût tout le temps de bien » élever physiquement et moralement les » enfants dont elle serait la mère, et ne fût » plus contrainte de les délaisser pour aller » peupler les ateliers où jeunes filles et » vieilles femmes sont entassées, où celles » qui sont encore timides et honnêtes sont » bafouées et perverties par celles qui sont » ?orrompues; où elles perdent le respect » i' elles-mêmes et le sentiment de toute pu-

» fleur ; où elles sont à la merci de toutes les » brutalités , de tous les abus d’autorité !

» Inférieur et bouffon, l’homme, l’ouvrier » qui travaillerait assez pour préserver ses » enfants de l’étiolement de l’apprentissage, » avant qu’ils aient eu le temps de grandir, » le temps de se développer, le temps d’ac- » quérir l’instruction nécessaire à l’exercice » de toutes les professions pour s’y distinguer! Inférieur et bouffon, l’homme, » l'ouvrier qui serait l’aisance du ménage » dont la femme serait l’épargne! lnfé- » rieur et bouffon, l’homme, l’ouvrier que » retiendraient loin du cabaret, loin de » l’estaminet les agréments et la propreté » d’un bon intérieur, la compagnie et » la conversation d’une femme bien éle- » vée, et ne relevant que d’elle seule et de » sadignité! Inférieur et bouffon, l’homme,

« l’ouvrier qui, visant le même but, s’ef- » forcerait à distance de marcher sur vos «traces et de devenir ce que vous êtes!

« Est-ce à dire que la femme ne devrait » plus être assujettie à aucun travail? Non, « le seul travail dont elle devrait être af~ » franchie, ce serait du travail en commun, « destructif du ménage. Est-ce que le soin « du ménage — qui comprend la propreté » de l’habitation, la cuisine à faire, i’iia— « billement à entretenir, les enfants à éle- » ver, les malades à soigner, l’ordre à prav tiquer et à enseigner, les dépenses à ré- « gler,afin qu’elles n’excèdent jamais les re- « cettes — n’est pas un travail et un travail » très suffisant pour employer toutes les « forces et tout le temps d’une femme ( I ) ?

(1) Quand l'homme aura porté du dehors en la maison ce qui est nécessaire, si est-il hesoing

» Si cette limite paraît dépassée par la » femme du cultivateur — colon, fermier » ou petit propriétaire — c’est qu’aux » champs la famille se compose d’un plus

d’avoir quelqu'un qui le garde et qui fasse les choses qui ne peuvent être faite qu’en le logis?

Et Dieu ayant faict le corps de la femme

moins vigoureux que celui de l’homme, ilestadvis qu’il ordonnait pour là le soing des choses domestiques et leur ayanct enjoint naturellement qu’elles nourriraient leurs enfants en bas âge, il leur départit ainsi plus qu’à l’homme d’affection naturelle envers eux. Et aussi, après qu’il eût baillé à la femme le soucy et la garde des choses portées à la maison, cognaissant que pour bien garder il n’est pas mauvais d avoir le cœur un peu craintif, il fit plus grande part de la crainte aux femmes qu’aux hommes, et voyant de l’autre part que celuy qui faisait le travail de dehors aurait besoin de se mettre en défense si quelqu’un l’outrage, il l’avantageait aussi en courage et en hardiesse. Mais pour autant qu’il fallait qu’aussi bien l’un que l’autre fist estât de prendre et de donner, il leur mist à tous deux le soing et la mémoire; de sorte qu’à cela on ne saurait choisir lequel des deux sexes, ou du masle ou de la femelle a eu plus d’avantages.... Voilà pourquoi ils ne se peuvent passer l’un de l’autre; et, d’autant

« grand nombre de membres où tous s’en- »* tr’aident, chacun travaillant selon sonâge, » son aptitude et ses forces. Si Pinstruc- » tion et la propreté y tenaient une moins » petite place, cette réalité de la famille en » serait l’idéal ».

Par ses réponses que nous avons recueillies, on voit que M. de Girard in n’est pas parmi ceux qui rêvent l’affranchissement de la femme par le travail de la femme, venant en concurrence avec le travail de l'homme. Quoiqu’elle compte beaucoup dé défenseurs des deux sexes, cette idée lui

plus en est utile l’union, l’un ayant en soi ce dont l’autre est défaillant.

( La Mcsnagerie de Xénophon. Traduction d’Etienne de la Béotie.)

Dans les familles, les fonctions de l’homme cl de la femme sont fort opposées; le devoir de l’un étant d’acquérir et celui de l’autre de conserver

(Aristote.)

a toujours paru une idée fausse, et il l’a fortement combattue dans son livre : De l' Abolition de la misère, publié en 1851.

M. de Girard in marche à l’écart des révolutionnaires et des réactionnaires, de ceux qui font peur et de ceux qui ont peur.

Il ne verse pas dans l’ornière commune, creusée par l’inconséquence humaine et l’imprévoyance sociale. De l’exception il ne fait pas la règle ; ce qui est le sujet de ses méditations ce n’est pas l’élite, c’est la multitude, depuis surtout qu’elle est devenue prématurément la souveraineté du nombre. De quoi vit le plus grand nombre, l’immense nombre, sinon du travail de ses bras?

Exceptions, à quelque sexe qu’ils appartiennent, l’artiste et l’écrivain de talent, à plus foile raison de génie !

Exceptions, ceux qui héritent d’un patrimoinc* qui leur permet de bercer leur vie dans l’oisiveté!

Exceptions, exceptions très rares, ceux qui s’enrichissent sans avoir fait courir de trop grands risques à leur probité !

Sa conclusion est celle-ci :

11 ne faut pas faire luire aux yeux île la femme des perspert ives trompeuses; ce n’est pas par le travail que la femme s’affranchira île son vasselage, c’est par la maternité.

La maternité érigée en vertu, la maternité érigée en fonction : là est la loi, toute la loi dont M. de Girardin est le prophète.

Que les croyances et que les consciences chrétiennes se rassurent ! Cette loi n’a rien q ni doive les blesser ; car elle est conforme a ces paroles de l’Kvangile , selon saint Luc : <» Les enfants de ce siècle se donnent

» on mariage, mais ceux qui seront jugés » dignes d’avoir part au siècle à venir et à » la résurrection des morts ne se marient » pas ni ne se donnent en mariage. „ Ktà ces autres paroles de l’Evangile selon saint Mathieu : « N'appelez personne sur la terre » votre père, car vous n’avez qu’un père qui est dans les cieux. »

Si le régime de la communauté de biens «mtre l’homme et la femme qui se marient a suffi pour enfanter en France des prodiges qui faisaient l'étonnement et l’admiration du comte de Cavour, le Richelieu de l’Italie, M. de Girardin pense que ces prodiges ne seraient rien en comparaison de ceux qu'enfanterait le régime de la maternité.

Le 1 1 août 1873.

A Monsieur Emile Faure ,

Rédacteur du Figaro.

Monsieur,

Le Figaro a une très grande publicité ; il compte des lecteurs dans tous les partis politiques et à tous les étages de la société. Vos objections contre ma proposition sont sérieuses; c’est ce qui me détermine doublement à ne pas les laisser sans réfutation.

Vous n’admettez point la liberté dans le mariage, parce que vous n’admettez pas l’égalité de la femme.

Ce sont les deux raisons que vous donnez.

Je commence par l’examen de celle-ci d’où celle-là découle.

- ns —

Kn admiration devant les anciens, sur la foi de Léon Gozlan, vous pensez que la femme étant naturellement inférieure à l’homme doit eu conséquence rester socialement et éternellement sa vassale.

Vous eussiez fait un très bon mahométan, car vous êtes, a cet égard, de l’avis de Mahomet, lequel a dit :

« Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci et parce </ ue les hommes emploient leurs biens pour doter leurs femmes.

» Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l’inobéissance; vous les reléguerez dans des lits à part; vous les battrez, mais aussitôt qu’ELLESvous obéissent neLEun cherchez point querelle (1). »

(1) Koran , ch. IV, 78.

Mais lorsqu’on érige ou principe l’infériorité des femmes, la conséquence est d’en ériger en loi la pluralité (1); c’est ce qu’a fait Mahomet, ainsique l’attestent les nombreux pluriels accumulés ■ ci-dessus ; c’est aussi ce que vous devriez faire. Même , pour être conséquent, vous devriez aller jusqu’où va Manou qui a écrit:

« Pendant son enfance, une femme doit dépendre de son père ; pendant sa jeunesse, elle dépend de son mari ; son mari étant mort, de ses fils; si elle n'a pas de fils, des proches parents de son mari, ou, à leur défaut, de ceux de son père ; si elle n’a pas de parents paternels, du souverain. Une femme ne doit jamais se gouverner à sa guise (2). »

(1) « Partout où se trouve établi l’esclavage domestique, la polygamie marche à sa suite. » (Portalis.)

(2) Manav a-Dharma-Sastva.

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