LA QUESTION POS
quiète notre présent et qui pèse sur notre avenir. Acclamée par tes uns^ redoutée par les autres, Tégalité est-elle suffisamment comprise et connue? La voit-oa telle qu'elle est? Ceux qiii l'aiment savent-ils toute fia beauté ? Ceux qui la détestent savent-ils toutes les calamités et tous les crimes qui s'abritent sous sa bannière? Je ne le crois pas. Aussi me semble-t-il nécessaire de la regarder en &ce et de près. Dans notre époque de démocratie, c'est bien le moins que nous nous rendions compte de ce que signifie le mot égalité.
Mais vous avouerai-je ce qui m'a arrêté un moment? Je me suis souvenu des déclamations égalitaires. Les chercheurs de popularité ont créé tout une rhétorique d'égalité mensongère, en présence de laquelle c»i se demande s'il est possible de parler dignement de la vraie.
Cela est possible^ à la seule condition d'aimer bien la vraie égalité et de bien détester la fausse. Ici comme partout la déclamation est à la surface, la vérité est au fond. Il ne s'agit que de creuser profondément, d'aller jusqu'à cette noble, grande et sainte égalité, si digne d*exciter des admirations passionnées et de généreux entraînements. Elle n'a rien de commun^ Dieu merci, avec le nivellement grossier qui trop souvent lui a pris son nom.
L'égalité! Pourquoi y a-t-il des inégalités ici-bas t Pourquoi? J'aurais peu d'estime, j'en conviens, pour l'homme que ce navrant problème n'aurait jamais troublé.^Et si cet homme est un riche, un heureux (nous verrons plus tard la valeur de ce terme), il m'est absolument impossible de le comprendre. Quoi I vous avez tout, et ceux-ci n'ont rien ; et la chose vous semble na-
4 INÉGALITÉS ETÉGALITÉS INDESTRUCTIBLES
turelle I et vous trouvez que cela va de soi ! et aucune question ne se dresse devant vous, aucune de ces ques lions terribles qui entrent chez nous malgré nous, qui forcent la porte, qui se tiennent là, debout, et qu'il faut voir, et qu'il faut entendre, et auxquelles il faut répondre !
Je ne vous cacherai pas, messieurs, mon- impression première. En soi, l'idée d'égalité éveille vivement mes sympathies. C'est dans ce sens que nous devons marcher, cela n'est point douteux. Si la cause a été gâtée, rabaissée et compromise par les déclamateurs intéressés ou subalternes, elle n'en demeure pas moins belle, belle entre toutes. Elle a de quoi faire réfléchir quiconque pense ; elle a de quoi remuer quiconque sent.
Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai hésité à vous dire cela. J'ai craint un moment de marcher, en apparence du moins, sur la trace des plais courtisans du peuple. Voyant surgir à ma droite et à ma gauche je ne sais combien d'égalités de mauvais aloi auxquelles je tiens à déclarer la guerre, sentant que la démocratie est la puissance du jour et mal accoutumé à saluer les soleils levants, je me suis demandé s'il m'était permis d'exprimer mon enthousiasme pour cette chose si belle qui se nomme l'égalité.
Hé bien, oui, je l'exprimerai cet enthousiasme, qui chez moi est très-sincère, très-profond et déjà trèsancien. Puissent les faits donner tort à mes craintes ! J'en serai d'autant plus heureux, que j'aime beaucoup l'égalité et qu'il m'est dur de ne pas me fier pleinement à elle. Je l'aime; je ne la subis pas, je la goûte. Le sentiment de l'égalité humaine me saisit avec une^ telle