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IL FAUT CHOISIR. 13T

Tiésiter un peu, il est des supériorités qu'ils respecteraient volontiers, ils ne voudraient pas s'attaquer à tout ce qui est grand.

Mais ils y sont obligés, c'est la condition du système. En effet tout ce qui est grand fait naître des aristocraties ; l'esprit, le talent, la science, le caractère, la vertu, la foi enfantent incessamment des supériorités. Les différences d'éducation sont des différences ; les traditions de famille, les habitudes de vie, l'élévation des sentiments, la distinction des manières font leur œuvre d'inégalité ; et quant à la richesse, il est bien difficile d'empêcher que les hommes laborieux et économes ne dépassent pas les oisifs et les débauchés. Quel parti prendre ? Si nous avons accepté le principe du nivellement, nous serons forcés d'accepter ses conséquences. Notre principe est toujours plus fort que nous. Vous voudriez ne pas aller jusqu'au bout du vôtre î II y a une logique des choses qui se chargera, le moment venu, de vaincre vos tardifs scrupules. A l'heure où les passions iiiveleuses se déchaîneront,* les scrupuleux et les hésitants seront emportés comme la paille.

Ceux-là seuls résisteront alors qui ont uii parti pris, clairement, résolument, contre l'égalité qui abaisse. Une faudra pas moins que ce ferme propos, pour tenir tête à la tempête. Tempête terrible et sombre, messieurs, et dont les signes précurseurs se montrent à notre horizon. Les passions niveleuses sont tme réalité, hélas !,et nous ne créons pas des fantômes pour avoir le plaisir de les dissiper ; nous n'enfonçons pas une porte ouverte. L'ennemi est là. N'entendez- vous pas ces clameurs? Le bruit des hostilités, des avidités ameutées, ne vient-il pas jusqu'à vous ? Ne sentez-YOUs pas qu'à certains moments,

idS ÉGALITÉ OU NIVELLEMENt.

dans le tumulte de certaines crises, dans l'irritation de certains conflits, le monde peut subir Tinvasion des hommes que domine l'instinct du bouleversement ? Il en est de tels, et beaucoup. Abattre ce qui s'élève, renverser, niveler, voilà leur joie, voilà leur but. Ils n'aperçoivent rien au delà ; ne leur demandez pas d'autre doc^ trine

L'égalité qui abaisse n'a pas de plus fidèles représen* tanls. C'est là qu'il en faut revenir et c'est là que nous en reviendrons, afin de nous rendre sérieusement comice du mal que nous avons à combattre. Mais auparavant disons un mot des gens habiles pour qui l'égalité est moins une passion qu'un prétexte, qui songent moins à niveler la société qu'à abaisser ce qin les dépasse. Cette étude des habiles ne sera pas inutile à Tappréciation des fanatiques, car les deux mobiles se confondent plus souvent qu'on ne l'imagine et la haine que nous inspirent les supériorités sociales ne sersftt pas aussi forte, si elles ne portaient ombrage à notre ambition et à notre orgueil.

S'élever soi et abaisser autour de soi, ce sont d^ix opérations qui n'ont rien de contradictoire. Lorsqu'on a nien nivelé, on est grand à bon marché ; dans les plaines de la Beauce tout monticule semble une montagne. Tar* quin s'en doutait un peu, quand il abattait avec sa baguette les têtes élevées des pavots ; cet acte symbolique

n'annonçait pas seulement la destructicm des aristocrates, il prophétisait rétablissement de la tyrannie. Aux deux bouts de l'histoire romaine nous rencontrons des abatteurs de pavots ; les Césars se sont souvenus des Tarquins.

La fausse égalité sera éternellement un procédé de domination ; il ne s'agit au fond que de renverser la société sens dessus dessous et de remplacer une inéga* lité par une autre. Danton l'a dit avec cette i^ipudeur, Oette candeur si vous voulez, dont Thistoire lui a tenu compte : « L'égalité, c'est nous dessus et eux dessous, » Tout le monde ne le dit pas, mais beaucoup le pensent et agissent en conséquence. Dieu sait quelles définitions siâ)tiles de l'égaUté se formulent ainsi au fond des âmes troublées et ambitieuses : « A mon tour d'être riche, à iQon tour d*étre puissant, à mon tour d'avoir des inférieurs ; moi dessus et eux dessous 1 d

L'égalité qui nous plaît est purement et simplement l'inégalité à notre profit. S'il faut bouleverser la société pour cela, eh bien, nous la bouleverserons. Nous nous ferons niveleurs, en attendant la joie de nous faire despotes. Notre doctrine égalitaire est réchellS dressée qui Qoussert à monter, et que nous renversons ensuite d'un coup de pied sur la tête de ceux qui s'apprêtent à monter après nous.

Vous propose-t-on de tout détruire ? Vous fait-on le tableau sinistre des inégalités de l'ordre social? Vous peint-on sous des couleurs ravissantes l'eldorado de l'égalité future ? Relisez al(M^, avant de prendre partie la fable de Bertrand et Raton. Que de fois le peuple, pauvre Raton, a tiré les marrons du feu ! Voyez-le, il se bxtAe OHisciencieusement tes pattes , il travaille pour

rassociation. Quand il a achevé sa besogne, que trouvet-il? Des épluchures.

J'en conviens d'ailleurs, tous lesniveleursne sont pas des Bertrands. 11 en est qui n'abaissent pas pour s'élever; ils abaissent pour abaisser^ ni plus ni moins. Dans leur haine sincère de l'inégalité, ils ne pardonnent pas aux aristocraties légitimes. Comme il y aura des aristocrates tant qu'il y aura des âmes libres, des caractères élevés et des cœurs vaillants, ils ont deviné ce grand secret que pour niveler une société le plus sûr est de la corrompre.

Il est des pays auxquels la méthode de la corruption a été systématiquement appliquée. Mais c'est là l'exception ; d'ordinaire les champions de l'égalité qui abaisse vont à leur but d'une manière inconsciente et sans se rendre compte des moyens. L'instinct suffit ; d'instinct et sans combinaison machiavélique, on prend en horreur les convictions et les principes, et tout ce qui fait que nombre d'hommes se tiennent debout, que nombre de têtes ne se courbent pas, qu'il y a des individus au milieu de la foule et des opinions en face de l'opinion.

Ceci est d'autant plus grave, que l'égalité qui abaisse a trouvé aujourd'hui sa théorie : par une rencontre dont il est difficile de ne pas être frappé, notre temps de radicalisme niveleur est aussi le temps de la philosophie niveleuse. Hegel a plus de disciples que de lecteurs. Il n'est nécessaire ni de l'avoir lu ni même de savoir son nom, pour nier les principes et pour adorer les faits. L'histoire étant la grande révélatrice de la vérité et du droit, la vérité et le droit se transforment au sein d'une évolution incessante ; la vérité et le droit n'existent

plus, il ne reste que la force et le succès. Qu'on ne vienne donc plus nous parler de principes I Le principe unique, c'est de se tenir du côté de La force, je veux dire du nombre. 11 ne s'agit que de suivre le courant, d'obéir à l'opinion.

Comment dire, messieurs, les ravages qu'a déjà faits cette abominable doctrine? Avec celte arme l'égalité qui abaisse frappe et abat une à une les résistances qui la gênent. A mesure que les indociles se résignent et que les indépendants se courbent, à mesure que les caractères s'assouplissent, que les convictions doutent d'ellesmêmes, que la tentation des servilités démocratiques sollicite les cœurs généreux, on voit s'effacer les inégaiités qui troublaient la belle ordonnance unitaire du monde moderne Encore quelques progrès du même genre, et nous serons tous de niveau.

Personne n'a poussé aussi loin que les niveleurs le mépris du genre humain ; l'orgueil des despotes, l'insolence des aristocrates n'a jamais été jusque-là. Conce- Toîr l'homme comme un être qui doit se contenter d'un minimum de vie, de développement et de conscience, placer notre idéal dans l'appauvrissement général des existences et des âmes, retrancher tout ce qui est beau, tout ce qui est grand, et souhaiter le bonheur sous la forme de l'égalité d'en bas, c'est traiter rudement notre espèce.

Est-ce insolence ? Est-ce humilité? N'est-ce pas plutôt haine jalouse de tout ce qui s'élève? Ces haines ne sont que trop naturelles à notre cœur. Prenons-y garde, elles font des hommes qu'elles gouvernent les plus impitoyables, les plus aveugles des niveleurs.*

f«l ÉGALITÉ OU NIVËLLEIIENT.

Abaisser devient alors une joie qui leur suffit. C'est assez pour les contenter des douleurs qu'ils ont infligées, des supériorités qu'ils ont brisées, des ruines qu'ils ont faites, et qui sait? des revanches qu'ils ont prises. Lea fanatiques de la fausse égalité n'en demandent pas davantage ; désintéressés- à leur maniée, pourvu que perscmne ne soit grand, ils consentiront à rester petits, pourvu que personne ne soit riche, ils consentiront à rester pauvres.

Le même poëte dont je vous ai cité l'autre jour quelques beaux vers, a décrit dans une chanson d'un entrain sauvage cette joie de l'égalité niveleuse, ce bonheur de détruire et d'abaisser. Le titre dit tout : A bas! — A bas les institutions I A bas Tordre social ! A bas la lî* berté ! A bas la richesse ! A bas le bonheur !

Quoi! le soleil toujours après la pluie; Toujours ces biens qui font notre embarras; Toujours ces fleurs, ces fruits! — Cela m*ennuie. •

A bas 1

Ne dites pas à l'égalité haineuse qu'en détruisant les garanties des uns eUe détruira les garanties de tous ; la servitude commune lui plait. Plus de droits pour personne, à la bonne heure I — Ne dites pas à l'égalité haineuse que la science périra sous tes débris de la civilisation. Elle ne demande pas mieux, car la science crée des supériorités, et il ne doit plus y en avoir. — Ne dites pas à l'égalité haineuse que le bonheur périra comme la science et que les malheureux seront plus malheureux. Elle en prend son parti, pourvu que les heureux cessent d'être heureux.

Il y a, nous l'avons vu, des inégalités par la conscience»

L'ËGALITÊ QUI ABAISSE. HZ

4es inégalités par la vertu, des inégalités par la piété, des inégalités par l'éclat du nom et des services rendus. Périssent la conscience, la vertu, la piété, le patriotisme ! Ce sera le chaos, soiti Ce sera la ruine universelle, tant mieux ! A bas !

A défaut d'autres jouissances, nous aurons celle de briser, de détruire, de faire souffrir, d'écraser, de souiller. Nous nous serons procuré cette fête sans pareille que se donnait Procuste : nous aurons refait les hommes à notre mesure. Toutes les aristocraties tomberont Tune sur l'autre, aristocraties de naissance, d'illustration, d'éducation, de comme il faut, d'argent, de talent, de science, de moralité. Et maintenant, ayant arraché tout ce qui faisait saillie, tout ce qui nuisait au parfait nivellement. Dieu, l'âme, l'éternité, la famille, la liberté, la vérité, et par-dessus le marché le devoir, n'ayant plus à rencontrer sur notre route une joie, une consolation, une conviction, une dignité, nous approcherons de notre idéal, car bientôt nous serons également pauvres, grossiers, ignares, malheureux, impies et méxîhants.

Eh bien non ; c'est une illusion. L'idéal de la fausse égalité est plus irréalisable, Dieu merci, que l'idéal de la vraie. Il est moins aisé qu'on ne l'imagine de niveler ainsi par en bas. On peut bouleverser, détruire, d'accord ; on peut renverser bien des fortunes et ruiner bien des bonheurs, je n'en disconviens pas. Quant aux convictions et aux consciences, c'est autre chose. Elles ne sont pas, je suppose, à la merci des révolutions, et on ne les supprime pas par décret. On aura beau faire, on ne réalisera pas cet idéal du nivellement, qui serait l'idéal de la servitude.

Eût-on même réussi à courber un moment toutes choses et à aplanir si bien notre terre qu'on n'eût plus rien à désirer en fait de platitude et qu'aucune tête ne se redressât plus nulle part, ce spectacle enchanteur ne durerait pas un mois. Que dis-je, un mois ? une journée. Hier vous avez obtenu l'égalité absolue; aujourd'hui elle n'existe plus. Au bout de vingt-quatre heures, les aristocraties indestructibles ont déjà recommencé à se produire. 11 se trouve, au bout de vingt-quatre heures, des laborieux qui ont dépassé les fainéants, des gens capables qui ont dépassé les inhabiles, des gens instruits qui ont dépassé les ignorants. Bien plus, il se trouve, en dépit de tout, des gens honnêtes qui n'ont pas renoncé à accomplir leurs devoirs. Il se trouve des gens pieux qui n'ont pas renié leur Père céleste. Il se trouve, chose plus étrange encore, des gens heureux, qui s'obstinent à puiser dans leurs espérances et dans leurs tendresses des motifs d'indestructible joie.

Pauvre égalité, qui a fait tant de ruines, et qui n'a pas même aboli l'égalité du bonheur ! Recommencera-t«on ? Tâchera-t-on de s'y mieux prendre une autre fois? C'est possible ; cependant j'en doute, car la première expérience aura excité peu d'enthousiasme. Le monde consent volontiers à ôke : « Mon bien premièrement, et puis le mal d'autrui ; » il consent de moins bonne grâce à acheter le mal d'autrui par son propre mal.

Toujours est-il que la méthode de l'égalité qui abaisse, pour peu qu'elle eût été appliquée, laisserait la société meurtrie, blessée, incapable de mouvement et de progrès. La fausse égalité aurait compromis, pour longtemps peut-être, les chances de la véritable.

L'ÉGALITÉ QUI ÉLi^VE. 145

iir

La véritable égalité ! Il est temps de nous tourner vers islle. Celle-ci n'abaisse personne ; elle fait signe à tous de monter. Notre rendez-vous, frères, est sur les sommets.

Si vous avez gardé quelque souvenir de notre première conférence, vous voyez en ce moment se lever devant vous les guides fidèles qui s'offrent à nous conduire là-haut. Rappelez-vous l'égalité indestructible, Tégalité dans les grandes choses. Il n*y a rien de grand qui ne soit à la portée de tous, de tous ceux qui mon-* tent. Voici la vérité ; elle est pour tous. Voici les nobles causes ; elles sont pour tous. Voici Dieu ; il est pour tous. A tous la famille, les tendresses, le devoir, et de plus la joie, qui marche aussi en si belle compagnie.

Ces égalités sont indestructibles, messieurs, car aucun homme ne peut en interdire l'accès à un autre homme. Mais, remarquez ceci, chacun peut s'en interdire l'accès à soi-même. Il nous est donné de détruire pour ce qui nous concerne les égalités indestructibles. n ne s'agit que de rester obstinément en bas, loin de Dieu, loin de la vérité, loin du devoir» loin des tendresses, loin des joies.

On a le droit d*en dire autant, vous le savez, des inégalités indestructibles. Elles sont dans la nature des choses et nul ne les supprimera ; mais chacun peut les supprimer en bonne partie pour ce qui le concerne

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personnellement. Les ignorants peuvent travailler i s'instruire ; les corrompus peuvent lutter contre leurs vices ; les grossiers peuvent s'efforcer de parvenir au comme il faut. Les chemins qui montent sont toujours ouverts.

Ceci, c'est la vraie marche vers la vraie égalité. Notez que nul n'est eotitndnl rfégaHisé qoiétèveu'a pas la prétention de rendre forcément tous fes hosûse^es éganot; âleise cofitente d'offrir à tous le moyen de le devenir.

Ses aristocraties, car elle en a, sont des aristocridies mnrertes. On y arrive par la soif du vrai et du bon, par ^éducation persomielle, par le devoir, par PiostnictiiBQ, par le travaS, par Fépargite. Voi» diries autant de dagrés d'un escalier splendide. Toi» ae montent pas : ies uns se détourrient, les autres s'asseyent sis* les degrés et refusent d'hier plus lom , quelques-uns redescendeiit. Mais l'escalier n'en est pas moâiB oorsrt à ^ccaufâte ^eut le gravir, et il aboutît à l'égalité.

Si nous aiâions réellement F^galité, si nosis omms compris qu'il n'est rien d'aussi beau sur la tarre que i^ travaHler à m réalisation, nous pnssserons caoc qui hésitent, nous ramènaroos «eux qui reculent, aous tendrons la main à <smK <iui «e lassent, noits ierjons tOMl, absolument tout, pour rendre &câe au plias ^and noia- Irre cette marcb» vers les hauteacs.

Les moyens d'action de l'égalité xpii^Sèvd^sdat nombreux et ils sœt pumaats.^ Tairïât il y a «te grande oppressions à attaquer, des populations esclaves à El" franchir ; tantôt il y a «te privilèges à aupprlmer, des classes entières % appeler à la jouissaisce du drdt inim. Hier il y av«ât à ^éer l'égaËté dans les lois ; jourd'hui-S y a à la foad^ dans tes mœurs, fi y a;à

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protéger les oubliera des manufactures , surtoat les femmes et les «Bâmls, contre les périls exeeptionnels de leur situation, fl y «à mettre rinstmction à là portée des plus pauvres. Hy «i k r^andb^e à pleines mains, -au près et au loin^ oes grandes ¥érités de la monde et de la foi qui seules ïoiA des égmix, parce que sautes eUes font des hommes libres^ bons et forts, des hommes de famille, des hommes de devoir. Il y a à secourir les malheureux^ il y a à les aimer «t à manifester ici*bas la grande f^raternité humaine.

Cette fraternité n*ïipparaltra guère , tant que nous nous tiendrons les yevK fixés sur notre droit, au lieu de considérer notre devoir. Le iwint de vue du droit crée d'uii côté les privilégiés orgueilleux, de l'autre les égalitaires violents et jaloux; le point de vue dudevwr crée les amis de Tégalité paeSqueet féconde. S'occuper de son devwr, c'est 6*occuper du droit d'aulruî, et voilà le patronage des faibles qui s'organise de Im-môme. Essayez, messieurs; placez-vous successivement par la pensée à ces deux points de vue. Vous sentirez d'abord que votre àme est envahie par des irritations, par des hostilités, par des défiances : — pourquoi votre voisin a-t-il des avantages que vous ne possédez pas ? Qui sait si vos propres privilèges ne sont pas menacés par lui? — Changez de point de vue, considérez votre devoir, et TOUS sentirez aussitôt que tout s'apaise en vous ; vous apercevrez, non les torts de votre voisin, mais les rôlres, non les privilèges de votre voisin, mais les FÔtres ; vous vous demanderez quel usage vous avez fait ae ce que Dieu vous confie, votre conscience sera remuée.

Ceci mène loin, en matière d'égalité. Pour peu qu'on

Mg ÉGALITÉ OU NIVELLEHENT.

écartât l'envie, bien des problèmes sociaux trouveraieat leur solution. L*envie est recueil sur lequel Tégalité n'a cessé de faire naufrage. Or, l'homme de devoir ne s'occupe pas à jalouser, son âme n'est pas envahie par les sentiments mesquins; il ne souffre pas du succès ou du bonheur d'autrui ; il ne songe pas à rapetisser, à rabaisser. Le devoir se charge de nous mettre à notre place ; il nous apprend, chose rare, à aimer les supériorités ; il nous fait goûter les joies de l'admiration.

L'admiration, sentiment délicieux et bienfaisant entre tous ! Voici des hommes plus riches que moi ; voici des hommes plus puissants que moi, plus influents, mieux accueillis; voici des hommes mieux doués, plus savants. Us me sont supérieurs ; eh bien, tant mieux ! La vue du talent^ du bonheur et du succès, loin de m'affliger, me ravit. Puis, j*ai ma place, moi aussi, mon humble place, et le devoir vaut le devoir.

. Ne le sentez-vous pas, messieurs, à mesure que nous montons ainsi, nous échappons aux passions ignobles, nous respirons un air plus pur. C'est par cette route qu'on arrive au pays de l'égaUté vraie, de la seule qui soit désirable, de celle qu'on ne saurait désirer et poursuivre avec' trop d'ardeur. Regarder au-dessus de soi sans jalousie et au-dessous de soi sans orgueil, s'occuper, non de ce qu'on pourrait être, mais de ce qu'on doit être, voilà la règle. Quiconque ne Ta pas admise est indigne, et par-dessus le marché incapable, de servir la cause de l'égalité qui élève.

Je suis forcé d'insister sur ce triste sujet de l'envie, parce que le besoin d'égalité n'est pas autre chose chez bien des gens. Là se trouve la difficulté, ou pour mieux dire, le venin de notre débat.

L'ÉGALITÉ QUI ÉLÊTE. i49

L'envie se croît bien fiëre ; mais c'est précisément la fierté qui lui manque. Les ûers ne font pas aux avantages extérieurs l'honneur de s'échauffer ainsi à leur sujet. Us savent qu*on peut &ire du bien partout. Ils savent que la grande égalité est pour tous et que le chemin du devoir y mène. Leur ambition est d'aller vers elle, et en attendant ils ne consentent pas, soyez-en sûrs^ à faire dépendre leur rang de leur position. D'autres réussissent ; d'autres ont la faveur ; d'autres obtiennent l'appui des coteries et des journaux ; d'autres font fortune ; eux, ils ont gagné la bataille de l'envie.

Chaque fois que j'en rencontre, de ces fiers, je m'incline avec respect. Ces hommes qui subissent rinjustice sans trop s'émouvoir et qui assistent aux triomphes de la médiocrité sans s'irriter, sont les vrais champions et les représentants de l'égalité d'en haut. Quelle que soit leur situation, ils sont de niveau avec ce qu'il y a de plus grand. Ce n'est pas eux qui iront s'imposer, s'introduire de force dans une société qui n'est pas la leur, consen* tant à être tolérés plutôt qu'admis ; non certes, ils restent chez eux, simplement, dignement, et attendent qu'on les vienne chercher. Leur fortune leur suffit, leur place ici-bas leur parait bonne.

Mon Terre n*est pas grand» mais je bois dans mon Terra.

Décidément, Tégalité est en haut, d'en haut elle noua tend les bras. Je ne me lasserai pas de le répéter, les grands biens sont pour tous ; ces mots auxquels rien ne se compare dans la langue des hommes. Dieu, le ciel, le salut, la sainteté, nous parlent de choses dont aucune n*est le monopole d'une classe, pas plus que l'air que

t» Ë G ALITE OU NlV£LL£]IBIfT.

nous resfSmoa ou la lumière de notce aolal. Ce (fi touche I rame, à réteraité, à kt vérité, à b lib^té, m devoir, m bonheur, h TaffectiôB,. à la famille, rfesT inaccessible pour qui que ce tiioiu

Eq haut, non en bas, se trouvait {es concaiafcioBS et les harmonies. J*espère, messieurs, que noosiie ternânerons pas cette étude sans ayoir vu cela de nos y«ax; nous contemplerons la coïncidence du vrai, de Fuitîle e^ du juste, la réunion des vérités diverses dans la venté une, la rencontre assignée à toiui>tesh€PRBies aiz s^iD de régalité selon Dieu.

Mais pour que cette rencontre tàt liwi, il battpCSs œcHitent au lieu de descendre, cattr le rendea-was est sur les cimes. L'égalité qui élève €st seule réelte^ ^^P" lîté qui abaisse nous sépare en nous niveiaiil; Si te«tes lésâmes libres sont égales, je vois de» degrés intûi* ment divers parmi les fenes esclaves. Si tous les coeurs tournés vers le del se valent, aucune égalisation violente n'empêchera les (fiversités infinies des^posifions^et dea fortunes. Unis p» les^ Imm excellentSj désunis par l& biens médiocres, absolument s^)arés par les ambitioi0 grossières, pki» nous descendons, fetk d^âsiande pardoffi aux niveleurs, plus s'aggi^vent les inégalités sociales- Admirable loi, messieurs, et qui porte le sceau de celui qui Fa fiite FVbtriëz^vous être heureiBrt Montez. Veefe2vous être libres? Montez. Voulez-vous être égaux? Montez. Quoique l'égaËté ne se transf (xme jamms en mnlornàiéf die acqiii^t une réalité curoissanle à mesure que nous nous élevouft. Vis-à-vis du bien, vis-à-vis du vrai, cetta égalité se manifeste; ^ permettez que je Fajoute, eUa lie se manîfe^ pas mcMOs via-à-via da beau* Dès que 1^ beau est là^ toutes les imea vibrent à Pumsson. De\FaBl

LE GRAIfB FAlSEim DUHfiGA.UTÉS. 1»

tefir Bfthm- de C<»rneille ou de Shakspeare, devant telle stUKffîafcbevée de Mtehd-Aoge, devant les Alpes, d»» -v»t la tmt^ rémotioB eomncme, F^o^tion humorâe s'empare de noiis. lÉégaux par la scienee et par la cn«* tique^ noos eestfons àd Tèfre soi» Taction du grand tft et d» Ja graskée poésie^ Et H ^ va (iemèinepouf la grande éiofacsice; ato de b» svetere^ I t» portée des masses, un véritable orateur n'abaissera pas, mais élèveitt as ccmlraijre sa passée et sa parole; &*ii esiprime dans un knagageâgoe df^«»^€ea véritsés maîtresses qui ourt un édtio m fond dw^cétirft^ lefrîssoo des sympatbteS' iiH* «tfedsves travoniva Ut foide mspei&iiB à aes lèvres.

Vous le voyez, messieurs, la (luesficm sféclaircit I œesure'qiie nous avançons, et nous pouvons dès à présent simpllier notre formule : ta lutte dé Tégalité qui él^ et de FégaJité qtH abaisse nous ramène tout simple^ ment à la lutte du bien' et du mal. PliB le bien fait d€ <!Onquêtes, pbis se prononce le mouvemeiit ascendant <fd fait des égaux. Plus le mats^étend, piussemulti^ f^ntles-inégaStés. Et en se multîpHantelles s'aggravent; en voit naitPe des misères hornUèS" et presque sans^ remède, à cAté Se dégradations ioetgfies.

La lutte du Bien et du mal est un vieux sujet, aussi vieux que le moBEde ; mais il est rare qu'en le conridère* au point de vue de Fégalîfé. Sous^^ ce rapport dtwïc lë vieux sujet est presque un sujet nc^if, et il vaut la» peiii»de l'examiner <fa» peu près.

En le faisant, nous achèverons d^arréter ce choix <fe

ISai ÉGALITÉ OU NIVELLEMENT^

la méthode qui forme aujourd'hui Tobjet de notre entre* tien. Si les causes essentielles d*inégalité se trouvent dans les circonstances, alors il s'agit de s'en prendre aux circonstances et de les modifier de- gré ou de force. Si au contraire les causes essentielles d'inégalité se trouvent dans le cœur, c'est au cœur qu'il faut s'adresser» l'œuvre d'égalité devient une œuvre de réforme morale.

Je ne prétends pas , entendons-nous bien, que les circonstances soient chose indiiférente et sans valeur. Quelquefois elles nous servent : l'aisance de notre fa* mille, réducatiott qu'elle a pu nous donner, le nom de notre père, les patronages qu'il nous a préparés constituent des privilèges considérables. D'autres fois les drconstances nous nuisent ; la pauvreté, l'insuffisance des études, la difficulté des débuts constituent des désavantages énormes.

Cependant, tout considéré et les compensations opérées (car il y en a), je me sens le droit d'affirmer , noa point certes que tous les hommes soient individuelle* ment placés dans des conditions égales, mais que l'inégalité des classes est beaucoup moins réelle qu'on ne le dit. Depuis que j'observe les riches et les pauvres, il ne m'est pas arrivé de découvrir entre les uns et les autres une seule cause essentielle d'inégalité. J'ai vu de mauvaises familles chez les riches et chez les pauvres. J*ai vu des enfants mal élevés chez les riches et chez les pauvres. J'ai vu des impies et des méchants chez les riches et chez les pauvres. J'ai vu des mécontents chez les riches et chez les pauvres. J'ai vu des jaloux chez les riches et chez les pauvres. J'ai vu des pauvres chez les riches et chez les pauvres.

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