LE GRAND FAISEUR D'INËGALITÉS
Et aussi; chez les uns comme chez les autres» j*ai va des riches. Quel spectacle que celui d*uae médiocrité noblement portée, ou d'une fière indigence I L'égalité morale se fait jour au travers des inégalités matérielles. Dans les plus humbles logis brillent le bon ordre, la propreté, Télégance. Oui, on est élégant par là, et distingué, et serein, et reconnaissant, et confiant. 11 est des malheureux dont les chants d'actions de grâces et la joie font contraste avec la mauvaise humeur, les inquiétudes, les murmures, les amertumes de beaucoup d'heureux.
J'en conclus, messieurs, que Tégalité est au dedans, qu'elle dépend moins des situations que des âmes. Nous ne sommes pas, disons*le bien haut, de simples jouets des circonstances ; notre place id-bas dépend de nous. Ce n'est pas notre fortune, c'est notre conduite qui nous classe. On peut être digne partout, honorable partout. Dans un sens très-réel, nous faisons notre destinée. Tel descend, en dépit des circonstances favorables; tel monte, en dépit des circonstances contraires. 11 importe de rappeler cela, aujourd'hui surtout, dans notre temps de fatalisme, de résignation aux événements, de lan«* gueur et de servilité. Nous ne sommes ni des esclaves ni des machines. Le Dieu qui nous appelle tous nous rend tous capables d'obéir à ses appels. Il a mis là-hauty près des sommets, les sources fraîches qui jaillissent pour touS| sources de moralité et de bonheur, sources d'indépendance et d'égalité.
' L'égalité vient d'en haut, mais Tinégalité vient d'en bas. Que dis-je, l'inégalité 7 Les inégalités, car il y en a plusieurs, arrivent à la file, sans qu'il en manque une seule. Quand Tinégalité morale s'est produite, l'inégalité
inteltectuelle: jae iDanque guèEedevmtksoatourtCt l'iû^palité matériella ferme la marche^
A. vrai dire» Fii^galité morale contient ka autres* Ed. dépit des excitions illustres» qu'oa peut citer, la règlfi générale est que V^prit s'appanyiil dans la mesura ûù. le Qosur se desaèdia. Et cette indigence inteUectuelle va croissant de géoécatiofi en génération. Plaignez lesr ea*^ fants des famUes cûfrompues. Us ne sont ni aimésoi élevés, livrés- &i pveie à^ la. fainéantise et aux habitudes ignobles,. foiU. se^ dégrade ea «uz, rinielligence aussi hieo que l'ànie«
Et Uinéf^Uté ms^édeOe ;^acaitaassià. son heure* Le vice ermae^ ào» ahtnie& àô misère que rien ne sexàhla capable de oos^er ; il^ établit et âargit sans cesse eotre les destinées humaines ces distances énormes qui troublent la cânsdence et £ont hésiter en nous le sentiment du droit. Sa puissance d'abaissement estirrésistibte. Tournez les yeux vers les familles dont il s*est emparé : sans catastrophes exceptîomielles, en vertu d'^un inoa¥ementrégulier, elles descendent, elles descendent; Cllest une chute effrayante à voir*
Et comment ne. tomberait-on pas? PFus d^affectfoD^; fia&> d'éducation, plus de travail,, plus d*économie^ ef js^^uyent même? plus d'honneur. De pauvre on devient meaidiaot» et les secours de la chanté prennent le che* mîin du ca£é. ou^ du cabaret* H y a des associations d'é^ pargne ;nnais le débauché n'en a. que faire, n y a des associations de secours mutuels ; mais le débauché^ ne f&r& pas aina: son argent ^ ce n'est pas lui qui. ira pisévoir les chanceA de l!avenir et se précautionner pour les^ jours diffieile^j pour les jour* de maladie,, de chômage» da vieillesse.. Qr la vieillesse arrive,; et la lualadic^^ etk
LE GHiiRll FAiSf im 0(*iat€JULi1ËS. 185
dièmage. àiassk, Ct'ttt la fin ; à la prcniière tempéle^ cm
Oa8OiBbreyaiLii0le« parle plu» beau temps du mondes Fouffqaoi côrlaiM oavirefr a'eDfonceoal-ila tout à eoup^t' £a mer estteakoe, le ciel est sefem« tes Sots caressaiM» a'o&t cpie de mâUeet ondulations ; point de bas^fonda^ p^jal de roebea cachées ; to^ simi^emMit le ^aisaea» était. pQum«
J'appuie et je souligne, messieurs , parce qu'en se; miprenaoty cûmmaon te fait sans cesse,. sur la cause des inégalités funestes, on se méprend sur te remède;^ La cause babitueUe, la voilà. C'est te vice et le iésf ordre.
. Qn. aime mieux- s'en prendre aux orconstances ; oa soutient qiie l'héritage explique tout : tes uns sont néa lâches et tes autres pauvres^teUa est la grande cause^ d'inégalité ; si tous étaient partia du^mème point, ila na ae seratent paa séparés ainsi sur te imite !
Hé bien; pr^aona cent mineura qui arrivent ensemr ble en Californie. Aucun d'eux ne possède le moindrehéritage; leur égalité hûtiate est pakaite* Les voici aux placera; toua ont trouvé et amassé de l'or. Mais les uoft lôennent apporter le fruit de leur travail dans tes maii^^ açma de jeu. de San Francisco ; d'autres se livrent à te boisson et à là débauche ; d'autres sont ambitieu)!^. et l'esprit d'entreprise les entraîne ; d'autres se lient» avec des misécabtea sans, foi ni loi qui tes dépouilr* test. Il en esii^ni devienju^t paresseux : ils vivent eni oisifs sur leur poudre d^oCi^se disant ({ue qyiumd il aY en aura plus ils racommeneeront à travsdlter. il n'y en, a plus et ils ne recommencent, pas ; ils ont perdu leiff
156 ÉGALITÉ OU NIYELLEUENT.
ardeur laborieuse, leur courage et leur santé. Au bout de deux ans, je n*en demande pas davantage, vous découvrirez parmi ces cent hommes tous les degrés de l'échelle sociale, tels qu'ils existent au sein des plus, vieilles sociétés. Les antécédents et l'héritage n'ont joué aucun rôle, et cependant ces égaux sont devenus aussi inégaux que possible. Je vois là quelques petites fortunes, qui sont bien décidément du travail accumulé, accumulé à force de privations, d'énergie et de bonne conduite.
Telle est la règle générale, il faut le dire clairement. Elle a ses exceptions, je le sais ; nous serions bien peu justes si nous ne tenions pas compte des catastrophes et des cas de force majeure. La mort prématurée des parents, des maladies prolongées, d'autres accidents encore, peuvent créer des situations telles que toute l'énergie du monde ne trouve pas moyen d'en sortir. J'ai vu trop souvent des hommes honnêtes et laborieux s'user en longs efforts sans parvenir à gagner leur vie, pour me permettre de jeter la pierre à quiconque ne réussit pas.
n y a donc des misères profondément dignes de compassion et de respect, qui ne sont pas nées de Tinconduite. J'ajoute, afln de prévenir l'interprétation inexacte de ma pensée, que l'inconduite porte ses fruits de déchéance morale, intellectuelle et matérielle dans tous les rangs de là société. Mes remarques ne s'appliquent pas plus à la classe ouvrière qu'à la classe opulente. Toujours, quel que soit le point de départ, le vice produit rabaissement; toujours, armé de sa puissance' irrésistible, il prépare les chutes profondes, et par corn séquent les. grandes inégaUtés.