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portionnés à sa gravité. S'il est un socialisme que toutes les énergies de notre cœur et de notre raison repoussent (vous verrez pourquoi), il est un autre socialisme qui attire à lui avec une force irrésistible notre cœur et notre raison. Tourner le dos aux questions sociales, c'est odieux et c'est insensé. H ne faut pas les éviter, il faut les résoudre.
On insiste ; il y a, quoi que j'en dise, le point de vue de celui qui a et le point de vue de celui qui n'a pas ; ces deux petits de vue ne sauraient être identiques ; un objet, regardé de droite et de gauche, d'en haut et d'en bas, de près et de loin, ne saurait présenter le même aspect. — Cela est vrai. Cependant, messieurs, permet^ tez-moi de l'affirmer, le point de vue de celui qui a n^est pas toujours ce qu'on suppose. Allons droit au fait : la propriété, qui peut exciter chez l'indigent des sentiments d'irritation et d'envie, peut aussi être examinée par le propriétaire avec une impartialité sévère dont la rigueur vous surprendrait. La question d'envie n'existe pas pomr lui sans doute, mais la question de justice se dresse de toute sa hauteur. Je plaindrais les riches à qui il ne se* rait jamais arrivé, lorsqu'ils se heurtaient à certaines détresses, de poser cette question-là dans un sentiment d'angoisse. — Pourquoi ceux-ci et non pas moi ? Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ces inégalités extrêmes et navrantes, à côté des inégalités nécessaires î — Alors, vou» pouvez m'en croire, on n'est pas loin de se reprocher la part trop large qu'on a reçue ici-bas . Alors, le mot de Figaro revient en mémoire : c Vous vous êtes donné 1» peine de naître. >
Et j'ajoute ceci en pesant mes paroles, en évitant d'aller au delà de ce que je sais être vrai : si la suppres^
8ion de la propiiéié devait ôter qaeîque chose aux souffrances du genre humaine^ le problèJoie social se poserait en des termes nouveaux, aux yeux de beaucoup de prq)riétaiii0s«
Mais^ je n'aurai pas de peine à le montrer aujourd'hui, tes atteintes à la propriété sont des atteintes, à la justice d'at>ord^ .à l'intérêt de tous ensuite. Loin de diminuer le nombre des indigents, le communisme, quelles que fussentses formes, l'augmenterait à TinfinL II créerait la misère sans espoir et sans remède. Ce serait la fin du monde, la ruine universelle, la ruine des funilles et des mœurs, la ruine des banheurs, la ruine desriches, et par« dessus tout, la ruine àeb pauvres».
Vaudrait-il mieux qu'il ja^ efitt niricfaes ni pauvres! Je ne demanderais certes pas mieux, ^ je suis loin de croire, comme certains économistes, que la disparition des grands capitaux ne puisse pas être avantageusesnent compensée par la coalition des petits. Mais à qucH boa débattre cela? L'homme étant donné, la chute étant donnée (tout aous y ramène incessamment, voua le voyez); en vertu de quel procédé parviendrait-<on à maiatenir deux jours l'égalité de l'honmie paresseux et de l'homme actif, de rbomme 4e débauche ot de l'homme d'ordre
Messieurs, ne m'en croyez pas sur parole; je vais donner mes motifs. Je tenais seulement à écarter d'un débat difficile ces préventions du parti pris qui s'inter* posent d'avance entre les paroles de l'orateur et l'esprit de ceux auxquels il s'adresse. Le problème social a ses angoisses pour chacun, et aucune âme loyale ne l'envisage sans trouble; c'est en hommes émus que nous
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idions rétadier. Raison de plus pour que nous garfiom notre sang-froid et pour que nous alitons ensemble aux choses sans mettre en cause les personnes.
Les choses auront de quoi nous occuper. Nous serons forcés de faire un peu d'économie politique. Hé bien, pourquoi pas ? Ne reculer devant aucune question, c*est la condition de vie des hommes libres. Les questions économiques ne sauraient nous demeurer inconnues, car nous aurons à les rendre. Quiconque ouvre les yeux voit la crise qui s'avance à travers l'Europe. Lea charlatans commencent déjà à offrir leurs spéciflquâB ; mettons-nous en mesure d'examiner et de juger.
Ouf, messieurs, il est inutile de nous bercer d'fflusionsi le socialisme est en marche. Son cri de guerre a retentit Plus de réformes politiques I Que nous importe la liberté f Changer un gouvernement, ce n'est rien ; changer la société^ h la bonne heure !
Changer la société, tel est en effet le programme du socialisme, ou du communisme, si vous aimez mieux, car c'est tout un ; le communisme n'est quelaformb la plus franche et la plus logique de nos tendances socialistes actuelles.
le n'en veux d'autre preuve que Rousseau lui-même, auquel remonte parmi nous l'action vive de ces tendances. Rousseau fait ce qu'il peut pour n'être pas communiste; il défend avec une éloquence émue la propriété et la
leo L'ÉGALITÉ PAR LE GOMMtJNISHE.
famHie; toutefois, comme il s*en prend à la société, comme le mal à ses yeux n'est pas dans Thomme mais dans Torganisation sociale, il en résulte qu'il est entraîné où il ne voulait pas aller. Ses anathèmes ont eu plus de retentissement que ses principes. La violence du révolutionnaire a compromis ce que la sagesse du philosophe voulait préserver.
En effet, messieurs, si la propriété et la famille sont inséparables (nous verrons cela), la société et la propriété ne le SQUt pas moins. Il faut, ou en revenir à cet état de nature que Rousseau a souvent prôné et qui est rétat contre nature, ou bien,' en reconnaissant que la sociabilité est un trait ineffaçable de notre espèce, recon- Battre que la propriété est un autre trait aussi ineffaçable que le premier.
Rousseau, je le répète, a essayé de s'arrêter au socialisme, sans aller jusqu'au communisme, c'est-à-dire de poser le principe sans tirer la conséquence. Le socialisme, c'est la prétention de refaire la société que Dieu a faite ; le communisme, c'est cette prétention traduite en actes, c'est l'attaque ouvertement dirigée contre les deux bases de la société que Dieu a faite, la famille et la propriété. Rousseau se renferme dans l'idée générale, et refuse de se rendre compte de l'application brutale qu'elle doit recevoir. . .
Sa théorie socialiste vaut d'ailleurs la peine d'être examinée avec soin, d'abord parce qu'elle porte l'empreinte que les grands esprits mettent à leurs œuvres, ensuite parce que le socialisme vit encore de cette théorie. A yrai dire, il ne saurait en avoir d'autre ; pour prêcher le remaniement de la société que Dieu a fondée, il est indis-
LA THÉORIE DU SOCIALISME. iSt
|>eD8able de résoudre comme Rousseau le problème
du mal.
L'homme est bon et la société est mauvaise, voilà en deux mots toute la philosophie du socialisme. La philosophie du christianisme dit exactement le oontraîre.
Nier le mal est chose malaisée, car la souffrance et l'injustice sont partout. Aussi ne reste-t-il qu'une ressource à ceux qui ne veulent pas de la doctrine proclamée par rÉvangile : c'est de mettre le mal, non au compte de Thomme, mais au compte de la société. — L*homme était bon; la société est venue et a tout gâté, à commencer par Thomme lui-même.
L'assertion de Rousseau provoque des objections telles, que la passion seule parvient à en faire bon marché. Comment comprendre en premier lieu que la réunion des hommes bons constitue une société mauvaise? Comment comprendre en second lieu que les hommes bons se soient mis en société, si la société n'est pas bonne, c'est-à-dire conforme à leur nature ?
Remarquons d'ailleurs que le socialisme, qui nous promet d'ôter la souffrance collective (nous verrons ce que vaut sa promesse) n'a garde de nous annoncer la suppression de la souffrance individuelle ; il se résigne à la douleur et à la mort. Ainsi, avec l'homme bon et la société devenue bonne, le mal poursuivra son œuvre ! C'est étrange, vous en conviendrez.
Mais ce n'est pas plus étrange que d'imputer à la société actuelle, à la société non régénérée, le mal dont chacun de nous s'avoue responsable. Si la société est le coupable, d'où vient que j'ai des remords ? Ah I le témoignage de la conscience s'élèvera toujours contre jces monstrueuses théories. Vous m'amnistiez, et je me
condamne ;' VOUS mettez mes vices aa ccrmpte ie Im société, et je sens que mes vices sont bien à mof.
NoteZy messieurs, que ces théories ne semt pas une fantaisie de l'esprit ; elles sont, je l'ai déjà (fit, la thèse obligée du socialisme. De queldnnt viendriea^yous transtonner dans ses éléments essentiel Torganisation sociale, si le mal ici-bas provenait de nos fautes personnelles ? Aux fautes personnelles correspondent des devoirs personnels, une réforme personnelle. La transfcnrmation qu'il s'agit d'opérer alors, c'est celle de notre cœur et de notre vie.
Dans le cas contraire et si l'homme bon n^est qu'une victime de la société mauvaise, voici les conclusions qui sortent de là :
Il n'est plus question de vaincre nos vices, qui ne sont pas ]a cause de nos misères. La société étant le seul criminel, seule elle est appelée à se corriger. A vrai dire, le mal moral est nié. Nos responsabil'ttés disparaissent ; et comme l'État, qui est le grand coupable, est aussi le grand libérateur, nous nous plaçons naturellement sous sa tutelle, L'État a fait tout le mal, l'État fera tout le bien. Le mal sera-t-fl supprimé? Je n'en croîs rien et je vous dirai pourquoi ; en attendant, il est excusé. Nul de nous n'a à s'humilier de ses fautes, qui sont un produit fatal de la civilisation. Ni l'assassin, ni le débauché, ni rhypocrite, ni régo&te n'ont un seul reproche à s'adresser. Innocents dans le passé, i]s deviendront sans efforts d'aucun genre excellents dans l'avenir, en vertu de la perfectibilité collective et de la réparation sociale.
n est des choses, messieurs, qu'il sufût d'exposer
LÀ THÉORIE BU SOCIALISME. fg)
poor les réfuter; le retranchem^t de la morale est une de ces choses-là. Je ne tous ferai pasTinjure de dénK»trer que la conscie»ce existe^ que le mal est id, dans le cœur, que c'est nous qui avons à nous régénérer. La société c*est nous, ce sont nos vices qui sont les siens; ôtez l'orgueil des uns, la jalousie des autres, la corruption et régoïsme de tous, à Finstant les relations sociales deviendront tout autres, les bases sans lesquelles la société n'existe pas ne seront plus attaquées, et les pro« blêmes angoissants, à commencer par celui de Tégatité^ recevront leur solution.
Ceci est grave, messieurs ; on ne supprime pas la morale sans supprimer l'individu, et on ne supprime pas l'individu sans introniser l'État. Si le bien et le mai son! dans les mains du législateur, c'est affaire de codes; s'il dépend d'une organisation de mettre la vertu sur la terre, je me dispenserai de regarder en moi-même et j'entreprendrai une réforme moins gênante que celle de mon cœur, la réforme des institutions. Dès lors l'effort se déplace et l'individu s'efface devant l'État.
Les conséquences d'un tel changement ne sont pas médiocres. — Il faut que l'État dispose de tout, puisqu'il doit répondre de tout et remédier à tout. Qu'on ne nous parle plus de liberté I — Vous voyez que l'égalité socialiste se paye un peu cher. Et qui plus est, après l'avoir achetée de la sorte au prix de tout ce qui fait le charme, l'indépendance, la dignité de la vie, nous nou? trouvons moins égaux que jamais. Mais n'anticipons pas.
Voici donc l'État tuteur, gardien, providence, l'État chargé de préserver l'égalité et le reste, l'État mettant par conséquent sa lourde main sur la religion, sur
ia4 L'£gâlité par le communisme.
réducation^ sur la science. Le réformateur suprême devient de plein droit le directeur suprême.
Et tout cela poiu'quoi? Pour réaliser cette égalité fausse qui est la négation même de Thomme et de la société. On trouve mauvais que les uns possèdent et que les autres ne possèdent pas ; la propriété est le grand vice social. Mais comment y remédier ? S'il se trouvait par iiasard que la propriété fût indissolublement liée à la famille, si la propriété et la famille étaient des traits ineffaçables de notre nature telle que Dieu Ta faite, s'il en était ainsi, à quelles violences, à quelles tyrannies ne faudrait-il pas recourir afin de réduire Thomme à n*étre pas l'homme ? Et combien de temps cela pourraitil durer?
Rousseau reculait; ses disciples n'ont pas tous reculé. Pour atteindre un but mauvais les mauvais moyens sont indispensables ; ces disdples-là s'y résignent. 11 s'agira de courber une à une sous un joug de fer toutes les supériorités sociales ; il s'agira de tuer l'homme et de l'empêcher de renaître; il s'agira de tuer le cœur, Tintelligence, la conscience ; il s'agira de décréter et de maintenir l'égalité des fainéants et des laborieux, des incapables et des habiles; il s'agira d'extirper les tendresses de famille qui entraînent toujours la reconstitution de l'héritage. Telle est la tâche ; eh bien, à la bonne heure, *ious l'accomplirons I Ne pouvant avoir l'égalité des liommes libres, nous aurons celle des esclaves ; ne pouvant avoir l'égalité des vivants, nous aurons celle des morts!
Avec une société reconstruite sur un nouveau plan, avec un législateur maître de tout, on va loin, messieurs.