HISTOIRE DES SYSTÈMES SOCIALISTES
Une autre fois, renonçant à faire aussi bien et rapetissant son système aux proportions de la pratique, il s'est résigné à adoucir dans les Lois le communisme de la Ré^ publique. C'est moins complet, mais c'est assez hideux encore pour nous apprendre qu'on ne saurait attenter à la propriété, sans sacrifier la liberté, la morale et b . famille.
Franchissons un long intervalle. Au seuil des temp^ modernes, Thomas Morus, dont le nom ne fait pas trop mauvaise figure auprès de celui de Platon, s'évertue à décrire à son tour une société idéale.
Si vous considérez avec soin son fie d'Utopie, vous découvrirez qu'il a rencontré sur le chemin de son rêve des obstacles que Lycurgue et Platon n'avaient pas connus ; l'Évangile a introduit certaines notions morales dans le monde. Morus en outre est évidemment retenu par l'expérience de l'homme d'État qui a mis la main aux affaires réelles et ne s'est pas contenté de disserter.
Rien de plus frappant sous ce rapport que de le voir reculer devant l'abolition de la famille ; il l'affaiblit, il n'ose la détruire. Après avoir institué les repas communs, après avoir établi une répartition des enfants en vertu éé laquelle les familles qui n'en ont pas prennent ceux des familles qui en ont trop, il s'arrête brusquement.
La communauté des biens reste ainsi en l'air, et Morus en a si bien conscience, que faisant lui-même la critî* que de son Utopie, il avoue que la communauté tuera le travail, arrêtera la production et enfantera la misère.
La circonspection de Morus l'homme d'État fait res-
sortir l'audace effrayante mais logique de Campanella le moiae.
Oui, c'est bien uae oeuvre de moine, cette « Cité du soleil » dans laquelle tout est réglé comme dans un couvent. Point de propriété, point de famille non plus. Les villes des Solariens sont de vastes monastères où chaque magistrat est revêtu du caractère sacerdotal et où la confession est transformée en moyen régulier de gouvernement. On mange aaréfectoire ; on accomfJit chaque jour un travail fixé par les supérieurs; (m change souvent de logement, de peur de s'attacher à quelque 'chose. Enfin et pour éviter des attachements beaucoup plus graves dont l'égalité niveleuœ ne s'arrange pas, le Hiariage est remplacé par ime promiscuité réglem^^ttée.
Gela se formule sans vergogne et sans circonloco*
tiCHlS.
C'est horriHe, n'est-ce pas ? A Dieu ne plaise que je veuille faire peser sur le système monacal l'entière responsabilité de ces imaginations malsaines. Il y a certes autre chose que le commumsme chez les moines, mais il y a le communisme, et il importe de le dire. . Les murs des cloîtres ont été expressément construits pour ne laisser entrer ni la propriété ni la £amille« Vous connaissez cette doctrine : la propriété et la famille sosit bonnes pour les âmes vulgaires, les saints vivent dans une région moins grossière; ne rien posséder, ne rien aimer, se détacher des siens ; sortir de la vie ordinaire, de ses affectioris et de ses devoirs, voilà l'idéal du moine, sa République, son Utopie, sa Cité du soleil. Et l'individu périt là comme là famille ; la liberté périt là comme la piopdélé. Soumis à une autorité absolue, le