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LE SOCIALISME PRUDENT. 90T

Il n^était pas inutile, messieiu's, de suivre à travers les siècles l'Qtapfe socialiste et ^galitaire. De Lycurgae 6t Platon joscpi'à Bafceuf et Gabet le même fait se présente à nous : qui alJtaque la propriété est condamné k attaquer directement ou Indirectement la famille. Les Ifâbiles s^en Ifiemient, en appareuce du moins, à lat* ta^^œ mdirecte. Mais cette famille, qu'ils s'eiïorcent do cooiserver pour la bonne façoo, elle n'est plus la Camille. Concevez-vous la famille sans le patrimoine, sans les intérêts communs, sana vie du foyer, sans Téducation des enfants ? En vmn la fausse é^té tente-t-elle de s'arrêter ainsi à moitié chemin ; le nivellement n'est qu'un mot vide de sens, s'il n'écrase pas tout ce qui s'élève au-(iess«is<hi sol. Or, ce qui s-' élève, c'est la famille, c'est la conscience, c'est la liberté ; ce qui s'élève, ce sont les choses essentielles et primordiales, calles que Dieu a mises en nous et sans lesquelles l'homme cesserait d'exister.

A l'aspect du bonheur q«e le socialisme nous promet, nous reculons instinctivement. Que de dégoût ne nous causerait-il pas, à supposer qu*il pût se réaliser pendant un mois, ce triste bonheur de la caserne, ce bonheur éd manger (et on ne mangera guère) à la gamelle commune ! Nous entrevoyons là la servitude à laquelle n^Ue autre ne se compare, l'appauvrissement auprès duquel la misère des mendiants en haillons est de l'opul&BCQ, Ne posséder ni sa famifle, ni ses biens, ni son

travaa,ni son âine,en vérité, c'est trop de dépouillement

Nos répugnances ont forcé les socialistes à réfléchir. Ils se sont rapetisses ; ils sont devenus modérés et prudents. Je les vois qui nous proposent une moitié, un quart, une dilution de socialisme ; mais ce socialisme homœopathique m'effraye plus que l'autre, cettehabileté m'annonce un péril. Les doctrines ne se font pratiques que lorsqu'elles se croient près d'être pratiquées.

Nous voici donc en présence de protestations, vertueuses peut-être, prudentes en tous cas. Je ne voudrais calomnier personne ; parmi les socialistes, il en est beaucoup qui tiennent, j'en suis convaincu, à se rassurer eux-mêmes. Es noas disent et se disent qu'il ne s'agit d'abolir ni la famille^ ni la liberté, ni la morale, ni même la propriété. Leur socialisme aime à se figurer qu'il ne sera pas le communisme. Écoutez-les : — On nous parle de Platon,deGampanella et de Babeuf; allons donc l ^ nous ne sommes pas des rêveurs. Tenant compte des nécessités sociales, nous nous bornons à proposer un régime intermédiaire, qui nous acheminera doucement vers l'égalité, sans rien briser de ce qui est digne de regret.

Rester à savoir, messieurs, s'il y a place entre la propriété entière et la franche spoliation. La propriété est ou elle n'est pas. Attaquée, elle se défend. Et elle se sent attaquée, lorsque, en la déclarant inviolable, on prépare tout pour la détruire dans un temps donné. Il ne faut pas croire que les propriétaires soient plus niais que les autres hommes : ils savent ce que parler veut dire, et ils n'ignorent pas que la distance est courte do socialisme bénin au socialisme brutal.

c A quelle sauce voulez-vous être mangés ? i — « Mais

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