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LE SOCIALISME BRUTAL

songe. Savez-vous, messieurs, ce que chacun des trentehuit millions de Français recevrait pour sa part, dans le cas où un milliard serait enlevé à quelques-uns et réparti entre tous? Vingt-six francs et quelques centimes. Mettons trente francs.

Le pillage aura appauvri tout le monde ; il n'enrichira personne. Combien de temps durera cette somme, la plus grande qu'on puisse admettre, cette somme qui sera la dernière, cette somme après laquelle il n'y a plus rien, ni partage, ni travail, ni secours ? L'industrie a disparu, le capital (ce qu'il en reste du moins) s'estenfoui ou a émigré, le crédit est mort, la charité a reculé épouvantée devant la haine ; la haine en effet et la guerre sont partout, partout aussi la ruine, sans limite comme sans remède.

Ah! qu'ils coûteront cher ces trente francs! Ou*ili coûteront cher, à la conscience d'abord, au bonheur ensuite l'Avoir trente francs aujourd'hui, et n'avoir plus de travail demain, après-demain, jamais ; messieurs, c'est la fin du monde.

On objecte que l'État sera toujours là. — L'État? Mais il sera aussi pauvre que les citoyens. Le crédit sera nul; les impôts ne rendront rien ; les besoins croîtront à mesure que décroîtront les ressources ; il faudra créer ou faire semblant de créer des ateliers nationaux ; des luttes colossales se prépareront en Europe. Pour armer, pour se défendre, pour unepolice devenue la première des institutions sociales, pour l'inquisition à laquelle il faudra soumettre quiconque sera soupçonné de posséder encore quelque chose, pour soutenir le mal par le mal et la violence par la violence, pour gorger certains intrigantSy pour résister à la réaction de l'honnêteté et du

fU L'ÉGALITÉ PAR LE COMMUNISME.

bon sens, l'État n'aura pas trop des misérables beattx de fortune publique qm seront re^és entre ses (nains. Il ne sera pas à son aise, vous pouvez m'ca croire, et ses largesses seront médiocres. H pourra décréter la félicité publique, il pourra n>ême décrète» que les citoyens ont le droit d'être secourus ; quant à tes secourir, ce sera une autre affsdre. Entre les spoliateurs et les spoliés, c'est-à-dire entre les deux dasses de mécontOTts, entre un peuple ruiné, des Éabriques fermées, des champs en frkhe et des ports déserts, il ne trouvera pas un centime à joindre à ces trente francs que j*ai admis tout à l'heure sans y croire beaucoup et afin de faire bonne mesure.

Un ^tat ruiné gouvernant ime nation ruinée essayera encore quelques pillages partiels qui ne rappc«rterontpasi grand' chose ; ce brigandage après coup ne fera plus ses frais. On se donnera peut-être la mission de détrônar les sois, de fonder la paix par la guerre et la liberté universelle parla tyraBoie.Toitt cela se peut ; ce qui ne se peot pas, c'est qu'on empêche le peuple de mourir de faim.

Mourir de faim. L'expérience communiste, si jamais elle était tenlée, aboutirait là et très-proni|>tement. Savez-voufi qui en souffrkait le jdus ? Les riches ? Non, tes pauvres.

La raison en est simpte. — Une nation en délire parviendra à abolir ia propriété pendant vingt-quBttre heures ; elle n'abolira pas le cœur humain. Qu'arriverat-il? Ceux qui possèdent une fortune parviendront presque tous à en sauver quel(pes débris ; As réussiront à les cacher, même à les transmettre; la familte et la patrimoine se défendront réciproquement.

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