PORTÉE MOHALË OU DÉBAT
II y aura des privations ; mais les catastrophes générales au sein desquelles les ruines individuelles sont confondues se supportât uàeax qu'on ne pense^ les réfugiés de Tédit de Nantes et les émigrés de k Révolu tion l'ont bien prouvé. On vivra donc de peu; on vivra cependant ; fermement, gaiement parfois» on fera tête à Torage. Quant aux ouvriers, je le dis en frissonnant, le travail supprimé, tout moyen d'existence sera supprimé du même coup ; lorsque l'industrie aura disparu, lorsque riierbe croîtra s«r le chemin des manufactures^ lorsque chacun cachera comme un crime les faibles ressources qui lui resteront encore^ l'ouvrier aura pour consolation dernière de maudire ceux qui l'auront coi^ duit là.
Et ne l'oublions pas, sites régimes spoliateurs durent peu, les effets de là spoliation durent beaucoup ; les blessures se font vite et se guérissent lentement. Ahi je sais bien qu'un état de choses fondé sur la fausse égalité succond)erait au bout de qudques mois sous Fexécration de tous ; marâ à combi^ti d'années estimez-vous l'ébranlement, la défiance, les antagonismes, Tanéantissement industriel, le chômage, la misère ? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'aucun de nous^ Messieurs, n'en verrait le terme.
G«t oracle est plus sûr que celui de Calchas.
Le sodaliimie trompe les pauvres : il se charge d'enrichir ceux qui n'ont pas assez aux dépens de ceux qui ont trop. Mensonge, aibominahle mensonge I Mais il y a bien
autre chose ici qu'une question d'argent ; le socialisme menace bien autre chose que la fortune des riches ; il menace la vie des pauvres, il menace tous les progrès, toutes les dignités, tous les bonheurs.
Le socialisme une question d'argent ? Il est une question de conscience, il est la question de la société humaine, la question de ceux qui n'ont pas et de ceux qui ont, la question du présent et de l'avenir. Le monde moral tout entier y est engagé. Au nom de la morale, au nom de la famille, au nom de Tart, au nom des lumières, au nom du progrès, au nom de la liberté, au nom de l'égalité aussi, nous combattons le socialisme; je n'ai pas besoin d'ajouter au nom de l'Évangile. Le souvenir de ses courtes saturnales, moins encore, la seule terreur causée par son approche, suffirait pour arrêter parmi nous le mouvement de la civilisation et, passezmoi cette image, les battements môme du cœur de l'humanité.
J'ai parlé de la famille ; tant que j'aurai une femme et des enfants, la notion du tien et du mien se maintiendra en moi ; je travaillerai pour les miens, je me trouverai heureux au milieu des miens, j'aimerai mieux un morceau de pain noir mangé au coin du foyer que tous les festins promis par Fourier aux phalanstères. Le phalanstère, le réfectoire me font horreur. Tout cela se tient, messieurs, et Campanella n'avait pas tort quand il s'écriait : « L'esprit de propriété ne grandit en nous que parce que nous avons une maison, une femme et des enfants en propre. »
La famille, au reste, n'est qu'une des victimes que nous devrions immoler sur l'autel de la fausse égalité. — Après avoir nivelé, ne faudrait-il pas maintenir le nival-