PORTÉE MORALE DU DÉBAT
lement, ou plutôt le refaire chaque matin ? Vous avez proclamé l'égalité absolue I une heure après, les paresseux, les lâches, les ivrognes ont rétabli de leurs mains l'aristocratie des travailleurs, des sobres Qt des vaillants. Or, cette aristocratie des braves gens est la plus insupportable de toutes. Je le conseille sérieusement aux niveleurs, s'ils veulent procurer à leur œuvre quelques chances de durée, qu'ils s'attaquent hardiment à la morale; détruire la propriété sans détruire la morale, c'est de Tenfantillage ; la morale refera toujours la propriété. Le seul nivellement qui puisse durer devrait se définir ainsi : L'égalité par la dépravation universelle protégeant l'égalité par la ruine universelle. Fermez les écoles, rasez les églises, corrompez les hommes, peutêtre alors parviendrez-vous à demeurer à peu près égaux dans le malheur^ dans les ténèbres et dans la boue.
Pauvre égalité, que de crimes on commet en ton nom et quels étranges services on te rend 1 Nous qui 'aimons, messieurs, faisons une guerre sans trêve aux nivellements hypocrites ou effrontés du socialisme.
Je n'ai pas à rechercher avec vous si la victoire passagère de cette tendance et la réalisation plus ou moinscomplète de ce système rentrent dans la catégorie des événements probables. Je n'ai garde de prédire ; j'affirme seulement qu'il est rare qu'une doctrine funeste disparaisse avant de s'être essayée à la pratique. Mais au lieu de calculer nos chances, j'ai mieux aimé rappeler nos devoirs.
C'est parce qu'il s'agit d'un mal sans remède que j'ai tenu à aller jusqu'au fond, à ne rien ménager et à tout supposer, il est par trop commode pour certaines in-
S18 L'ÉGALITÉ PAR LE GOMMUffISME
famies de s'enfermer dans la région des idées, restant h l'état de vague menace et attendant que leur heure aifi sonné. Il importe de les contraindre à descendre sur terre et à propdre corps. £t cela, il faut s'en occuper vite ; plus tard, ce serait peut-ôtr^ trop tard.
Qu'avons-nous fait aujourd'hui ? Une besogne néga* tive : nous avons combattu le faux progrès. Hélas ! c'est la condition du progrès véritable de rencontrer sans cesse le faux sur son chemin. La force que je dépensa pour résister à qui veut me ramener en arrière, j'aurais pu l'employer à marcher en avant. Voilà des forces perdues ; mais à qui la faute? Nous n'avons pas le choix ; Il y a des moments où ne pas reculer, c'est avancer, et où garantir le présent, c*est préparer laveoir.