‹ L'égalitéChapitre 32 sur 72 · CINQUIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

CINQUIEME DISCOURS

VUkllH PAR U LIBBRTE.

Je reçoîs,messieurs,des lettres qui semblent indiquer que quelques-uns d*enti:e vous sont affligés et même froissés par l'expression loyale de mes convictions. Je le regrette très- vivement, mais qu'y faire? Il faut bien que je reste fidèle aux termes de notre contrat, que je maintienne votre droit et le mien. Le vôtre, c'est de ne pas me croire sur parole, de me discuter, de me condamner librement ; le mien, c'est de dire non moins librement ce que je crois vrai et de réfuter non moins librement ce que je crois faux.

J'espère n'avoir blessé, j'espère ne blesser à l'avenir aucune personne. Quanta ne blesser aucune doctrine et aucune tendance, que Dieu m'^n garde ! Il n'y a que ce qui blesse qui fasse du bien. L'Évangile m'a blessé , le devoir m'a blessé; j'ai toujours reconnu aux blessures qu'elle fait l'action régénératrice de la vérité. Pour ne déplaire à personne Je ne connais qu'un moyen : ne croiro

k quoi que ce soit. Vous ne me le demanderiez pas, et je ne vous l'accorderais pas non plus.

Cela posé, je reprends le cours de notre étude. Un grave sujet réclame aujourd'hui notre attention, les rapports de régalité et de la liberté.

Il y a trois ans, devant un auditoire moins imposant mais non pas moins sympathique, je m'occupais de la liberté. Je n'ai pas oublié l'émotion que nous ressentions alors en constatant les besoins profonds auxquels elle répond, son accord avec les meilleures aspirations de l'âme aussi bien qu'avec l'Évangile. Nous étions heureux de découvrir que la liberté a en elle toutes les grandes solutions.

Le moment est venu de lui demander une de ces solutions. Pourquoi la liberté ne résoudrait-elle pas le problème de l'égalité? La liberté est une pierre de touche : s'il y a une égalité que la liberté consacre et une égalité -que la liberté réprouve, nous saurons ce que cela signifie. Le contraste de l'égalité libérale et de l'égalité despotique nous rappellera celui de l'égalité qui élève et de régalité qui abaisse.. Égalité d'un <;ôté, nivellement de l'autre, voilà au fond la formule en face de laquelle nous nous retrouvons toujours.

A ceux qui me demanderaient pourquoi je cite l'égalité au tribunal de la liberté, je répondrais que la liberté est un juge ; disons mieux, que la liberté est la justice. La société, fait divin, repose sur la liberté au même titre que sur la propriété et sur la famille. C'est de l'homme que procède la tyrannie, c'est de Dieu que vient la liberté. Aussi a-t-elle, je le répète, tous les caractères de la justice : il est juste que nos âmes soient libres ; il est juste

Page 1