DÉMOCRATIE DESPOTIQUE OU LIBÉRALE
compte à rendre. Son titre» c'est son nom : elle s'appelle ridée.
• la raison,
C'est que je m'appelle lion.
Et la démocratie dictatoriale agit en vertu de son droit. Le salut public, dont elle a le secret, l'autorise à user d'une bienfaisante contrainte. Ne faut-il pas forcer les gens à devenir égaux, et libres, et heureux ? Ils entendent mal leurs intérêts; ne convient*il pas qu'on les règle à leur place? Les dépositaires de l'Idée n'ont garde de négliger ce devoir.
Le salut public est un bon prétexte à tout faire. Munie de cette arme, l'Idée mettra à la raison les indép^dances révoltées. Nos tyrans sophistes, triste race que celle-là I frayent le chemin à toutes les tyrannies de l'avenir, car il n'en est pas une qui n'ait à faire triompher son Idée ; ils justifient toutes les tyrannies du passé, car il n'en est pas une qui n'ait prétendu contraindre les hommes au bonheur. Qu'on ne s'avise plus de jeter la pierre aux persécuteurs; ceux qui opprimaient en vue du salut éternel valent bien, je suppose, ceux qui se disposent à opprimer en vue du salut public. La souveraineté du . but, autre formule appartenant au même dictionnaire, accomplit son œuvre dans les deux cas. Rien n'a changé, ni le procédé ni la morale : la fin justifie les moyens.
Vivre égaux sous un maître, qu'il soit unique ou multiple, voilà un idéal qui suffit à bon nombre de niveleurs. €et idéal, qu'on célèbre fort, est moins merveilleux qu'on ne le dit. Je pourrais, sans chercher beaucoup, découvrir quelques pays où on l'a réalisé depuis longtemps ; et ces
pays œ jouissent^ il faut l'avouer, que d'une réputation médiocre. Bornons-nous à en citer deux, la Chine et la Turquie.
En Chine il n'y a point de hiérarchie, si ce n'est celle des fonctionnaires et des mandarins, qui se recrute démocmtiqoeiiient par t^ ooncDurB. H n'y a pomt de no- Uesse, excepté cette noUesse remontante que vantait Franklin, celle qui va des enfants aux pères, qui aooblit les aïeux dans leurs t<Hnbeaax, mais qui ne se transmet pas aux descendants. La Chine, qui possède l'égalité parfaîte, possède aus£H te complet despotisme avec l'aplatissement absolu.
Et la Turquie ? Les démocrates les plus avancés n'en remontreraient pas au sultan. Le sultan prend un es* . clave, un porteur d'eau, qui ne sait ni lire ni écrire ; il &SL fait un grand vizûr. Puis^ par compeosationv il prend un grand vizir ; il le dépouille de. ses dignités^ il loi ea»lève ses palais du Bosphore, il en fait un esclave^et te vizir rentre dans le néant Ainsi, égalité sans paieille : chacun peut devenir pacha, chacun peut recevoir des coups de bâton. — Je parle, messieurs, de la Turcpâe d'autrefois, de la Turqiue turque ; quant à la Turquie nouvelle, ses progrès, que je désire sinc^emeat, n'aur ront pas de signe plus incontestable, soyez-ea sûrs, que la dinilnution de la fausse égali^. La Turquie nouvelle aura, elle a déjà ses hommes supérieurs, tds que Fuad-pacha et Ali-pacha ;/une hiérarchie se formera chez elle, et l'oai s'y dassera d'après son mérite propre, non d^près les fonctions remplies ou lé caprice du mattre ; eUe verra naître, du moins je le lui souhaite, l'aristocratie du talent , des lumières, da caractère, des serviom rendus,, même Taristocrs^