DÉMOGIIATIS DESPOTIQUE OU LIBÉRALE. 26S
des positions acquises et des fortunes héréditaires.
Jamais TégaUté niveleuse ne fera m hommes libres ni peuples libres. Considérez sous ce rapport les deux plus célèbres œuvres de nivellement qui se soient accomplies sur la terre : Rome antique et la France moderne sont des exemples à méditer. ' ^
A Rome, les premiers progrès de Tégalité s'opèrent dans la bonne voie; aussi la liberté, loin d'en souffrir, en ùli son profit ; jamais la vie publique ne se manifesta chez les Romains d'une façon plus intense et plus saine que pendant les longues luttes du patriciat et des plébéiens. — Mais le temps arrive où la fausse égalité se met de la partie, et dès cette heure-là la liberté se retire, l'asservissement marche de front avec le nivellement : nivellement par les confiscations, nivellement par la destruction des grandes familles, nivellement pai^Marius le démocrate qui foule aux pieds la propriété et le droit ; niveliement par Sylla l'aristocrate, qui ne les traite pas mieux; nivellement par les triumvirs qui font presque regretter Sylla et Marins. Déjà, cédant à l'action de tant de nivellements sanguinaires, le peuple-roi s*était presque transformé en un peuple-esdave ; il ne lui manquait plus que les Césars pour constituer définitivement l'é* galité dan» le despotisme.
Auguste vint : sur cette république, qu'une longue terreur avait assouplie^ dont les délateurs avaient fauché une à une les maisons anciennes, où tout ce qui s'élevait avait été frappé de prosi^tion^ illustrations , patrimoines, infk^ces,. vertusi l'absolutisme n'eut pas de peine à établir soa pouvoir. Cela se fit tout seul en ^elque sorte»
«64 L'ÉGÀLITË PAR LA LIBERTË.
Alors il se forma à Rome ce qu'il faut bien nommer une populace, une foule oublieuse des libertés antiques, vivant de distributions, habituée à tendre la main, ne rêvant rien de supérieur au régime qui lui garantissait ces trois choses, l'oisiveté, le pain, le cirque. Et toujours, toujours, Rome impériale continua à se niveler : la classe moyenne s'en alla, comme l'aristocratie s*en était allée ; on se consolait d'être très-bas en voyant que personne n'était bien haut. Plus la tyrannie devenait lourde, plus elle était populaire ; il n'y eut jamais peutêtre dans le monde romain de popularité pareille à celle
de Néron.
Le pouvoir absolu est un incomparable niveleur, messieurs, et l'histoire de France confirme sur ce point les enseignements de l'histoire romaine.
Quand, au sortir du moyen âge, la véritable ^alité apparak, qui n'applaudit à son avènement? Voilà des communes qui ont conquis leurs chartes ; voilà des serfs qui sont en train de devenir des hommes; voilà des tyrannies locales qui sont étouffées dans leurs châteaux; voilà des âmes qui émergent à la liberté et des intelligences qui émergent à la lumière ; voilà la longue nuit cléricale qui s'efface devant les clartés naissantes de l'aube. Le cœur, oppressé par tant d'abus de la force, par tant d'atteintes portées à la conscience humaine, éprouve un soulagement immense en assistant à cette émancipation. Plus de classes foulées aux pieds; plus de croyances condamnées au cachot ou au bûcher; plus de direction ; l'égalité et la liberté remportent ensemble une de ces victoires sur lesquelles il n'y a pas à revenir.
Jusque-là tout est à merveille; mais ce que la liberté et l'égalité ont fait, le despotisme et le nivellement ne