SIXIEME DISCOURS
VUkllli FAR l'ÉYANfilLK
Nous voici arrivés, messieurs» au sommet de notr& étude. Il en est de ce sommet qu'on nomme TÉvangile comme de tous les autres ; parvenu là, on se repose et on contemple. On voit les plaines perdues dans la brume; on voit les montagnes inférieures qu'on a eu tant de peine à gravir et qui maintenant paraissent si basses. Ce qu'on avait pris pour des cimes, ce n'était que des échelons.
L'égalité par la liberté, est quelque chose certes, et vous ne m'accuserez pas de Tavoir méconnue; mais comparée à régalité par l'Évangile, elle disparaît en quelque sorte. Ici la relatî.on de l'homme avec l'homme trouve sa base: ce n'est plus un droit se heurtant à un autre droit, c'est une conscience rencontrant un devoir, c'est un cœur rencontrant un cœur. Oui, après le droit, ce premier champion de l'égalité, survient un champion plus vaillant, le devoir, et après le devoir vient l'amour. Ainsi
régalité vivante nous enveloppe, nous presse, nous pénètre de toutes parts.
Il est embarrassant et presque ridicule de prouver révidence. Démontrer que TÉvangile est un livre d'égalité, n'est-ce pas un peadémontrer qu'il faâtjour en plein midi ? N'importe ; quand l'évidence est audacieusemént niée, elle peut être utilement prouvée. Il fait bon d'ailleurs s'attarder en face de eeirtaâns specJfedes^ J'engage ceux qui aiment FÉvangile, et aussi ceux qui s'en défient, à le considérer aujourd'hui sous cet aspect de l'égalité. Aucun de nous, j'en suis sûr, ne regrettera le temps ^e nous aurons consacré à cet examen.
Entre l'homme et l'homme, l'Évangile nous montre Keu. Tant que Dieu n'est pâs là, l'égalité est un vain mot. Si mon semblable n'est potnr moi qu'une combî-* saison de matière assujettie à des lois fatales, je ne Ivà recoijnaltrai pas même des droits ; je me c(mteiiterai d'admettre quelques conventions sociales destinées à empêcher les conflits trop violents entre ma combinaison de matière et la sienne. Si je croîs que mon semblable a une âme, je me sentirai coupable d'attenter à sa liberté; ridée de justice aura suirgi^ Ifais c'est trop peu encore : <[iïel changement, messieurs, lorsque apparaît enffîn le Dieu de l'Évangile ! Alors seulem^t l'homme apparaît ^ustsi, rhoiûme, c'est-à-dire la créature morale, respon** sable, immortelle, envers laquelle j'ai des devoirs, que je suis tenu de chérir et de respecter* 11 n'y a pas d'égalité sans le respect ; dans tout homme, de quelque condition, de quelque couleur, de quelque caractère qu'il soit, je respecte l'enfant de moû Dieu, le bien-^imé de moa
TOiei LA VaAIE SOLUTIOIL n9
Sauveur. La gemàe iégalité se m(»itr6 alors : < Notre Père qui es aux mi\&l i
Quiconque a appris à dire cela, en comprenant un peu ce que eda signée, a mis le pied sur le teirain de Tëgalité véritable. Sans le pèce, les enfants ouèlieot qu'ils sont frênes et sœurs. Vou3 en avez vu de ces familles dispersée aux quatre venls, dont les m^nbres sont devenus étrangers tes ans mis autres. Pourquoi? parce (pi'il n'y a plus de maisodD paijeroelle>
Vtym^j jaaesë^ursy c est le père retrouvé. Nous avons un p^e, noua sosunes aimés par notre père, &0U1S sommes ajppelés à reprendre notre place i*eE^ fants^ ce qui nous séparait de notre père a été aboli par le £^aog de€hrîst; vdlà la Bonne MouyeUe annoncée à tous et de Jiai|uelle ne soBit exclus que ceux qui s'eKokent euxHiiémes, Bonne Noiurelle depaidon^ et Bonne Nouvelle d'égalité.
jLe père retrouvé, TbonOTe reitrouvé, tel est le point de départ; et T^vapgile ne $>en tieol pas là. Il attaq.^ le problème de Téga^ité p^r un côté que l9s préteniues* solutions du socialisme ignorent ab^ument, et <|ae la solution réelle mais insuf|is£^Qte du libél:aIi^m^ ne conr naît guère non plus. Sachant que le mal est dans l'homme, rÉvangile applique le remède à l'homme : il n'entreprend pas de refaire la société, il entreprend une tâche autrement féconde, refaire l'homme. Il va droit à la cause de l'inégalité mauvaise, je veux dire au péché.
Lorsque Ésope se chaîna de dessécher la mer, il y mit une condition, c'est qu'on commencerait par boucher tous les fleuves. La mer ne se dessèche pas autrement ; tant que le^ fleuves d'égoïsme, de jalousie, 40
haine, d'orgueil, de dépravation, continueront à couler, Tocéan du mal conservera son niveau ; la société sera ce que les hommes la feront.
Refaire l'homme, voilà donc la visée extraordinaire et vraiment divine de TÉvangile. C'est en ces termes magnifiques qu'il pose et qu'il résout le problème de l'égalité. Si l'égalité est en haut et si l'Évangile est un relèvement, l'Évangile est par excellence la doctrine de l'égalité. Or, messieurs, relèvement, c'est le nom même de rÉvangile : il relève tout ce qui est tombé, l'âme, l'intelligence, les bonheurs, les affections, les ambitions, les travaux, les espérances, le but de la vie, l'homme €nfin, l'homme tout entier.
11m apprend qu'il s'agit bien moins de me plaindre de la société que de m'humilier sur moi, de m'humilier et 4e lutter. C'est moi qui suis en cause; le mal social, qui est trop réel, hélas ! sort du mal individuel. Mes vices, voilà l'ennemi.
Vous voyez d'icià quelle distance cette solution laisse derrière elle la solution socialiste et même la solution libérale. Nous relever, nous, aider les autres à se relever, mettre de la conscience et de la charité dans nos actes, cela mène plus loin qu'on ne Timagine, plus loin et plus haut. — Mais ne restons pas dans les généralités, iibordons les enseignemeats de l'Évangile.
Tous perdus, telle est sa première parole d'égalité. Et quelle égalité que celle-là ! L'homme qui s'est senti