TOUS PERDUS, TOUS SAUVÉS
perdu, l'homme qui, ne se contentant pas de répéter froidement les phrases stéréotypées sur le péché en général, a éprouvé la douleur, la honte de son propre péché, l'homme qui est descendu au fond, bien au fond de l'abîme d'où la miséricorde divine peut seule le tirer, l'homme qui a passé par cette détresse morale, a laissé là-bas, vous pouvez m'en croire, et le droit et le pouvoir et la pensée de se mettre au-dessus de qui que ce soit.
On parle du nivellement qu'opère la mort I On nous dit que nous sommes égaux parce que nous aboutissons tous au cimetière ! Je ne vois pas que l'argument ait eu beaucoup de succès et qu'il nous ait dégoûtés de l'orgueil. Si nous allons tous au cimetière, nous n'y allons pas tous par le même chemin. C'est quelque chose d'avoir sur la route les jouissances de la fortune et du rang; c'est quelque chose même (nous y tenons, à ce qu'il paraît) de savoir que nous irons au cimetière en grand appareil et qu'il y aura du marbre sur notre fosse.
Ne le nions pas, cela est. L'égalité par la mort sera toujours inefficace. On déclamera jusqu'à la fin du inonde sur les six pieds de terre qui suffisent à tout le monde, sur cette poussière des plus grands monarques qui tient dans le creux de la main ; on n'en aspirera pas moins à être, en attendant la mort^ un vivant aussi riche et aussi glorieux que possible.
L'Evangile, lui, ne déclame pas ; vous ne trouverez pas dans la Bible entière une phrase à effet sur la pous-' sière et sur les vers. En revandie, vous y trouverez ceci : « Vous êtes morts dans vos fautes et dans vos péchés. » La voilà, la mort qui égalise ; ce n'est pas celle du cimetière, c'est celle des fautes et des péchés. Ici
commence Fégalité véritable. Elle commence, ai- je dit; nom allons essayer de la suivre dans ses développements.
Tous sauvés, telle est la seconde parole de l'ÉvangileJ c Dieu les a tous enfermés dans la rébellion, afin de faire miséricorde à tous. » Que manque-t-il, messieurs, à cette doctrine d'égalité? Tous perdus, tous sauvés.; toas condamnés, tous pardonnes; tous indignes d'amour^ tous aimés.
£t ce tous devient pour chacun de nous un mot. « II appelle ses brebis nom par nom. » Mon nom a été pro^ nonce; une voix tendre, celle du bon berger, m*a appelé, moi le dernier des pécheurs, moi qui suis ]^s coi^^Ie que tant d'autres parce que je n'ai pas les mêmes excuses de mon péché. Christ a satisfait pour moi ; Christ intercède pour moi. Ainsi, le nnracle de Tégalité s'accomplit au fond de mon cœur : la main de Dieu m'a dépouillé» la main de Dieu m'a revêtu.
Approchez- vous de la croix de Christ, vous qui aimez l'égalité. Le rachat de nos âmes s'y opère de telle sorte, qu'il ne nous reste plus un seul prétexte d'orgueil. Christ ne nous rachète pas parce qu'il est l'homme idéal, ou parce que sa doctrine renferme les germes de l'avenir, la famille, le bonheur, la liberté, et l'égalité aussi, ou parce que notre foi en lui a une valeur morale, ou parce que les croyants deviennent de nouvelles créatures marchant désormais sur la route qui s'éloigne de la corruption et de l'égoïsme. Non, que personne ne se glorifie, nous sommes rachetés, parce que Christ a porté le poids de nos péchés.
L'expiation nous met tous de niveau. L'amour divin a satisfait à la justice divine, et nous n'ajouterons rien h
L'ÉYAMGILB eST POUE TOUS. f83
ce cpie nous donne grabiitem^t cet amour, et nous ne ptrendrons rien sur nou3 de ce qu'a exigé cette justice. Il est là, le Fils tendfe et ju$te, portant la malédiction xpù nous est due ; il est là, le Père tendre et juste, donnant son fils bien-aimé; ^ devant ia croix où s'ac- €M:>mpIit un telmystène, nous é^YHBûm égaux parThusoiliatiion 4]ui ik)U3 comrbe jusque dans la poudre, par la miséricorde qui nous transporte ]m(^ dans le del. Le sang de Golgotba, qui nous commande la sainteté en m&ne temps qu'il nous assure le pardon, proclame avec une force inc^mparaUe la doctrine de Tégalité. Les sages de Tanliquité ne professaient pas un respect excès* sif pour le vulgaire ; les libres penseurs d'aujourd'hui n'ont psffi l'air de tenir en grande eetime l'âme des nègres et des Papous ; notre morale «aondaine n'est pas précisément compatissante pour les êtres souillés et déduis, le ne vois que Jésu&-Cbrist qui appdle tous les hommes à lui, le vulgaire et les sages, les nègres et les blancs» les honnêtes gens et les malfaiteurs^ ceux qu'on honore et <;eux qu'on méprise. Tous sont perdus, le ealut est offert à tous, tous peuvent en l'acceptant devenir des enfants de iMeu. Égaux comme ennemis de Dieu, égaux comme enfants de iMeu, ils ont pcurticipé à la même dégradation, ils peuvent participer au m^e relèvement. L'ouvrier de la onzième heuw reçcrit exact^aent le même ssdiaire que ceux qvà ont porté le poids da jour et de la cbaleiTii
ni
Oui; mais, dit-on, bien des gens ne viennent pas travailler, même à la onzième heure, et derrière l'égafilé
si vantée des chrétiens apparaît Pinégalité suprême, celle des croyants et des incrédules, ou, pour employer le terme biblique, des bons et des méchants 1
Je répondrai à Tobjection par une question : Y a-t-il quelqu'un qui prétende abolir cette inégalité-là ? A moins tle devenir le nivellement, et quel nivellement ! l'égalité doit respecter le libre arbitre et la responsabilité. L'Évangile proclame la distinction profonde qui sépare les bons et les méchants, il ne la crée pas. Il prend, pour Famoindrir le plus possible, le seul moyen qui s'accorde avec la liberté; il s'adresse aux cœurs, il fait appel aux consciences, il s'efforce de toucher, de gagner, de relever, c'est-à-dire de changer les méchants. En dehors du changement, de la conversion, si vous aimez mieux, je ne vois pas où est le moyen de s'attaquer àl'inégaUté morale.
Il existe, souvenons-nous en, c'est la première vérité que j'ai établie devant vous, des inégalités nécessaires. Or, de toutes la plus nécessaire est celle qui se rattache à l'usage que chacun fait de son libre arbitre. Malheur à nous, si nous érigions jamais en système ce que les habitudes relâchées du monde ne mettent que trop souvent en pratique, l'égalité monstrueuse du bien et du mal I
Cette égalité assurément n'est pas dans l'Évangile. Nous n'y trouvons en fait d'égalités que celles qui laissent subsister la créature responsable et qui ne blessent pas la justice : l'égalité de l'amour divin, l'égalité du pardon divin, et ne craignons pas d'ajouter l'égalité du jugement divin.
L'égalité ne se passe pas du jugement, car elle ne se passe pas de la justice. L'injustice est l'inégalité par
excellence. Aussi, qu'arrive-t-U? Partout où fonctionne un tribunal (équitable, s'entend), un agent de Tégalité est à l'œuvre.
Et ce qui est vrai des jugements humains est plus vrai du jugement divin, par cette simple raison qu'il est seul l'expression absolue de la justice. Dieu est le seul juge qui connaisse d'une manière parfaite toutes les circonstances de la cause, les lumières qu'ont possédées ceux-ci, les ténèbres où ont été plongés ceux-là, les appels directs qui ont été adressés aux uns et que n'ont pas entendus les autres, les milieux infiniment divers au sein desquels ils ont vécu, les dispositions héréditaires, les tentations innées. Dieu seul peut appliquer, dans leur sens profond si conforme à l'égalité, ces paroles de TÉvangile : « Il sera beaucoup redemandé à qui il a été beaucoup donné. » Dieu seul voit ce qui se passe au fond des âmes ; seul il met à leur place les dévotions apprises par cœur, les piétés d'imitation, les bonnes œuvres de calcul, les pratiques et les vaines redites; seul il discerne les vrais mouvements de la conscience, les vrais désirs de pardon et d'amendement, qui se produisent au travers des ignorances, des superstitions, des habitudes grossières, des préjugés et des vices nationaux.
Sous ces enveloppes redoublées, l'œil de Dieu distingue les deux classes d'hommes (il n'en existe que deux), ceux qui sentent leur péché et ceux qui ne le sentent pas, ceux qui aspirent à la délivrance et ceux qui n'y aspirent pas , ceux qui se repentent et ceux qui ne se repentent pas, ceux qui reçoivent le pardon par Christ et ceux qui ne le reçoivent pas, ceux qui, à défaut de la connaissance du Sauveur, écoutent le témoignage intérieur du Saint-Esprit et ceux qui ne Técou-
tent pas, ceux qui montent et ceux qui descendent* Et la distinction est si profonde, que le jugement, on peut le dire, n'a pas besoin d'être prononcé pour exister. Sa promulgation éclatante ne fera que manifester Tétat des âmes, et produire aux regards de tous ce qui n'est pleinement visible auj(HU*d'hui que pour le regard divin. Je ne puis dire, messieurs, à quel point l'égalité serait incomplète ici«-bas, si les iniquités de la terre ne devaient pas aboutir au jugement et si le temps présent ne devait pas aboutir à Fétemilé. La vie éternelle^ en définitive, n'est pas sealement la continuation, elle est la seule explication suffisante de la vie actuelle. Otez les perspectives d'outre-tcwdbe, les aspects de notre destinée deviennent ificompréheosibles et dioquants. 11 y a parmi nous tant d'iniquités victorieuses, tant de crimes im-» punis, tant d^'abus de la force ignorés, il y a tant d'inégalités par l'injustice, il y a tant de douleurs à consoler, tant de bonheurs à compléter, tant de sanctifications à achever, tant d'aspirations à satisfaire, tant de réparations à accomplir, que nous ne saurions décidément nous enfermer dans les étroits horizons de notre existence de qua^ jours. Sans doute les rétributions étemelles sont déjà là, et dans une certaine mesure nous mangeons dès à présent le fruit de nos œuvres : l'âme qui monte goûte des joies qu'aucune souffrance passagère ne détr^ât, l'âme qui s'abaisse subit des misères que ne compense aucun faux plaisir ; mais ce oomm^cement appelle un complém^it, la justice le veut et l'égalité l'exige.
C'est d'ailleuw un des car^tères de l'égalité engendrée par rÉvan^le> qu'dle se répand de partout sur ceux même qui n'acceptent ni ne pratiquent TÉvangite*
i^e fleuve des égalités chréUennes surmonte sa digue et recouvre le pays entier ; ou plutôt, le fleuve n'est pas digue, il est fait pour s'épancher largement et pour féconder, comme le Nil, les sables arides du désert.
Comment en serait-il autrement? Le Dieu « qui ne veut pas qu'aucun périsse » a compris Thumanilé entière dans son dessein d'amour, et l'on voudrait supposer que les conséquences de ce dessein d'amour sont bornées aux hommes qui le connaissent, bien plus, à ceux qui l'acceptent ! Il ne saurait en être amsi : il n'en est point ainsi, messieurs.
Dieu a ses voies qui ne sont pas les nôtres. Si grand que soit le privilège d'avoir reçu le message évangélîque (et une responsabilité non moins grande se rattache au privilège). Dieu ne se laisse pas sans témoignage auprès de ces hommes moins responsables que le message n'a pas encore atteints. L'égalité fondée par le sang de la croix existe en faveur de ceux qui sont près et de ceux qui sont loin, en faveur de ceux qui ont vécu après Jésus-Christ et de ceux qui l'ont précédé, car l'Agneau de Dieu est mort <r pour tous » et, en vertu de la prescience éternelle, il a été immolé t avant la création du monde. »
Et les enfants de Dieu participent aux sentiments de leur père ; l'esprit de la famille d'en haut est un esprit de largeur. Les chrétiens voient, ou du moins doivent voir dans les hommes étrangers à l'Évangile ce qu'on a si justement nommé « des chrétiens virtuels. » Puisque Christ est mort pour tous, tous sont des candidats au royaume de Dieu. De là des devoirs, de là des affections. La fraternité, qui est, nous l'avons vu, la seule égalité digne de ce nom, étend en réalité son empire bien au
delà des limites des Eglises ; partout où il y a des âmes, le chrétien cherche des frères. De quel droit n'aimerait-il pas ceux que Dieu aime ? Puisqu'il prie pour tous les hommes (et je le plaindrais s'il ne le faisait pas), son espérance et son amour doivent aller aussi loin que sa prière.
Les faits sont là, messieurs, pour montrer jusqu'où s'étend parmi les hommes le rayonnement de l'égalité évangélique. Elle ne se renferme pas dans le cercle des nations christianisées ; elle déborde sur le inonde musulman et païen. Par le Koran qui a pillé la Bible, par les missionnaires qui ne reculent devant aucun obstacle, par les contacts incessaipment multipliés qui mettent les civilisations asiatiques et africaines aux prises avec la civilisation de l'Europe, il se fait une propagande d'idées devant laquelle les inégalités antiques, castes, esclavage, harems, commencent à reculer.
Pour nous renfermer dans les nations christianisées, qui oserait prétendre que ce rayonnement ne s'y est pas produit ? On accuse l'Évangile de ne fonder que l'égalité des convertis I Or, voici ce qui s'est passé :
Les rapports d'homme à homme ont été totalement changés depuis l'Évangile. L'égalité y est entrée de partout. La protection des faibles, esclaves, serfs, prisonniers, malades, indigents, est devenu une de nos préoccupations constantes et croissantes. Les intérêts et les besoins du grand nombre ont occupé une place que ne songeaient certes à leur attribuer ni les démocrates à Athènes ni les tribuns du peuple à Rome. Au lieu de sociétés reposant d'aplomb sur l'esclavage, nous avons des sociétés reposant d'aplomb sur le droit de tous.
Ceux qui nient cette prodigieuse révolution n'ont qu'à
comparer les codes modernes aux codes antiques. A peine Jésus-Christ est-il venu, que les législateurs ont été forcés de se mettre à l'œuvre ; il a fallu consacrer l'égalité, dan3 les familles d'abord, dans les nations ensuite, enfin dans les rapports des races entre elles.
Les idées, cela va sans dire, n'ont pas été moins transformées que les lois. Nous étoufferions s'il nous fallait vivre une journée dans l'air que respiraient les hommes 1 y a dix-huit cents ans. Nos pensées les plus ordinaires, celles qui traînent dans le moindre livre d'un cabinet de lecture et dans les colonnes du premier journal venu, constatent des progrès auxquels le monde païen ne songeait en aucune façon. Les ennemis de l'Évangile vivent de l'Évangile ; la philosophie du dix-huitième siècle, les cahiers de 89 ne s'expliquent que par une série d'événements moraux d'une incroyable grandeur. Si aujourd'hui nous parlons couramment des droits de la conscience, de l'État laïque, de l'indépendance réciproque du temporel et du spirituel, même de la séparation de l'ÉgUse et de l'État; si nous nous apprêtons à comprendre que parmi les libertés nécessaires les plus nécessaires sont celles de l'individu; si enfin le système antique, qui niait ou ignorait tout cela et qui absorbait l'homme dans l'État, nous fait l'effet d'une tyrannie à jamais morte dont les passions insensées du socialisme peuvent seules rêver la résurrection, cela tient à ce que l'égalité s'est mise en marche depuis les apôtres.
Ce qui court les rues aujourd'hui ne figurait avant eux que dans les entretiens à huis clos de quelques sages et dans les pages ignorées de quelques vieux livres de religion. La femme égale à l'homme, les hommes égaux ^Dtre eux, l'égalité et par conséquent la liberté des con-
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sciences, voilà autant de conquêtes dont nous nous dôu» tons à peine, à force d'y être habitués.
Demandez-^ous, messieurs, ce que^ignifient ces mots : la civilisation chrétiensê, le monde Ir^e^ne. Us sigm-fient que le christianisme a introduit ici-bas une autce civilisation et qu'il a créé un autre moade. — Ce n'est pas trop dire ; lescompilateurs de morales iadépends^ites, les interprètes des vieux cultes^ qui démoaHrentà qui mieux mieux que l'Évangile y étaU ccmtanu, reculerai^t eux-mêmes épouvantés si d'un coup de baguette oi» faisait disparaître du milieu de nous toutes le&conséqueoees de Tœuvre de Christ, les lois, les idées, les axiomes moraux, les progrès de l'égalité qui co^aamencent avec notre ère, si Ton nous mettait au régime des Yéâas, ou du Bouddhisme, ou de Gonfucius, oa de Zoroastre^ oo des Médes, ou de la Grèce, ou de Rome»
Pour mieux comprendre ce que l'égalité doit k l'Évangile, il importe de ne pas nous en tenir aux termes généraux et d'entrer dans le dtoil.
Avez-vûus sondé quelquefois, au point de vue de Vé" galité : ce mot profond ée TÉvangile, la nouvelle naisr sance? Par cela môme qu'il exprime le changement le plus complet qui se puisse imaginer, il met évidemment de niveau ceux qui ont à passer par là, je veux dire tous lea hommes. L'égalité qui élève n'a pas de victoire com^ parable à ceUe que renferme la conversion d'un homme quel qu'il soit, obscur» ignoi:ant et chétif« La foi qu'il a
LA JHaiPVEiLE KÂ^ISSANGB.
bumblenEiient reçue le sanctifie par cela seul qu'elle te justifie ; déclaré juste» il va deii^r juste; une forcse ioconnae et irrésistible» ceUe dé ramour éternel^ est désormais à l'œuvre en lui ; depuis qu'il porte Je titre d'enfant de Dieu, il a revêtu les sentiments de la £amiUe céleste, son égd^me est attaqué en lace, son cœur a^est donné, ilasoiCdevaincrelemal^ilaApire à la liberté par la sainteté, il a entrepris celte guerre môMe de tant de défait^ mais qui se termine tûuîoitts par le triomphe et qu'on nomme la lutte intérieure. Maintenant il est en train d'acquérir l'indépmdance du dedans et Tégahté du dedans. Aussi affronte**t-il les tyrannies du dehors, car au-desaus de lui le cid est ouvert et un père se tient làhaut.
Chaque foia, messieurs^ qu'une Ame se courbe an souffle de l'Esprit, l'égaliié faèt un pas en avant sur la terre. A la rencontre de l'Esprit, les chosea élevées s'abaissent et les choses basses s'éièvenU Les orgueils s'hu» milient, et en même temps de pauvres pêefaeurs se met* tent à marcher sur le beau chemin qui monte, des vicieux se mettent à réagir contre leurs vices, des pauvres commencent à s'enrichir, des loalheiireux entrevoient le bonheur ; tous les niveaux haussent à la fois«
Ainsi l'homme nouveau entre dans la vie nouvelle ; or la vie est égale à la vie. L'égialité par exceUenoe, la voilà ; les grands de la terre, les voilà ; Faristocratie légitime et nécessaire, l'aristocratie de l'égalité, passez*moi l'expression, la voilà. Elle es4 ouverte à tous, tous, cmt le même droit d'y prendre place,; on Q*ast pasexclu,^ (m s'exclut.
Les égalités delà vie nouvelle sont merveilleuses. Voyes la devoir ; non-seulement la distinetion des grands ^
des petits s'efface devant le devoir, mais la distinction des grands et des petits devoirs semble s'effacer ellemême. La servante qui fait sa tâche dans un sentiment de devoir etrhomme d'Étatqui dans un sentiment de devoir risque sa réputation ou sa vie, ne sont pas aussi éloignés l'un* de Fautre qu'on Timagine. Vous savez ce que disait ïsaac Newton : Si deux anges descendaient sur la terre, l'un chargé de gouverner un empire, l'autre chargé de balayer les rues, le second ne désirerait pas changer avec le premier.
Partout où la lutte intérieure est engagée, où les âmes sont en travail, où Féducation personnelle se poursuit, l'homme nouveau apparaît. Il a fait plus ou moins de progrès, il a appris et désappris ; il est tombé, il s'est relevé, il a grandi par les douleurs comme par les joies; quoi qu'il en soit, c'est toujours Fhomme nouveau.
Et quoi qu'il, en soit, en effet, que sa destinée soit humble ou brillante, il voitdevant lui une belle vie. Oui, la vie est belle pour tout homme dont le trésor est en haut. Il a un but, il sait où il va, il en sait le chemin. C'est bien, n'est-ce pas, la race des égaux qui s'avance^ Dieu a imprimé sur leurs fronts le sceau d'une ineffaçable égalité.
Voulez -vous que nous nous en assurions? Voyons seulement, car le temps nous manquerait pour tout dire, ce que deviennent aux yeux de l'homme nouveau ces deux mots si usés et si grands, la vérité et l'amour.
La vérité fait des égaux. Tous les sujets de la vérité appartiennent au même royaume, au même peuple ; je veux dire que tous rendent hommage à la même souveraine, la vérité, que tous reconnaissent ses droits ab«