LÀ NOUVELLE NAISSANCE
solus^que devant la vérité quelle qu'elle soit, grande ou petite,agréable ou gênante,toussecourbent pareillement
Ceci, messieurs, ne se voyait guère dans notre Europe avant Jésus-Christ. La vérité religieuse, qui est la vérité par excellence, changeait alors en passant la frontière ; chaque nation avait sa religion d'État, sa vérité d'État ; le citoyen se confondait avec le croyant. Aussi Pilate ne faisait-il qu'exprimer Topinion courante quand il s'écriait : « Qu'est-ce que la vérité ! »
Nous ne comprendrons jamais à quel point furent sincères, universelles, la surprise et l'indignation de ce monde païen, lorsque les chrétiens se mirent à protester contre l*État au nom de la conscience. Les sages et les philosophes ne furent pas moins scandalisés que les sceptiques et les hommes de plaisir. A qui en ont ces furieux qui brisent l'unité nationale, qui croient à la vérité, qui appartiennent à la vérité, qui s'imaginent qu'il y a une vérité, qui soutiennent que la vérité exclut l'erreur, qui né sauraient brûler le moindre grain d'encens devant les idoles consacrées par la loi I
Afin d'écraser cette folie nouvelle, la foi au vrai, on épuisa les supplices. Mais il se trouva que la foi au vrai avait créé des hommes forts qui aimaient mieux souffrir que mentir. Dès lors, un trouble immense, signal d'un progrès immense, vint agiter le genre humain.
Ce progrès, messieurs, c'est à cela que j'en reviens, était un progrès de l'égalité. La vérité égalise ceux qui croient en elle. Il n'y a pas une vérité pour les riches et une vérité pour les pauvres, une vérité pour les savants et une vérité pour les ignorants. Ils se trouvent de niveau, quelle que soit leur situation, les hommes qui c sont de la vérité. >
^4 L'ÉGALITÉ PÂa L'ÉYÂÏfGlLE.
£t cette action égalisaftrice de la vérité est û pidssaale, qu'elle se fait seotir, notez-le, avant même que la vérité soit découverte et possédée. La recherche suffit ; d'ailleurs ceux qui cherchent ainsi trouvent toujours.
L'amour accomplit à son tour une œuvre n(m moins admirable d'égalité. L'amour de Dieu fait des égaux; l'amour pour Dieu fait des égaux, l'amour pour les hommes fait des égaux.
Gela doit être, car le contraire de l'amour, Tégoïsme, est ici-bas un des grands fabricateurs dlnégalités. Par l'orgueil des uns, par la jalousie des autres et par la convoitise de tous, il accroît les distances, il souligne et envenime les différences sociales.
Vous voyez d'ici, messieurs, quelle est la mission éô l'amour chrétien. Être aimé et aimer, là est le secret des grandes égalités. Une affection, c'est une égalité. Parvenez- vous à comprendre des amis inégaux ? Non ; les diversités extérieures, quelles qu'elles soient, se perdent et s'effacent dans leur amitié. lien est ainsi de l'amour fraternel : les égoïsmes se hérissent devant lui; Aies écarte de sa douce main. Cela fait, tout ei^ fait ; les distinctions de fortune peuvent subsister, elles ne blesseront plus personne, elles seront une occasion d'aide mutuelle et non de conflit ; l'homme se trouvera en face de l'homme, son semblable et son égal.
Je tomberais dans le lieu commun si j'insistais sur la place que la révélation chrétienne donne à l'amour.