‹ L'égalitéChapitre 43 sur 72 · LES RELATIONS AVEC DIEU · texte numérisé non relu

LES RELATIONS AVEC DIEU

de tomber souvent. A cette rude et vaillante école se forment des caractères, des indépendances, des âmes trempées pour la lutte. — Entre elles l'égalité est de droit/

Comment ne serait-elle pas de droit ? Toutes ces Âmes entretiennent des relations habituelles, familières, aussi amilières que respectueuses, avec le Père céleste. Pour apprécier ce que ces relations renferment de puissante et indestructible égalité, examinons-les, messieurs, dans leurs deux manifestations essentielles, la prière et la confiance fiMe.

Voici des hommes qui, occupant d'ailleurs les positions les plus diverses, pauvres ou riches, heupeux ou malheureux, à l'heure des détresses ou à celle des délivrances, avec le bégaiement des faibles ou avec la foi affermie des chrétiens vieillis dans la lutte, s'agenouilleait devant le même Père, s'appuient sur le même Sauveur, se reconnaissent pécheurs avec la môme confusion, implorent les mêmes secours du même Esprit, aspirent au même affranchissement. Ils demandent ensemble le règne de Dieu, le vrai bien et le vrai bonheur des hommes. Ils désirent être rendus capables de pardonner, 4'aimer, d'avancer, de remplir leurs devoirs.

Rien de plus différent que les prières, à ne prendre que les termes, que l'occasion, que le but spécial de chacune d'elles. Au fond, rien de plus semblable, et, je tiens à répéter le terme, rien de plus égal que ces prières si diverses*

C'est toujours l'enfant qui va vers son père et qui lui raconte tout, qui lui dit ses misères, qui implore son secours, qui demande et qui remercie. Nous avons une lutte à soutenir, une chute à déplorer, un défaut à combattre, des difficultés de famille à surmonter, des défilés obscurs à traverser, des résolutions à prendre ; nous allons vers notre père. Nous avons une tendresse à mettre en sûreté, un avenir d'enfant à garantir, un malade chéri à recommander, un mortbien-aimé à pleurer ; nous allons vers notre père. Nous avons à rendre grâce après une délivrance morale, après une délivrance matérielle; nous allons vers notre père. Non moins que la prière dont elle est l'inséparable compagne, l'action de grâces a des ailes, et elle nous emporte en plein ciel, à des hauteurs où se rencontrent, dans l'égalité radieuse, tous ceux qui contemplent de leurs yeux les bontés du Père céleste.

Est-ce de l'égalité, oui ou non? Connaissez-vous deux manières de prier, de remercier, de se réjouir ? Et n'y a-t-il pas, en outre, une réciprocité de prières, une grandiose association de secours mutuels dans laquelle les faibles intercèdent pour les forts, aussi bien que les forts pour les faibles? Oh en seraient les forts, je le demande, sans l'aide que les faibles leur ont donnée?

S'il me fallait Indiquer, messieurs, une des inégalités effrayantes d'ici-bas, je n'hésiterais pas à nommer l'inégalité des inquiétudes. C'est dire quel rôle est réservé h la confiance filiale dans 'la fondation de Tégalité.

Entre tel riche qui foule de moelleux tapis et tel pauvre qui habite une chambre démeublée, les différences de bonheur réel peuvent être petites ; mais entre la maison où habitent les noirs soucis et celle qu'éclaire

LES RELATIONS AVEC DIEU. 30i

constamment le gai soleil de la confiance, il y a un abtme. C'est, à la lettre, le jour et la nuit.

Pauvres gens que nous sommes, oui, vraiment pauvres, nous perdons toute foi, toute paix, et par surcroît toute force, dès que nous nous mettons à nous inquiéter» C'est demain, c'est après-demain, c'est l'année prochaine qui viennent nous apporter leurs chances, que dis-jeî leurs menaces.Ce sont les périls de notre fortune, ceux de notre famille, ceux de notre cause, ceux de notre Église, ceux de nos œuvres; ce sont les choses possibles et les choses impossibles. On dirait vraiment qu'il n'y a plus de Dieu au ciel et que le mot Providence n'a plus de sens.

11 est des inquiétudes maladives, physiques en quelque sorte, qui doivent nous inspirer une profonde pitié; mais il en est d'autres, et bien plus fréquentes, qui doivent être résolument combattues. Nous ne voyons pas, nous ne voulons pas voir que notre Père est là, près de nous, qu'il sait mieux que nous ce qu'il nous faut et qu'il prend soin de ses enfants.

L'Évangile ne nous enseigne ni la confiance qui ferme volontairement les yeux au danger, ni celle qui vit au jour le jour dans l'oubli stupide du lendemain, ni celle qui n'a plus de sollicitude pour des causes aimées et pour des êtres chéris ; il nous enseigne, je répète le terme, la confiance des enfants. Or, entrç. enfants qui se confient, le problème de Tégalité est résolu, car ils reposent ensemble sous les bras éternels.

GzUXFOKNlA J

«Ût L'£GàLIT£ PÂJt L'ÊVAKGILE.

Parvenus ici, arrétons-ûoiui iim moment, messieurs, et GOQsultoas Texpérieuce.

Que nous dit celle de notre propre «œur ? — Nous sentons bien que Fégalité est &ï haut, que pour devenir égaux dans le sens seul réel de ce grand mot, il faut que nous montions ; mais la force de mcMater où la trouve rons-nous ? Est-ce assez de nous répéter : Nous sommes hommes, nous avons desdroits, nous devons être libres, nous voulons être égaux ! Las difficultés, c'est trop peu dire, les accablements de la vie sont là ; voici des obstacles à vaincre, ^es montagoas à transporter ; nous sommes fatigués, découragés ; nous ne trouvons de joie ni chez nous ni ailleurs ; nos affaires vont mal, et rien n'annonce qu'elles se disposent à aller mieux ; à quelle source puiserons-jious l'énergie, l'entrain, la vaillance, le bonheur, et l'espér-ance aussi, dont on ne se passe pas?

Ceci est un cas extnème I A la bonne heure; prenons des situations meilleures, les meilleures de toutes, si vous y tenez. Je suppose une existence heureuse, des affaires en bon état, une carrière semée de succès, une famille unie, un parfait mélange d'ocoupationset de plaiârs. Il n'importe, si le ciel est vide, le vide ne tardera pas à se faire aussi sur la terre ; faute d'apercevoir quelque chose par delà les succès, par delà les occupations et les plaisirs, nous tomberons ou dans cette légèreté sans remède qui s'étpurdit, vit dans le présent, voile le ciel et

Page 1