L'EXPÉRIENCE PERSONNELLE. 30S
l'étemilé, oa dans cette mélancoBe impuissante des âmes pîTis sérieuses qui au fond des fausses joies ont découvert rennid, et qui lie se consolent ni de la vanité des félicités mondaines ni du néant des affections destinées à périr. 11 se peut qu'il y ait beaucoup plus ûe légers que de mélancoliques ici-bas ; en tous cas, les uns pas plus que les autres ne s'élèvent vers les régions sereines de régaUté.
Mais, grâce à TÉvangile, les choses ne se passent pas toujours ainsi. J*ài vu, nous avons tous vu des hommes s'élever. Nous avons vu se renouveler le miracle du paralytique : « Prends ton petit lit, et t'en va dans ta maison ; » et le paralytique s'est dressé, il a chargé son lit, il a marché. Nous avonsvu de pauvres existences courbées se redresser, des malheureux trouver le bonheur. Quand ce miracle s'acomplissaît-il ? Lorsqu'une parole, la même qui avait été adressée au paralytique, avait retenti, un commandement accompagné d'une force, un ordre donnant la puissance d'obéir. A l'ouïe de cette parole souveraine, des espérances, des certitudes s'étaient levées, tout un avenir radieux ; les membres paralysés avaient repris vie, l'âme défaillante avait repris courage,' FaAre flétri s'était ranimé comme au contact des eaux courantes. Et voilà des hommes, couchés naguère, qui se mettent à marcher. Voilà des familles qui ressuscitent; chaque jour un hôte nouveau vient prendre place au logis, amour, obéissance, devoir, joie, bon ordre. L'égalité est entrée aussi, car ceux qui habitent sous ce toit sont en train de monter au niveau de la vraie grandeur.
On m'accuse, les lettres que je reçois en témoignent, de me préoccuper trop exclusivement de l'égalité mo-
raie, oubliant l'égalité matérielle qui a bien son prix. J'espère qu'avant la fin de nos entretiens vous aurez tous reconnu que le relèvement matériel (dans la mesure du possible) me préoccupe autant que qui que ce soit ; mais je ne consens pas à mettre la conséquence avant le principe et la charrue avant les bœufs.
L'égalité, comme tout ce qui est bon et grand, procède du dedans au dehors ; Tégalité du dehors suppose et réclame l'égalité du dedans. C'est la dignité de l'homme que les choses se passent de la sorte, que les rapports du matériel et du moral soient ainsi réglés, qu'il faille passer par le progrès moral pour atteindre le progrès matériel.
L'Évangile fait des milliers, des millions d'égaux chez tous les peuples, dans toutes les classes, dans toutes les situations individuelles ; autant de chrétiens, autant d'égaux. Et cela fait, il achemine les peuples, les classes, les individus vers la réalisation d'une égalité extérieure.
Elle ne sera jamais complète, j'en conviens, et je crois avoir montré que cela ne serait ni possible ni désirable; toutefois nous pourrons effacer les inégalités extrêmes^ dont je vous ai présenté le navrant tableau. C'est justement parce que ces inégalités sont extrêmes, que nul ne saurait y porter remède, sinon Dieu, Dieu en personne. N'était l'Évangile, nous n'oserions pas regarder une minute du côté des misères sans nom et des hérédités effrayantes, ni même du côté de certaines vies de labeur, mornes, ingrates, où il n'y a pas de soleil, et où la famille elle-même est dépourvue de son charme ordinaire.
Grâce à Dieu, l'Évangile est capable de mettre de la joie et de la chaleur dans les plus froides demeures ; il