L'EXPÉRIENCE PERSONNELLE
est capable de résister aux hérédités les plus terribles et de régénérer les nations les plus corrompues. Si le mal est notre ennemi, si le mal nous abaisse, si le mal crée les inégalités vraiment funestes, la réaction contre le mal est le seul moyen d'aller à l'égalité, qu'elle soit morale ou matérielle.
Oui> matérielle : autant il est impossible que la ruine ne survienne pas quelque jour lorsque la famille est désunie et lorsque chacun s'abandonne à ses passions, autant il est impossible que sous la bénédiction de Dieu la ruine ne soit pas évitée ou réparée, lorsque chacun lutte* contre ses passions et que la famille est unie par la tendresse, par le travail et par la foi.
Remarquez-le d'ailleurs, l'égalité fait déjà un progrèsimmense, par cela seul que l'Évangile change du tout aU' tout les relations des classes entre elles et leur donne le caractère de la cordialité. Rien ne saurait remplacer ceci ; on peut parler de solidarité, mais la solidarité véritable, celle des . hommes qui, dans les situations les plus diverses, apprennent à s'entr'aider parce qu'ils ont appria à s'aimer, nous ne la trouvons qu'auprès de ce Prince de paix qui est mort pour ses ennemis et qui a fait de l'amour mutuel la loi suprême de son royaume.
L'égalité matérielle est donc là à l'œuvre, auprès de l'égalité morale. Il importe néanmoins de les maintenir à leurs places respectives. Que l'inégalité des riches et des pauvres, des illustres et des inconnus soit quelque chose, je le veux bien ; mais qu'est-ce en comparaison de Tinégalité des heureux et des malheureux, des hommes qui ont un père dans le ciel et de ceux qui n'en ont pas, des hommes dont la vie a un but et de ceux dont la vie
a06 L'ÉliALITÉ PAR L'ÉTAIÎGILE.
n'en a pas^ des bommes qm connaissent les affeciioos étemelles et de ceux qui ne les connaissent pas?
A côté des ^dstences perdues, des cœurs flétris^ des familles en lambeaux, se trouvent les maisons sur 1^qaelles repose la bénédiction d'en haut, où habitent Ta* mour du devoir, les chaudes tendresses, les éducatioi» sérieuses et joyeuses, Tordre, le bien-être, la prière, l'action de grâœs, et poar tout dire en un mot, le conta:itement d'esprit.
J'en vu ces deux choses, et vous ne me démentirez pas, messieurs, car vous les avez vues comme moi : d'un côté des riches mécontents, le front chargé d*ennui et la bouche pleine de miurmures, demandant en vam aux faux plaisirs, aax affaires ou à la poUtique les joies dont la source jaillit ailleurs, et d'un autre côté des pauvres qui ne pouvaient exprimer assez leur reconnaissance et leur bonheur. Sur un lit de douleur où la paralysie l'avait clouée pendant vingt jans, dans une étroite chambre qui ressemblait presque à un cachot, j'ai vu une femme dn^enne goûter des joies que tel million* naire bien portant aurait payées bien cher. Les portes radieuses de Téternité étaient ouvertes devant elle, et ea attendant, la vie présente ne lui semblait pas dépourvue de charme. Sa sœur, sa nièce ne l'environnaient-elles pas de leurs soins affectueux ? Un petit vase de fleurs n'était-il pas posé près d'dte? Un bourdon ne venait-il pas y diercher bruyamment son butin? Qui donc oserait prétendre que la vie n'est pas bonne et douce ?
La grande égalité s'affirme vj>!Àj en même temps qu'elle se réalise*