RÉFORMES SOCIALES PAR L/ËVANGILË. 3U
rame, du cœur, de la famille, de Dieu. Vous avez alors des classes entières qui ne connaissent plus le vrai re» pos ; non-seulemeat elles oublient le chemin de Téglise, mais elles ne savent plus ce que c'est que d'avoir une belle journée à passer avec les gens qu'on aime.
Le lundi, sous ce rapport, ne remplace pas le dimanche ; nul ne l'ignore, .loin de corriger le mal, ce repos de la débauche l'aggrave singulièrement. Où trouver, en dehors du dimanche, le temps de penser, le temps de s'aimer, le temps de se réjouir, le temps de respirer? On va haletant, épuisé, abruti ; on va jusqu'au jour où les forces manquent et où Ton s'arrête au JDord d'une fosse. Ah ! quelle misère ! Le Dieu de TÉvangile, qui veut qu'il y ait des pauvres et des riches, ne veut pas qu'il y ait des hommes sans foyer ,^ sans culte, sans loisirs, des hommes dont l'âme et le corps ne puissent pas se détendre et se refaire. Aussi le Dieu de UÉvangile est*il le Dieu de l'égalité.
Je vous prie d'en prendre note, messieurs, je ne démontre pas l'Évangile, je le montre, et cela au seul point de vue de l'égalité. Il fait des égaux, cela est certain. Est-il révélé? Chacun de nous y pensera.
Après avoir passé en revue les institutions ecclésiastiques qu'il a fondées, examinons maii^nant les institutioDs civiles qui émanent de hn. Vous le savez en effet, cette relîgîorf qui ne touche à aucune question d'organisation sociale les a toutes résohies* A peine est-
elle ici-bas, que les législateurs sont forcés de remanier leurs codes.
Pour ne pas me répéter, je me contenterai de vous engager à réfléchir aux transformations égalitaires que rappellent ces trois mots, la femme, l'enfant, l'esclave. Ces trois mots rappellent trois réformes immenses *. Les familles, les lois civiles, les relations des hommes entre eux, je ne sais pas ce qui n'a pas été changé de fond en comble, lorsque les harems, et Ta liberté des divorces, et les gynécées, et la toute-puissance du pater familiaSy et la traite suivant à la piste les armées, et la possession de l'homme par l'homme servant de base aux institutions du monde entier, ont disparu coup sur coup devant les victoires du christianisme.
Nous devons au christianisme la réhabilitation du travail. A part quelques vieux Romains de la belle époque qui ne craignaient pas de tenir le manche de la charrue, le monde antique s'accordait à mépriser le travail. La culture des champs et l'industrie étaient abandonnées aux classes asservies et méprisées. Je ne pense pas qu'on puisse exagérer l'importance du progrès en vertu duquel toute occupation honnête est devenue une occupation honorable. Au reste, nous ne sommes pas encore au bout de ce progrès ; la liste, jadis très-courte, des professions que peut adopter un homme
1. On s'est mis à nous démontrer que l'esclavage romain valait mieux, que sa réputation. Cette traite colossale et infernale, ces familles débitées à l'encan, ces lâchetés, ces dépravations, ces cruautés, ces corps et ces Âmes livrés aux passions féroces oa grossières, tout cela ne vaut pas tant d'indignation I Eh, que nous restera-t-il, si Ton nous ôte les quelques indignations généreuses qni maintiennent encore parmi nous Tidée de justice ?