‹ L'égalitéChapitre 51 sur 72 · X'II · texte numérisé non relu

X'II

Un mot encore, messieurs^ pour^chever de définir d^ms ses traits caractéristiques l'égalité qui procède de l'Évangile. Je raidéjàditpBeut-étre» mais je tiens à le Teindj

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cette égalité n'est pas de runiformité. L'uniformité, si jamais elle pouvait se réaliser par malheur, mettrait fia à la personne humaine. Chacun de nous n'est une personne que parce, qa'il est soi et. non pas un autre.

Être soi, grand principe de vérité, que nous ne saunons maintenir trop fermement. Il existe sous ce rapport des nivellements soi-disant pieux contre lesquels la franche et simple piété proteste. Que sont ces^ jargona, ce3 uniformes de dévotion,, ces phrases et ces attitudes convenues, sinon une manière de remplacer l'individualité par lluniformité ?

Il n'est pas vrai, grâce à Dieu,, que tous les chrétiens se ressemblent et qu'une fois converti un homme perde son originalité personnelle. Quand les choses se passent de la sorte,, c'est tant pis.

L'Évangile est si peaniveleur, qu'il maintient au.ciel même et pendant l'éternité, les individualités, les diversités, et pourquoi na pas le dire, les inégalités. Il existe des inégalités. parmi les anges; il en existera parmi les bienheureux. Ils seront égaux par le pardon, par l'adoption, par l'amour; mais il y aura des différ rences. L'Ecriture nous le déclare, et il faut bien qu© cela soit, car. la suppression absolue des différences serait la suppression de l'individualité. A force d'être semblables, nous cesserions d!être nous, et une sorte d'absorption bouddhique remidacerait le ciel individuar liste des chrétiens.

J'ai dit, messieurs,- ce que j'avais à dire sur l'égalité ^i est dans l'Évangile;. Il me rosta k. montrer qu'elle

païen. Lassons Ui le mofm tige, otcq^^bnt riu:â6iit de Tesprii nouvemi se fait maintes lois seatir, où la fondation des hôphanx, la prolectian cèevalereBifae des faibles, je dis plus, la préocoi^tion générale des cfafoses éternelles, 1» défv^oppemeRl <les 3eB^m€9a)ts jfléyés et délicate qoe les civiUsatioiis antiques n'avaioat pas connus, montre bien le trama intérieur d*une pw^ saace qu'on peut eomprimer mais non détruire*

Allons droit k œs pays cpie vous me permettrez d'appeler btbâqoes. C'est \h qu^il faut se plac^, pour eomprendre à qu^ point la cause de l'égaûté est liée à t;elle.âe TÉvangâe. K^tranchea par la pensée de notre histoire moderne les nations de la BiMe, rAngieterre^ i^Écosse, la Hotlande, la Suisse, les États-Unis, el dites* moi si vous croyez encore qu'on puisse aboutir anse tsonipiétes libérales de 1688 et aux principes de 17B9.

Ce n'est pas tout, retramdies delà Réforme tesBiinorites, les vaincus, ceux qui ont été jusqu^^ara boOL de leur croyance, qui n'ont vwàu 'Conserver aucisie trace desvieiùes traditions, qui n'ont reconnu d^auCre autorité que rÉv^angile, el V9us ne parviendrez pas davantage à comprendre la naissance du monde moderne; aucun des chemins qui mènent à la liberté et à régaliténes'ouwira.

Avec les réformes incomplètes, avec les rdî^ons d^tat du protestantisme, le chrisitianisme officiel, si longtemps coQoplice des Césars , de la féodalité et de l'ancien régime» aurait eoum grand risque de contmuer à remplir le même rôle. L'église anglicane ne sait pas assez quel service lui ont rendu les dissidents; régUse hithédenne ne saH pas assez combien il est heureux pour elte qu'il y ait eu de par le moftde des calvinistes et àes huguenots.

Grâce aux vaincns, la vrae victoire a étë remportée;

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grâce aux persécutés, la Eéfarme a oessé de persécuter; grâce aux églises indépendantes, les églises d'État elles* mêmes ont été arrêtées dans la toie déplorable où ellea s'engageaient. Nous, i^otestants^ messieurs, nous déplorons beaucoup trop nosdéfaites du seizième siècle; nous regrettons beaucoup Crc^qv^ la Béformea'aitpas préyahi partout comme refigion nationale. Si elle avait prévalu de lasorte, siFrançoisI»' avait suinl'exemple de Henri VIU, nous aurions assisté à im nourean teiomphe du fuincipe païen sur TÉvangîle, la cmfance coikctive et obligatoire aurait su^^rimé u»e seconde fois la croyance individuelle et rÉglise. Nous aurions eu, non pour on jour mais pour toujours peot-^tre, u» cléncalisiiie protestant, un formalisme protestant, des perséooticDs prûCestaBtes ; i'£uro{>e protestante aurait remplacé rEurope catholique comme obstacle aux grands progrès sociaux raifermés dans l'Évangile.

Grftce aux d飻teSy nous avons oonnu de meilleures destinées. Le protestantisme de la défaite, écrasé en FVance, poursuivi en Angleterre^ réfugié en Suisse, en Prusse, en HoDande, émigré aux États-Unis, nous a coq« dufts aux antipodes da laaof^ âge^ à Tindlvidualiâme chrétien, à l'État laïque, à la séparation de l'ÉgUse et de rétat. Ces non-conf(MrmàBtes si persécutés ont pratiqué, ont aimé , ont propagé te systèiûe volontaire. A l'heure qu'il est ce syst^e existe ^ul aux États-Unis ; i! gagne du terrain en AngleteiTe, qui dans un sentiment de justice envers les catholiques iriandais va porter un grand coup à l'anglicanisme ; il multiplie les églises libres en Ecosse, en Suisse, en France; il s'impose à la pensée contemporaine, et prépare pour ua avenir prochain de gigantesques changements.

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On aura beau faire, lorsqu'on voudra expliquer les idées de liberté et d'égalité qui depuis deux siècles prennent possession de l'Europe, il faudra toujours regarder du côté de ces pays de la Bible, où le protestantisme est à l'œuvre, où il a refait la place de l'individu, où il a fondé les mœurs de l'indépendance politique par cela même qu'il a maintenu de fortes croyances. Ces pays de la Bible, qui sont aussi les pays du dimanche, ont été les grands foyers de la révolution libérale qui de proche en proche gagne le monde moderne.

L'Angleterre des Tudors, avant la Réforme, n'est certes pas loin du pouvoir absolu, et je ne pense pas que l'Angleterre du pseudo-réformateur Henri VIII en soit plus éloignée. Les mots de réforme et de protestantisme me touchent assez peu, quand il n'y a que les mots. Avec le protestantisme national et intolérant, avec le protestantisme qui glorifie le divorce, avec le protestantisme qui conserve les traditions, l'Angleterre que nous connaissons ne se serait jamais formée. Il fallait mieux qu'un protestantisme, il fallait un retour réel au pur Évangile et au modèle apostolique, pour retrouver les germes de liberté et d'égalité déposés dans la Parole de Dieu. C'est lorsque les hommes soumis à la seule Parole de Dieu ont fondé leurs églises qui ne demandent rien à l'État, c'est alors qu'un monde nouveau a été créé.

Alors les Stuarts ont dû disparaître, alors les institutions anglaises ont cessé d'être le jouet des despotes, alors le bill des droits a été promulgué, alors le Parlement est devenu le Parlement, alors s'est montrée l'Angleterre de 1688, l'Angleterre de Guillaume III, celle qui, en faisant face à Louis XIV, a changé les destinées du monde.

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