‹ L'égalitéChapitre 52 sur 72 · TÉMOIGNAGE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE L'HISTOIRE

Un autre événement, procédant de la même cause» est venu assurer et compléter les résultats immenses de la Révolution de 1688. Les pèlerins, ces exilés du puritanisme, ont traversé l'Atlantique, portant avec eux leur Bible, et les États-Unis sont nés. Ce qu'ils représentent aujourd'hui, nous commençons à nous en douter, je pense : ils représentent Tavenir. Pesez ces mots, messieurs, indépendance de l'individu, indépendance des communes, suppression des centralisations abusives, abolition complète des liens entre les églises et TÉtat, système volontaire, et par-dessus tout, ce qui explique le reste, attachement profond à l'Évangile, influence profonde de la foi en Jésus-Christ.

Tels sont, messieurs, ces pays do la Bible, du sein desquels jaillit incessamm^t le fleuve d'idées libérales ob nous nous abreuvons. Si le socialisme ne nous ra-* mène pas en arrière vers les traditions du despotisme latin et vers Tomnipotence de l'État, nous marcherons, en dépit des réactions passagères, dans le chemin ouvert par les Puritains et qui mène aux nations libres, aux églises libres, à l'abolition des privilèges, à la suppression des monopoles religieux, commerciaux et industriels. Là est l'égalité réelle unie à la réelle liberté. Je ne dis pas que tous les peuples réaliseront cette forme élevée de gouvernement; la source d'où elle est sortie indique les conditions de sa réussite. Sans la Bible, l'égalité et la liberté des pays de la Bible subsisterait difficilement.

Quoi qu'il en soit, qu'on ne vienne plus nous dire que le mouvement de 89 est né de lui-même et qu'il n'a rien à démêler avec l'Évangile. Otez les pays de la Bible, le mouvement de 89 disparaît. Il faut se figurer quelle fonction remplissaient, à côté de nos civilisations raf-

finées et oeotr alisées, ces pays qui ayant le livre avaient l'école, ces pays <A Too parlait haut, où l'on remuait des questions qui la'aVaient pas leurs entrées à Versailles, <xs pays où les besoins du grand nombre se faisaient leur ^ce, où chaeoa gouvernait sa conscience et sa vie, où Ton ne crmgnaiit ni la discussion m la lumière.

Autant il serait injuste de refuser à la France du dixbuitièiDe siècle le mérite qu'elle a eu de généraliser et de populariser les idées, de les frapper à sa brUlante efOgie, de les transforma en monnaie courante acceptée par tous les peupies, autant il serait insensé de nier qn'elle tes ait reçuea d'Angleterre et d'Amérique. Noua l'avons déjà dit, Voltaire et Montescpiieu avaient visité^ étudié rAngIeteirre;Did^ot traduisait des livres angi^; La Fayette, accompagné 4' we foule de gentii^onunes^ était allé combattre sous te drapeau, américain. Sans (Hiblier Rousseau venu de Geoève, nous pouvons affirmer que tous tes bKxnmes qui ont préparé le mouve« mtent de 89, qui ont propagé en France et en Europe les principes de l'égalité libérale, se sont formés à l'école des pays de la fible.

Voulez-vous^ messieurs, une preuve nouvelle et tout i fait contemporaine des rapports de filiation qui unissent l'égalité à l'Évangile? Considérez le^plus éclatant triomphe de Tëgalité, l'abolition de l'esclavage. Ce triomphe est un triomphe de TÉvangile; te réveil, c'està-dire le retour à l'Évangite, en a été la cause efficace et évidente.

Au moment où allaient conùnencer les guerres de la Révolution et de l'Empire, un esprit nouveau vient r^ muer les consciences en Amérique et enAngleterre* La

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fdchréiieiiae, engourdie d^uiâ quelque temps, r^)araU ayectme mecveUleuae vif^uaur. Wesiey et Whitefield cmt évangélisé les masses ; les premiers imssiooiiairet ont traversé lea aiers^à l'heure précise où les flottes eoiaemiea se chercbent; Foeuvee babttque va naître; l'évasgélisa-» tioa se prépare ; le tcavml des Ames vieot mêler aux éTénements de la fia du siècle ub évéBemeat d'une autre nature et d'une autre portée.

Je n'ai pas à énufxiérer tout ce qui est sorti de là^ intitutioBB cbaritables , églises indépendantes, éooles du dimanche, bifaliolhèques pop«dams. Bibles répandues par millions d«is toutes les langues de rumvers;>em'at* tache au seul fait que je viens de mentionner, l'abolition de l'esclavage. Je n'en connais pas de plus beau; il est pour notre génération la consolatîon de bien des misères, la compensation de bien des défaites. A œa beuces de découragement oà nos eœurs subissent uee sorte de dé* faiUsmce parce que rien ne semble aHer à notre ^ré, ce qtà nous reiève, c'est ce fait-là ; nous n'avons pas le droit de maudire notre temps, nous qui avons assisté à Taboiition de l'eselava^e.

Et rien ne semblait plus impossible. En Angleterre comme aux états^-Uais *, tous les intérêts étaient coa* lises contre l'abolition, sans cc»npter les payions et les pr^ugés. Ceux qui se rappellent les débuts de lalutte cbez les Anglais, savent quels adversakes avaient en face d*eux Wilberforce et Buxton : la Ghambce des communesi la Chambie des lorils, la couronne, tes mtfustres^l'opinion,

i. Je ne cite pas le Mexique et les antres pa^s américains qui, après avoir secoué le joag de l'Espagne, ont aboli, sous Tinfluence des principes libéraux, une institution qui n'avait chez eux ni benacsep d'imp^ntoiMa ni de protoades racines.

les journaux. Les colonies réclamaient avec violence ; rÉtat craignait pour ses revenus et se souciait peu en outre de dépenser un milliard en mesures préparatoires et en indemnités ; les ports de mer élevaient la voix. En quoi consistait l'armée de Wilberforce ? Des chrétiens signant des pétitions, une agitation chrétienne, des voix inconnues mais persévérantes dénonçant les crimes de la traite et de l'esclavage.

Cela a suffi, messieurs : la traite succomba, l'esclavage succomba, la majorité fut vaincue par la minorité, les intérêts s'inclinèrent devant les principes, l'inégalité monstrueuse de l'esclavage disparut devant TÉvangile.

En décrétant l'abolition dans ses colonies, l'Angleterre l'avait décrétée pour tous les peuples chez lesquels existait l'esclavage colonial ; il y a un niveau des idée» qui s'établit tôt ou tard. Mais pour les pays ayant des esclaves sur leur propre territoire, tels que les États- Unis, le Brésil et Cuba *, il fallait une nouvelle impulsion, et cette seconde victoire de l'égalité était peut-être plus malaisée à gagner que la première. Aux États-Unis, le nombre des esclaves, la situation des État& du Sud ren-^^ daient les difficultés telles que de fermes esprits avaient reculé. Mais s'il était impossible d'abolir l'esclavage aux États-Unis, il était plus impossible qu'un pays de la Bible le conservât toujours. Aussi, qu'est-il advenu? En dépit des prudents, et des politiques, et des chrétiens môme qui avaient pris parti contre l'Évangile, l'esprit de l'Évangile Ta emporté. Il n'est pas si facile qu'on le croit de lire journellement l'Évangile, de l'enseigner dans les écoles, de vivre en présence de cette parole d'égalité

>. Gnba «st plus qu'une colonie espagnole ; c'est un pays.

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