‹ L'égalitéChapitre 53 sur 72 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

adressée aux hommes de toute race et de toute couleur, puis de se persuader réellement que les hommes à peau noire doivent se vendre au marché.

Cest par hasard sans doute que les deux pays qui ont donné ce magnifique exemple (un exemple que tous les pays sont forcés de suivre, y compris le monde musulman et païen) se nomment TAngleterre et les États-Unis I Admettez- vous de tels hasards, messieurs ? Je ne le pense pas. Sans insister davantage, profitons de ce que nous sommes aux États-Unis pour apprécier les services rendus par rÉvangils à la démocratie libérale.

Tous ceux qui ont visité et étudié avec soin ce pays, Tocqueville, Michel Chevalier, tous ceux qui ont cherché le secret de cette grandeur, de cette Uberté, de cette égalité, ont reconnu que ce secret est dans TÉvangile. Cela sort, ont-ils dit, de l'église et de l'école ; ôtez Téglise etrécole, deux mots pour dire ici la même chose, et vous n'aurez plus les États-Unis. L'Amérique de Washington et de Lincoln, c'est l'Amérique fondée par les Puritains, celle qui a une Bible dans chacune de ses demeures, celle qui ne construit pas un village de bois dans les profondeurs de ses défrichements du Far west sans y bâtir avant tout la maison où Ton méditera la Bible et la maison* où les enfants apprendront à lire dans la Bible\ c'est l'Amérique qui fournit chaque année, et dans les années de guerre civile aussi, cent millions de dons volontaires pour la religion, celle dont les écoles

du dimandie sont des armées à la tête desquelles figur^at de» officiers qui sent les premiers magistats de k nation,, celle dont les unions cfaréiieimes de jeunes gens ont fait sur les champs de bataille et dans les hôpitaux nii« litaires de la guerre civile le service d'infirmiers.

Telle est la vraie Amérique. Elle est loin d'être parfaite, mais vous avouerez, messieurs, que lorsqu'on s'occupe de l'égalité, il faut s'adresser là. Le peuple qui a le mieux su concilier la démocratie et k liberté est en même temps le peuple qui est resté le plua fidèle à la foi évangélique et qui a le plus résolument rejeté la nationalité religieuse pour retourner à l'église libre, à la profession individuelle, 0a un mot^ au modèle apostolique K

Chez nous, messieurs, il ne manque pas de gens qui s'imagineniquela religion est bonne pour les imbéciles: les forts, les libres sont au-dessus de semblables enfantillages; nous en savons trop long pour croire encore à l'Évangile. — Hé bieui les hommes libres des États- Unis, non moins savants, non moins forts que nous, et par-dessus le marché non moins dévoués, je suppose^ à k cause de l'égalité, puisent dans ces enfantillages les. mœurs viriles sans lesquelles ils ne seraient pas ce qu'ils sont.

Pendant leur guerre contre le sud révolté, les soldats américains lisaient leur Bible et priaient Dieu. Les offî-

1. L'organisation ecclésiastique n'est pas plus parfaite qae le re&te aux États-Unis. Leurs nombreuses dénominations n'ont assurément rien d'apostolique. E^onnaisscms cependant que Funité religieuse y est plus réelle peut-être que nulle pvt «U« leurs et que s'il y a piarfois des J5e«tes, Te^piit sectaire jie a'y fait guère sentir.

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cidfs de marine sur leurs vaisseaux, les colonels en tète de leur» régiments, n'avaient pas bonté de rappeler à leurs hommes les prooaesfies de TÉvangile et de seproeterner avec eux. Après les victoires, après les dé&ites, ce pays qui n'a pcwt de reUgion d'État voyait p^^Atre des proclamations invitant les citoyens à s'humilier et à rendre gr&cee.

Je me souviens encore du sentiment de surprise (et j'ajouterai, de respect) qui parcourut l'Europe lorsque, Lincoln mort, les États-Unis manifestèrent publiquement leur affliction. Ce n'était pas, comme chez nous, la froide mention de la Providence ou de l'Être suprême ; c'était le cri de douleur d'une nation chez laquelle le christianisme est demeuré vivant. Cette nation s'adressait à Dieu comme au Père tendre qui écoute la voix de ses enfants ; elle s'adressait à Jésus*Christ comme au Sauveur.

RépétoQS-le, l'Amérique n*est l'Amérique qu'à ce prix. Sa liberté vient de l'Évangile ; sa démocratie libérale tient à l'Évangile.

£t c'est au nom de l'égalité que chez nous on attaque l'Évangile 1 Oui, meaaeurs, il en est ainsi , la religion d'égalité est attaquée au nom de l'égalité. Ces mêmes comités qui ordonnent k& grèves, travaillent systématiquement et parfois avec un efiroyable succès à propager l'irréligion.

Oui, l'irréligion est» en tous pays, un des articles de

leur programme. Grâce à eux, un souffle d'impiété pas-sionnée passe sur notre Europe; ils sont parvenus à faire vivre ensemble deux mots qui hurlent de se ren* contrer, égalité et athéisme.

Vous savez sous quels prétextes on dénonce aux cidsses laborieuses cette foi chrétienne avant laquelle l'esclavage régnait partout sur la terre, par laquelle il a disparu, par laquelle les intérêts du grand nombre sont devenus la préoccupation dominante du monde moderne. Les prétextes sont au nombre de deux : l'Évangile sanctionne rinégalité en recommandant la résignation, TÉvangile est une invention des riches.

L*Évangile sanctionne Tinégalité en recommandant la résignation ! Cela se dit beaucoup et le développement de cette thèse est bien connu :

Le vrai moyen de maintenir des privilèges injustes, n'est-ce pas de détourner les regards de la terre vers le ciel, et d'ajourner les espérances du pauvre à une autre économie? N'est-ce pas ainsi qu'on désarme les opprimés, qu'on écarte les systèmes tendant à réaliser dès la vie présente le bonheur de tous les hommes ? N'est-il pas commode pour l'injustice de s'abriter derrière le jugement éternel ? Quand les victimes ne parlent plus qu'à Dieu et n'aspirent plus qu'à une réparation future, l'exploitation de l'homme ne se donne-t-elle pas carrière?

Je commencerai par le demander à ceux qui parlent ainsi, comment l'opèrent-ils, eux, la réparation actuelle? Oter la résignation aux pauvres et ne pas leur donner un écu, au contraire, le cadeau me semble mince.

Disons ensuite que la résignation est loin d'affaiblir le& luttas contre l'injustice. Si je ne me trompe, c'est de-

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