‹ L'égalitéChapitre 59 sur 72 · CONFLITS OUVRIERS. . G · texte numérisé non relu

CONFLITS OUVRIERS. . G

y tendre ce soir par de bonnes rues bien balayée^' et bien éclairées, pour que nous n'ayons pas eu à craindre sur la route Tattaque du moindre brigand, il a fallu ce tra* vail de tous pour tous qui est un des traits essentiels de rharmonie sociale. L'architecte qui a fait les plans, l'ouvrier qui les a exécutés, le législateur qui a voté les lois, le magistrat qui a rendu la justice, le gendarme qui a maintenu l'ordre, le laboureur qui a cultivé les champs, le négociant qui a acheté les denrées, l'armateur qui a envoyé ses navires, le capitaliste qui a fourni . les fonds ont collaboré à notre profit.

Où sont les antagonismes naturels ? Je les cherche, et je ne les trouve pas. La souffrance et la misère ne créent pas des antagonismes ; en effet, si pour les soulager on atta(]ue la prospérité d'autrui, la souffrance et la misère augmentent, bien loin de décroître.

Il importe de le répéter souvent à voix haute dans ce temps où l'on cherche à mettre aux prises le capital et le travail, leur harmonie est admirable, sous la main de la liberté. Que deviendrait le capital sans le travail? Il demeurerait inutile. Que deviendrait le travail sans le capital ? Il ne trouverait pas où s'employer.

L'opposition du capital et du travail c'est l'opposition du fils et du père. Le capital est né du travail; gênez le ravaily et aucun capital ne se formera. D'un autre câté, menacez le capital, et le travail sera frappé de mort. Le

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père a besoin du fils, comme le fils a besoin du père ; dans ces querdles de famille tout le monde pâtit.

Je vous défie, messieurs, d'imaginer une entreprise dans laquelle rhannonie des intérêts n'existe pas. Quand un travail s'exécute, chacun y trouve aon profit, nonseulement le capitaliste qui y place aon argent et l'entrepreneur qui dirige les ouvriers, mais les producteurs éloignés qui ont fourni les matéfiaxu, les n^odants qui les ont amenés, l'État qai voit augmenter la matière imposable. En travaillant pour soi, là est l'harmonie, chacun a travaillé pour les autres. Pour peu qu'on pénètre au delà des conflits de la surface, on découvre au fond la réciprocité perpétuelle des services.

J'ai parlé des conflits de la surface ; il semble en effet que le règlement des salaires nous révèle un redoutable antagonisme.

J'en appelle au souvenir de nos précédents entretiens : par qui les salaires sont-ils réglés? — Parles ouvriers et par les patrons 1 Non certes. Ils sont réglés par quelqu'un de plus puissant, qui s'appelle la liberté. Or la liberté est semblable à la justice, elle tient une balance dont les plateaux ne penchent ni à droite ni à gauche.

Les salaires sont-ils trop considérables ? L'icdustrie produit à trop haut prix, les consommateurs se retirent, il faut que le travail diminue, la demande des bras devient inférieure à l'offre, les salaires baissent. — Les salaires sont-ils trop faibles? Les ouvriers émîgrent et vont chercher de Touvrage ailleurs, la demande des bras devient supérieure à l'offre, les salaires montent... J'ai dit eela, n'importe, il faut le redire sans se lasser. L'harmonie sociale est si forte, qu'elle triomphe môme de la déshar-

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monte morale. Void des patrons qui veulent rogner injustement quelques sous de la journée de leurs ouvriers ; voici des ouvriers qui veulent imposer injustement à leur patron une augmentation de quelques sous. Ni les uns ni les autres n'en viennent à leurs fins. Ces quelques sous, au bout de peu de mois, la lU>erté de sa forte main les aura rendus aux ouvriers malgré les mattres, ou aux maîtres malgré les ouvriers.

Non-seulement les hostilités et les méchancetés sont impuissantes, mais il se rencontre en définitive que les arrêts de la liberté sont toujours conformes à l'intérêt commun. La loi de liberté et de justice est une loi d'harmonie. Demandez aux ouvriers à quelle époque leur position a été bonne : lorsque les chefs d'industrie avaient beaucoup de commandes, ou quand ils marchaient à leur ruine ? Demandez aux chefs d'industrie à quelle époque ils ont réalisé de grands bénéfices : quand les ouvriers étalait mal payés parce que les affaires allaient mal, ou quand les ouvriers étaient bien payés parce que les affaires allaient bien ? Demandez enfin aux uns et aux autres s'ils ont jamais eu à se louer de l'injustice en vertu de laquelle ils ont pu momentanément suspendre la loi de liberté, réduisant le salaire au-dessous du niveau fixé par la concurrence ou relevant au-dessus.

Ceci nous ramènerait au sujet palpitant des grèves; je n'ai garde d'y rentrer. Jeme contente de souligner la leçon que vient de nous donner Tharmonie sociale. Ceux qui prétendent dérober ainsi le règlement du salaire à la toute* puissance de la liberté, qui veulent fixer les prix en dehors des rapports de l'offre et de la demande, se proposent tout simplement de résoudre un problème inso-

lubie. La grève, telle qu'on l'entend, usant de contrainte à regard des travailleurs d*abord et des fabricants en*suite, puis prétendant maintenir l'activité de la production, c'est la quadrature du cerde de Tindustrie.

Diminution des bénéfices, diminution des débouchés, diminution du travail, diminution du salaire^ telle est la série logique et invariable des faits. Cette chaîne de conséquences est d'autant plus serrée aujourd'hui, que le progrès des voies de communication a rendu les déplacements aisés. Il y a dans chaque corps d*état une partie essentiellement mobile. Si la grève des ouvriers forçait quelque part le prix du travail, un mois après de nouveaux travailleurs arriveraient et amèneraient la baisse* Si la grève des patrons abaissait abusivement les prix quelque part, un mois après s'opérerait une émigratiou qui produirait la hausse.

Ainsi l'harmonie se montre et triomphe jusque dans les conflits. Il importait de l'étudier aussi là. Là même, lorsqu'il n'y a plus, semble-t-il, que des passions en lutte et des prétentions aux prises, nous découvrons que Fiatérét de tous, de tous sans exception^ c'est la tiberté et la paix.

Ne nous le dissimulons pas d'ailleurs , tandis que nous supplions les hommes d'élever leurs regards et leurs cœurs vers les harmonies sociales, on travaille activement à organiser des antagonismes. 11 se fait un mouvement immense, au lendemain de Tabolition des classes, pour les refaire au milieu de nous.

Nous ne savons plus, nous, ce que c'est qu'une classe ouvrière ; mais certains amis de l'égalité tiennent à ce qu'il y en ait une, elle doit leur servir de bélier et

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