‹ L'égalitéChapitre 60 sur 72 · CONFLITS OUVRIERS · texte numérisé non relu

CONFLITS OUVRIERS

battre en brèche les remparts de la société. Leur plan est tout simple : au moyen de ces deux faits, le suffrage universel et les ouvriers constitués en classe distincte, ils espèrent disposer du nombre, c'esl-à- dire du pouvoir.

Grèves, questions de salaire, tout cela n'est que le prétexte, le procédé, pour organiser un gouvernement absolu fondé sur la supériorité numérique des travailleurs. En les mettant à part, en écartant toutes les questions politiques afin de ne considérer jamais que la question ouvrière, ils se flattent de mettre en mouvement une force irrésistible.

Le bon sens de beaucoup d'ouvriers résistera à ce classement, et les ouvriers de la campagne en particulier, qui forment la gi'ande masse, ne se laisseront pas aisément enrôler, eux qui possèdent presque tous quelque chose, sous une bannière où Ton a écrit en grosses lettres : haine de la propriété et du capital ! Cependant si les meneurs réussissaient, ne fût-ce qu'un jour, à constituer une classe à part, l'ère des antagonismes violents s'ouvrirait en Europe, et nous aurions mauvaise grâce à parler alors des harmonies sociales.

Représentez- vous, messieurs, Tarmée des travailleurs organisée, ayant ses chefs, ayant son mot d'ordre, marchant comme un seul homme. Jamais despotisme pareil ne se serait fondé id-bas. 11 n'y aurait plus qu'un intérêt, il n'y aurait plus qu'un droit. — Nous avons le nombre, nous disposons des majorités, nous offrons des candidatures à qui nous appuie, nous sommes le gouvernement I

Que voulez- vous répondre ? La force est la force. Ce gouvernement réaliserait un plan de centralisation .colossale : laissant derrière lui les vieilles différences de

nationalité comme les vieux problèmes de justice et de fiberté, il aurait son peuple à lui, les ouvriers de l'Eu- FOpe entière ; il aurait son système social ; il aurait sa TeÛgion. Nous savons laquelle, messieurs.

£n fait d'incarnation de la tyrannie, on v^ sauraitrèver hen de plus complet. Une fois les ouvriers constitués m classe et obéissant à une impulsion centrale, le mode de solution des difficultés journalières serait tout trouvé : ITÉtat, l'État, et encore TÉtat.

La toute-puissance n'aime pas à rencontrer des diffi* cultes sur sa route. Elle ne daigne pas dénouer les nœuds, elle les tranche, et Fépée qui tranche ces nœuds, e'est l'État qui la porte à son côté. Quand l'État ne frappe pas assez vite ou assez fort, on a la ressource des pétitions qui donnent des avertissements et desinsurre^ons qui donnent des ordres. Viennent les crises, et elles ne se feraient pas attendre; viennent les chômages, les déiresses commerciales, la ruine rapide des par^uliers et de l'État, la toute-pmssance essayerait de tout pour en sortir, réglementations, inquisitions, spoliations. L'État ferait son possible. Mais on ne ressuscite pas unesodété Bûorte, à l'impossible nul n'est tenu.

Ceci est l'impossible. Centralisation monstrueuse, obéissance aveugle et passive, nombres écrasants, gouvernement maître de tout et décidé à tout, État mettant sa main sur la propriété et sur la famille, administration délivrant des licences de travail, désignant les ouvriers que chacun doit employer et fixant le taux des salaires, inventions fiscales poursuivant à outrance le reveira et l'héritage, aucune de ces machines de guerre habiles à tuer n'est capable de faire vivre.

On mourra donc, et si peu que cela dure, ce s^ra la

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