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Ne confondons pas les principes de la société, qui sont divins, avec leur application, qui est souvent défectueuse. J'ai défendu la propriété ; ai-je dit qu'elle ait toujours rempli ses devoirs, qu'elle ait toujours compris ses magnifiques privilèges de patronage et de bienfaisance? J'ai vanté la liberté; ai-je dit qu'après avoir res pecté la liberté d'autruinous ayons fait tout ce que nous avons l'obligation de faire? J'ai rappelé les égalités de l'Évangile ; ai-je dit que les chrétiens n'aient pas à remplir infiniment mieux la mission qui leur est confiée ici-bas î
Il faut avancer, cela est incontestable ; seulement, et c'est en ceci que consistent les harmonies sociales, il faut avancer ensemble. Dans tous ces efforts, combat contre le mal, réparation des injustices, poursuite de la vraie égalité, nous sommes alliés et non ennemis ; nos devoirs s'accordent, nos intérêts s'accordent.
Sommes-nous des alliés ou des ennemis ? L'égalité se réalisera- t-elle par la haine ? Ressemblerons-nous à ces races animales qui né subsistent que par la destruction d'autres races? « Détruire ou être détruit, » est-ce ainsi que se posent les questions ? J'ai tenu à vous dire ce que j'en pensais. /
Accord des intérêts, accord des progrès à poursuivre, teBfe est la vérité fondamentale qui s'est graduellement dégagée devant nos yeux. Il y a des progrès à poursuivre, et j'attache quelque prix à les indiquer, en partie du mcûns, afin qu'on sache bien que notre idéal d'harmonie sociale se trouve plus loin et plus haut que nous ne sommes parvenus.
n faut d'abord supprimer le cancer du paupérisme manufacturier. Je ne répète pas oe que j'ai dit sur la
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nécessité de lois sévères et peut-être d'une ooavailioQ internationale régl^oi les beuies de tFàvaâ. 11 est temps <p]e le n^eortre des corps, des àmesei des fâonlles cessa» Un régime qui ne permet pas aux enfants d'étpe enfants ^ aux feiDj&es d'être mères de famille appelle Tintery^tion protectrice de la loi ; les Anglais Font Mensenti.
Puisqiie j'ai parlé des femmes, messieurs, achevons ce qui les oonœrne. Autant il importe de' les airacher aux durs engrenages de la macMne manufacturière (et par kl diminution de Toffre des bras le salaire de leiffs maris s'accroîtra), autant 11 importe de leur réserver les occupations qui sont de leur ressort et qui se oonoiJi^t avec leurs de^rs de famille. L'Amérique leur coi^ la plupart de ses écoles; la Suisse et l'Atiemagne com^ mencent à l^u: remettrei^ et là la distrthatioa desbiU^ dans les gares^ la transmisfiioKi des «dépèebes télégraphiques. Je crois que si ces exemples étaient suivis, si les commis cédaient enfin la place anax femmes dans les magasins, si la concurrence injuste des prisons était supprimée^si œUedes couvent rencontrait laflâads^ 4»iire morale qu'elle mérite, une de nos dissonances sociales les plus poignantes, la misère sans remèite de l'ouvrière à ï'aiguiUe, disparaîtrait peu à peu.
Est-il besoin d'ajouter que certaîoes dispositioBs dut Gode appellent une révision? Je me contente de cit^ rartîc]e qui étaUit une difSécence entre TadoUère de la femme et cdui du mad.
Passons maintenant en revue toule une série ^pro-^ grès qui préoccupent à juste titre Topinion publique et qui, en complétant l'égalité, doivent assurer la réalité croissante derbarmoniew
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Lbl participation semble destiiïée à transformer en patrons, ou peu s'en faut, une partie des ouvriers. Nous ï'avcms vu ensemble, messieurs, on peut, tout en maintetiimt lé salaire, associer dans une certaine mesure le^ tPâvailleTirs aux bénéfices ; on le peut, et on le fait : dh verses compagnies' de chemins de fer, Timprimerie de M. Paul Dupont et d^^utres entreprises, ont ouvert la voie. Parmi les agriculteurs, les contrats du métayer et un vigneron ont depuis longtemps établi entre le propiiétaire et le paysan la communauté des chances de ^ain et de perte. Les longs bafuxont aussi pour résultat de créer de véritables associés et de supprimer les causes de lutte.
La coopération est ime tentative plus hasardeuse et ijai néanmoins mérite parfois d^tre encouragée, oomme tout effêrrt que fait l'homme pour s'élever par TintelUgence «et le travail. Que des maçons s*associent pour en«treprendbe eux-mêmes des constructions ; que des oa^ Triers tailleurs s'associent pour supprimer Tintermédiaire ^esTftarftres tailleurs et pour remplacer le salaire par le partage des bénéfices, rien n'est plus légitime, llimporte «eoîement que ceci soit l'œuvre de la liberté, et non Tceuvre dé rÉtat. Vous n'ignorez pas, messierrs , en quels termes ^ftqtiestien coopérative se pose cheis les Allemands enl^ le libéreâisme de M. Scbultze-DelitsOR «t le sociaiisme de Vf. LasaBe»
Auprès dtes sociétés coopératives de production se placent les sociétés coopératives de consommation. Ici ee n'est pas Ilntennédialre de Tentrepreneur qui est istipprimé, c'est celui du marchand. Des ouvriers se réunissent, souscrivent de petites actions, achètent en gros, vendent en détail, «t paortagent les profits réalisés par
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leur magasin. L'opération, quand elle est bien menée, peut avoir des résultats excellents.
Ce que les ouvriers ne font pas eux-mêmes, on le fait quelquefois pour les ouvriers. Des restaurants économiques, des sociétés alimentaires fournissent une nourri'* ture saine à un prix infiniment réduit *. On est libre d'y venir dîner en famille, d'emporler des rations ou des provisions chez soL
-Notre siècle a vu une création plus étrange. L'Ecosse et l'Allemagne ont prouvé par des faits qu'en associant de très-faibles sommes on peut établir un très-solide crédit. Les banques populaires existent et prospèrent; cela peut sembler absurde, mais cela est. Elles viennent du pauvre et vont au pauvre. Elles commanditent l'ouvrier ; elles tiennent compte des garanties, morales, et les garanties morales se trouvent valoir en fin décompte les garanties matérielles. On avait prédit que les travail* leurs ne parviendraient pas à leur fournir des fonds parce qu'ils n'ont rien, et les travailleurs leur ont fourni des millions. Elles marchent; cela répond à toutes les objections théoriques.
Je me borne à nommer des institutions plus connues mais qui ne sont certes pas moins utiles, les caisses d'épargne et les sociétés de secours mutuel. Je rappelle d'un mot ces maisons bâties pour les ouvriers et dont, au moyen d'un loyer un peu fort payé pendant un certain nombre d'années, ils deviennent proprié- . takes.
La loi française sur la caisse de retraite des ouvriers assure une pension aux blessés de l'industrie, aux veuves
*. Dix centimes le plat, dans plasieurs villes.
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et aux orphelins des morts, ce qui n'affaiblit en rien sans doute le devoir que nous avons tous d'indemniser nousmêmes l'ouvrier qui a été blessé ou la famille de celui qui est mort en travaillant pour nous.
*' J'aime à rappeler nos devoirs, qui sont aussi nos privilèges. En iace du beau mouvement dont je viens de signaler quelques traits, quel rôle est réservé aux propriétaires et aux manufacturiers ! quelle impulsion ils peuvent donner ! quels patronages ils peuvent exercer I Aucun général d'armée, aucun ministre ne possède de moyens d'action comparables à ceux que tel chef d'industrie tient entre ses mains. Heures de travail, repols des dimanches, surveillance morale, respect de la famille, écoles, bibliothèques, caisses d'épargne, soins médicaux, pensions de retraite, facilités offertes pour participer aux bénéfices et pour acquérir la propriété des maisons, arbitrages conciliants destinés à prévenir les conflits, tous ces moyens de vraie, saine et efficace bienfaisance lui sont remis. Il est en mesure d'aider ceux qui sont en bas et de les amener en haut ; il dépend de lui de faire faire de rapides progrès à l'égalité et de remplacer l'aniagonisme par l'harmonie sociale.
Si je signale avant tout l'action individuelle, je suis loin de répudier celle de la loi.
Sans rendre l'instruction oMigatoire, elle peut déclarer incapable d'exercer les droits de citoyen, d'obtenir un grade ou de remplir une fonction l'homme qui ne sait pas lire et écrire. Ainsi nous arriverions à l'instruction primaire universelle, en dehors de laquelle il n'y a pas de véritable égalité.
La loi peut plus encore. Comme elle a aboli les mai-
sons de jeu et les loteâes'^, dte pemt réâuire, seFfAm iacomparable à rendre au i^nple, le nombre des caba* rels et des oalés. EL saffînnl; d'-élever le taux de$ pan tentes et de faire exécuter à la rigueur tes règlexnentg de police. Ces mesures auraient d'ailleurs lem* corolteire natiErel dans la clèture des cercles oii Ton joue etqu? jouissent d'une tolérazice iea mains sàngolière. le me désespère pas méoM de voir punir quelque jour tm Mim jexL, le plus détestable, le plus oorrupteor et te {dus hch toire de tous^ celui de la Boorae.
Des mesures dfégalité déjà à l'étude reèd^ont sans doute la sanction de la loi : onsapprimerarobligation'du liirret; on retmndiera Tarticle qui fait pré vaMrraffirma* tion du midtre dans les discussions relatives aux gages.
Le Code pénal a besoin d'être revu au point de vue éd l'égalité. Par rapport au châtiment qui atteint le pauvre qui vHide un pain, les grosses escroqueries des grosses alfaire» ner sent psa punies. Les mœurs, au reste, ont plusèeseûiiici d*étre corrigées que les lois. Ne voyons-nous pasJes journaux nommer en toutes lettres les accusés quand ils sost pauvnes, et recourir à de ^s-^ crêtes initiales quand ils scmt ridies? Ne vayons-noix» pas les jurés réserver trop souvent leur indulgence «oxbelles dames et aux messieurs? Ne voyonsHocaspas, en police correctionnelle, tel misérable condamné d^ vance sur son habit et sur sa srine, manfé, foudroyé par un interrogatoire soomiaireiy aÉnuri, incapable de répondre un seul miot? Ne seraitHi pas temps 4b se fiooivenir que n'iavoir eu ni éducation, nibonsex^ffiples,
*. Il ne faudrait d'ailleurs pas lès rétablir sous une autre forme, en aatonsaiit ou^ votant des emprunta' avec priokdB.
PROGRÈS QUI RESl-ËNT A ACCOMPLIR, m
^e n'être défendu par aucune -des voix puissantes da barreau, c'est avoir droit à plus de douceur, à plus de pa* tience ? C'est à l'accusé mal élevé, mal vêtu et mal défendu qu'on devrait accorder le plus aisément des circonstances atténuantes.
A un point de vue différent, il importe de résister au courant qui commence à se faire sentir parmi nous et qui, sous prétexte de liberté testamentaire, nous ramènerait au droit d'aînesse. Nous qui voulons accroître l'égalité, n'allons pas la restreindre. L'égalité des partages est d'un prix immense. La petite propriété, qui peut avoir ses inconvénients, mais qui a des avantages bien supérieurs, est la meilleure garantie peut-être de notre avenir *. Ce n'est pas peu de chose que pauvres et riches se rencontrent ainsi sur le terrain de la propriété. Je plains l'Angleterre avec ses soixante mille propriétaires fonciers. J'admire leComtàt, où chacun habite chez soi et travaillé d'abord pour soi, même en travaillant ensuite pour autrui. L'Angleterre sera la première à avoir de l'agriculture industrielle et à remplacer l'homme par dès machines. N'a-t-elle pas déjk duis quelques localités ses bandes d'ouvriers des champs ^, je veux dire ses ramassis d'hommes et de femmes où éclatent en pleine campagne les corruptions et les misères de l'industrie citadine î Notre idéal est différent : c'est la propriété accessible à tors, c*est la dignité humaine respectée, c'est l'égalité avançant au lieu de reculer, c'est
t. n est aisé d'empêcher le morceUement à rinfini, en facilitant l^hange* des parceiles, ou même en introdnisattt cbez nous les ci»Bio)idatii>B8 nsiiées en AUemagne. Béamr les parceilei voi* «IMS, puis opérer le pairtme, eela est bien simple.
t. ÀgricuUural gangt.
le pauvre et le riclie vivant en harmonie et non point ea hostilité.
Je n'ai pas la prétention, messieurs, d'examiner tous^ les progrès de l'égalité qui, réalisés dans nos législations, contribueraient aux harmonies sociales.
Les juridictions exceptionnelles doivent disparaître,. Tel pays a encore des tribunaux ecclésiastiques. Tel autre abuse étrangement des conseils de guerre. En France, les conseils de préfecture et le conseil d'État nous montrent trop souvent TÉtat jugeant dans sa propre cause. Les fonctionnaires ne peuvent être poursuivis sans l'autorisation du conseil d'État ; privilège énorme^ inégalité prodigieuse, dont se passent à merveille les fonctionnaires suisses, anglais et américains.
L'égalité légitime des citoyens n'est pas entière, tant qu'une portion du territoire est assujettie par l'inscription maritime à des obligations qui n'existent pas ailleurs, tant que le régime protecteur exige que les consommateurs payent tribut à certains producteurs, tant que les entraves mises à la liberté religieuse assurent à certaines croyances (protestantes ou catholiques, il n'importe) une injuste domination.
A la suite de la liberté religieuse une autre égalité se prépare à venir. Nous apercevons tous à l'horizon la séparation de l'Église et de l'État, le retranchement du budget des cultes. Quand la question du pouvoir temporel se pose à Rome, quand le bill de M. Gladstone se discute en Angleterre, quand le régime des églises libres préserve l'Amérique des difficultés sans issue où nous nous débattons, quand les églises libres naissent partout en Europe, quand Tadministration dtt