HARMONIES DE LÀ DOULEUR
l'existence : la morale iafinie, la perfection, la sainteté se retrouvent toujours en avant de nous, de quelque pas que nous ayons marché. Il en sera ainsi, je le sais bien, de Tharmonie des hommes et de Tharmonie des peuples ; est-ce une raison pour perdre courage c-t pour s'abstenir ( Au contraire, mettons notre idéal bien haut, et montons vaillamment vers lui. Déclarons la guerre à la guerre, à la guerre des peuples, à la guerre des classes, à la guerre (plus dure) des individus. Je ne vous garantis pas la victoire, messieurs ; je vous garantis la bénédiction qui est dans Teffort.
n y a une bénédiction dans l'effort, il y en a une dans la douleur. La douleur est la dernière de nos harmonies ; elle est la plus étrange, la plus inattendue assurément, mais non la moins nécessaire. Ceci ressemble à un paradoxe, n'est-ce pas ? Examinons.
Si la douleur n'est pas une des harmonies, elle est sans aucun doute une des égalités d'ici-bas. Dieu, qui a mis dans toutes les âmes la soif ardente et légitime du bonheur, a mis la souffrance dans toutes les vies. Voilà un premier fait qui doit nous frapper et dont nous avons à nous rendre compte.
Je constate ce fait, je ne veux pas l'exagérer ; sur notre terre la douleur est plutôt universelle qu'égale. Mais l'universalité n'est-elle pas une des formes de l'égalité ? Malgré les différences très-réelles qui existent
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entre les douleurs de telle ym et celles de telle autie, n'est-ilpas p^mis dWfirmâr i}ue toutes les vies se res-^ semblent par là? Interrogez un des hommes guele monde appelle heureux; à rhaure mâme où ses desseins réussissent, il aspire dé|à à d'autres aiccès £t la parole de Jësus-Ohrist s'accomplit en lui : c Celui qui Jïoira de cette eau aura encore soif, m
Que j'en ai vu, de ces heureux malheureux! Ceci ressemble à de la déclamation^ notais qu*y faire ? Si Vm^ eixffîsance des joies terrestres e&t im lieu-commun, j'en suis bien fâché ; elle n'en reste pas moins une vérité une vérité constante et poignante. Les existences dans lesquelles ces joies surabondent sont d'ordinaire très-misérables. Plaignez, messieurs, les gens qui ne se refusent rien , car ils sont gorgés, blasés, desséchés.
Je voudrais que Tarmée des vrais heureux se levât devant neus. jQueUe sorpriae serait la nûtrei Mous verrions que les gros contic^gents sont fournis par lee cabanes, parleslamillesiaborieuses^piu' les «pauviesji de l'Évangik.
Ce n'est pas, bien entendu, que ces vrais heureux soient à i'abd de la douleur; elle est un fait universel, je le répète. Mais son intensité varie certes, et puis la vraie joie est là; Dieu la donne, elle jaillit des hauteurs. C'est toujours un p^ notre faute ^quand nous la ix>i>naissons mal. Uème dans les vies labourées par les grandes épreuves, même dans les vies ternes et sans soleil, il y a place pour des joies, je dis plus, pour des fdaisirs, qiie jiotre âme pourrait savourer.
£t pourtant la douleur dmeuie, son universalité
'flemetire ; impossible fl'étudîerPégalïté sans rewccntrer sur «on chemin ce problème: Pourquoi tous les hommes se Tesseml)lent-ils par la douletir? Pour les uns ce n*edt -qu'tm problème, poixr les autres c'est on scandale : Il y a des «ocifTranoes, Bven a*est {^UBi^on 1 Sy a desiniqmtés, Dieu n'est pas juste !
Nous oublions simplement deux choses : d'abord que jes ôiâqQTtés sont ée noftre rfait, ensoÊte '<^ Dieu nous a nccordéune grAce immense lorsqiill a mis la soufjfrantse à c6té deil'iojusticB. Siie péché n'avait pas ses amertumes cruelles, si nous nous trouvions faîendans le mal, nous serions perdus sans reesouarce. Les blessures nous font souffrir, les maladies sont douloureitses, et c'est à tcause de œla «que nous passons nos blessures, que 210US cherchons le remède de nos mfirmités. Nous imangeons le fruit de nos mauvaises oeiswe.s, nous «d>issons des catastix>|^es , JSoaB fencontrons des -dsàtiments;, nous éprouvons des rémora, nous res^ isentons, même au sein des prospérités d'un jour r^i^Uilon des liesoins inassouvis, et c'est à cause de rCela que nos ^regards se portent vers un autre boniieiir.
Considérez un moment les souffrances sous cet aspect qui est le vrai, vous comprendrez pourquoi elles sont ici-bas et pourquoi éUes-fflontiuniverseUes. Comme le mal est partout,, k douleur estpartout aussi. Son Garde à vous 1 retents^tiau fond débutes ies iimes.
ûe n'est pas d^atUeurs < qu'elle ^soit proportionnée aiu péché; on pourrait dire àlocs : ¥oiciies heureux, qoi isont les justes ; voici les malheureux, qui sont les méchants. — Les maux ne j&e repartissent point de la sorte, car ils sont âcuvent des épreuves eX ne sooft
pas toujours des châtiments i. Non-seulement c le juste a des maux en grand nombre, » mais certaines souffrances s'accroissent par la délicatesse morale; les meilleurs connaissent seuls les chagrins poignants de la sympathie, et on peut dire de l'endurcissement qu*il est un apaisement.
Voyez, messieurs, comme la douleur se transforme et comme elle est bien une de nos harmonies. Il n'y a de dissonance que le péché, tout désaccord vient de nous et toute harmonie vient de Dieu. Sur une terre que Tinjustice habite l'harmonie serait impossible, si Dieu n'y avait placé la douleur.
C'est du ciel que descend la lumière qui éclaire cet abîme ; la douleur éclairée d'en haut n'est plus ce scandale qui fait qu'on s'écrie : A quoi bon ces blessures ? Quel ennemi me frappe? Pourquoi moi plutôt qu'un autre ? — Elle est une messagère de notre Père ; il l'a envoyée dans sa sagesse et dans son amour ; elle a un mot à nous dire de sa part, cela suffit. Ce que nous ne comprenons pas à présent, nous le comprendrons un jour, et nous rendrons grâce alors pour toutes choses, à commencer par nos douleurs.
Quel rôle que celui de la douleur I Tant que nous ne l'avons pas compris, nous ne possédons pas la clef de cette énigme qui se nomme la destinée humaine. La douleur met en jeu la charité ; elle développe les énergies ; elle place une auréole sur la tète des champions du vrai.
1. Pas dn moins dans ce sens que les pins châtiés soient les pins mauvais. « Dieu châtie celai qu'il aime. »