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CHAPITRE XVII

qu'à l'aide de biens acquis sous le régime de la propriété individuelle, soit qu'ils proviennent de leurs membres, soit qu'ils leur soient donnés par des tiers. On ne peut donc tirer du fait de leur existence aucun argument en laveur du système communiste.

Comme l'observe Proudhon, le communisme n'est que la caricature de la propriété, la religion de la misère. Il engendre la misère parce que chaque communiste porte très peu de sollicitude aux propriétés communes. Chacun en effet songe vivement à ses intérêts particuliers et beaucoup moins aux intérêts généraux, si ce n'est en ce qui le touche personnellement ; chacun tire la couverture à soi, surtout quand il croit avoir droit à plus qu'une part virile, et tous les plus forts, les plus capables, qu'on les appelle Jault, icariens ou phalanstériens, doivent se comporter de la même manière. Plus d'un incapable, s'illusionnant sur sa propre valeur, est tenté de suivre leur exemple. De là, la ruine inévitable ; de là aussi la discorde, car, selon le proverbe, quand il n'y a plus de foin dans le râtelier, les ânes se battent.

Le système du communisme a évidemment une apparence de philanthropie; au premier aspect, on peuts'imaginer qu'il va inspirer aux hommes du dévouement, une mutuelle bienveillance qui tariront la source des convoitises ; qu'il va les détacher de la ruse, de la violence, de la flatterie et de la chicane^ enfin de toutes ces vilaines passions qui les agitent sous le régime de la propriété individuelle. Il n'en estrien, hélas! Tout cela persiste avec le communisme, car tout cela tient à la perversité des hommes ; et à tout cela, pourrions-nous dire, bien d'autres laideurs viennent s'ajouter. Dès lors que l'organisation qu'on veut donner à la propriété contrarie l'amour du travail, dès lors qu'elle pousse l'homme à l'oisiveté, elle le pousse fatalement au vice ; de l'oisiveté au vice, le trajet est court en effet ; entre l'une et l'autre existe évidemment la relation directe de cause à effet.

Le mal devient effrayant lorsK^u'à la communauté des biens se joint, comme chez les anabaptistes, la communauté desfemmes,connueaujourd'huisouslenom d'union libre. Parmi les sectes plus modernes dont nous avons parlé, quelques-unes ont été également contaminées par ce fléau. Sans entrer dans plus de détails, éloignonsnous de ce terrain fangeux.

C'est le cas de répéter avec Pascal : l'homme n'est ni angenibéte, mais qui veut faire l'ange fait la béte. Quand on force la nature humaine pour l'élever plus haut qu'elle ne peut monter, on risque à tout moment de la faire tomber plus bas qu'elle n'était auparavant, a C'est un grand charme que d'obliger et de secourir des amis, des hôtes, des compagnons : la propriété individuelle nous assure ce bonheur-là. On le détruit avec le communisme ; le citoyen ne peut jamais se montrer libéral, ni faire aucun acte de générosité, puisque cette vertu ne peut naître que de l'emploi de ce qu'on possède. » (Politique, 1-105.) Générosité, sagesse, continence, tout disparait en même temps ; dans le royaume de l'utopie, il n'y a pas d'asile pour la vertu.

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