CHAPITRE XVIII
De réffalisation universelle des conditions par le collectivisme; l'Etat maître de tout et de tous ; égalité sociale dans l'esclavage, la misère et riniqnité.
« Quand vous voyez, dit Franklin, quelqu'un glisser dans la rue, évitez de mettre le pied au même endroit que lui. » Les socialistes ont une toute autre manière de comprendre le danger : ils veulent que tout le monde passe en cet endroit, que tout le monde y mette les deux pieds. Le communisme local, pratiqué plus ou moins librement par quelques groupes sociaux, a été condamné par l'expérience; les socialistes* en concluent qu'il doit être remplacé par le communisme général, c'est-à-dire par le collectivisme.
Les partisans de l'absolutisme de TEtat avaient admis une doctrine dangereuse : a Ce qu'on nomme propriété, selon Hobbes, n'est que la portion de biens de l'Etat que chaque citoyen peut conserver sans blesser les lois et avec l'agrément du souverain. Le détenteur d'un bien a le droit de le défendre contre tout autre particulier, mais non contre le souverain qui, ayant le droit absolu dé faire la loi, ne peut être arrêté par les conséquences d'aucune loi. » (Eléments de la politique.)
a Otez le gouvernement, nous dit Bossuet, la terre et les biens sont aussi communs entre les hommes que l'air et la lumière. » (Politique, 1. 1, art. 3.)
a On demande, dit le. poète de l'absolutisme, ce que doit être la Société pour être bien organisée ? Ou un couvent, ou une caserne. »
Les extrêmes se touchent. Se plaçant à un point de vue opposé, les collectivistes affirment que l'Etat a droit sur tout, qu'il est capable de tout, même de faire le bonheur de chaque citoyen, et c'est là le but de la nouvelle organisation qu'ils veulent imposer à la Société ; cela revient à dire que l'Etat peut tout parce qu'il possède la force, en d'autres termes que la force est l'expression du droit.
En face des théories subversives qu'on a répandues parmi les classes ouvrières, au cours de ces cinquante dernières années^ beaucoup de gens ont été frappés de surprise ou de découragement ; d'autres ont pensé que le bon sens populaire suffirait à en faire justice, et qu'il était superflu d'entrer en lutte avec elle ; ils se conten* talent de dire avec le fabuliste :
« Quand l'absurde est outré, Ton lui fait trop d'honneur En voulant par raison réfuter son erreur ; Enchérir est plus court sans s'échauffer la bile. »
Aujourd'hui l'on est revenu à. des idées plus justes; on comprend qu'il serait déraisonnable de prendre au tragique la situation présente, mais aussi qu'à jouer avec le feu on risquerait de se brûler les doigts.
Nous connaissons déjà la valeur des sophismes à l'aide desquels Karl Marx prétend démontrer que le salaire d'un travailleur doit être égal à celui d'un autre travailleur, quelque différence qui existe d'ailleurs entre les produits de leur travail. Cela étant, il devient, à ses yeux, nécessaire d'annihiler la part prélevée sur les produits du travail par l'infâme capital. On n'y parviendra qu'en le socialisant, c'est-à-dire en réunissant entre les puissantes mains de l'Etat tous les instruments de travail ; on enlèvera ainsi au capital son caractère néfaste pour lui attribuer un rôle bienfaisant.