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CHAPITRE XVIII

Les nécessités économiques de la production moderne exigent d'ailleurs cette transformation. Au Moyen-Age, il était naturel que les moyens de travail, d'importance très limitée, fussent la propriété de l'individu. Mais, à l'heure actuelle, pour exploiter les terres avec profit, il faut organiser des cultures d'ensemble ; pour fabriquer des objets de consommation, il faut de puissants instruments d'un prix élevé. La machine devient une arme redoutable entre les mains des capitalistes : le surtravail des uns engendre le chômage des autres ; en outre, le mécanisme accélère son action dévoratrice des petits capitaux : petits patrons, petits commerçants, petits propriétaires^ sont annuellement dépossédé.s par millions dans le rayonnement européo-américain. « La production s'est ainsi transformée d'un ordre d'actes individuels en une série d'actes sociaux : les produits étant sociaux et non plus industriels, l'appropriation n'en saurait être individuelle. » Les forces de l'histoire qui poussent le prolétariat à la victoire réclament non moins énergiquement l'organisation communiste de la production et de la circulation des richesses. Tel est en résumé le langage de Karl Marx et d'Engels. « Le travail, ajoutent leurs disciples, est la source de toute richesse et de toute civilisation, et le travail utile n'est possible que par la Société ; le produit du travail tout entier appartient donc à la Société, c'est-à-dire è tous ses membres, sous la condition qu'à chacun incombe le devoir du travail. Pour émanciper le travail, il faut que les moyens ou instruments de travail deviennent la propriété commune de la Société. » (Programme socialiste de Gotha, 1874.)

Nous n'avons rien omis de ce qui est essentiel. Voilà le grand cheval de bataille des collectivistes ; c'est avec cette arme de combat qu'ils partent en campagne pour changer la face du monde. Mais ils comptent sans doute, pour le triomphe de leur cause, sur la violence des con-

voitises auxquelles ils font appel, plutôt que sur la valeur de leurs arguments. Qu'est-ce en effet que leur grand cheval de bataille ?

Q De loin c'est quelque chose et de près ce n'est rien. »

Non rien qu'une outre de papier, gonflée de vent.

1* Les produits du travail appartiennent tous à l'Etat parce que, sans l'Etat, le travail ne serait pas possible. Singulier raisonnement I Quoi ! de ce que l'Etat protège le travail, il serait le maître légitime de tous ses produits ! Mais la mère protège l'enfant avec plus de soins et de dévouement que l'Etat n'en apporte à la protection du travail. Est-ce que pour cela l'enfant appartient à la mère ? Mais le pompier protège également la maison contre les ravages d'un incendie ; sans lui, le feu la consumerait tout entière. Est-ce que pour cela le pompier réclame la propriété de la maison ? Dès lors l'Etat qui protège, il est vrai, le travail de tous les citoyens, peutil légitimement réclamer, comme salaire de sa peine, la totalité des produits ? S'il n'y avait pas autre chose dans le socialisme scientifique, un seul coup d'épingle suffirait donc pour dégonfler l'outre.

2* Mais il y a autre chose ; nous le savons. Le machinisme moderne a tué la petite culture et la petite industrie, parait-il ; il n'y a de praticable que la grande production ; qui dit grande production, dit production sociale ; qui dit production sociale, dit produits sociaux.

Oui, le machinisme moderne a provoqué la création de grandes manufactures d'étoffes, de vêtements, de chaussures et de maints autres objets. Au point de vue économique, c'est un progrès ; au point de vue moral, c'est un fléau. La manufacture est funeste à l'ouvrier, comme la caserne est funeste au soldat, comme l'internat des grands collèges est funeste au fils du bourgeois: toute agglomération permanente d'hommes, de jeunes gens ou d'enfants devient, quoi qu'on fasse, un foyer

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