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CHAPITRE XVIII

de corruption. Les agglomérations ainsi multipliées menacent la famille. Et les socialistes nous proposent, comme remède, de supprimer la production individuelle, le travail isolé ! Grand merci !

Il y a en France autre chose que des manufactures de vêtements ou de chaussures. D'ahord il existe encore de petits ateliers de tailleurs et de cordonniers, à la grande satisfaction de ceux qui désirent avoir des habits et des bottes à leur mesure. Les passe-partout ne sont pas du goût de tout le monde. Les petites entreprises n'ontpas le don de plaire aux collectivistes. Mais cependant l'entrepreneur qui ne construit qu'une maison,^ peut la construire aussi bien et même mieux que celui qui en construit cent à la fois. N'oublions pas non plus la question de la nourriture, car l'homme.— même après que le socialisme scientifique aura transformé sa nature — ne pourra vivre sans manger. De ce côté encore, nous n'entrevoyons ni la nécessité, ni même l'utilité de la grande production. Est-il moins avantageux de faire paître un bœuf dans un hectare de pré que de faire paître cent bœufs dans cent hectares ? Les ûlets du bœuf social seront-ils plus succulents que ceux du bœuf individuel? Cent vignerons éprouveront-ils plus de satisfaction à cultiver collectivement cent hectares de vignes sociales qu'à cultiver séparément chacun un hectare de vigne individuelle ? La vigne en sera-t-elle mieux taillée ? Le vin en sera-t-il fait plus soigneusement ? Sera-t-il plus abondant ? En un mot est-il nécessaire de socialiser la vigne ? Est-il davantage nécessaire de socialiser la terre labourable ? Les charrues collectivistes feront-elles de meilleure besogne que les charrues individuelles? Enfin le bois récolté dans une forêt sociale nous procurerat-il de meilleure charpente ou de meilleur feu quele bois récolté dans une futaie ou un taillis individuels? Poser toutes ces questions, c'est les résoudre. Chaque famille française aime à mettre le dimanche une poule au pot ;

ce que veulent les collectivistes, c'est tout simplement briser le pot familial et cuire toutes les poules dans une marmite sociale. Le pot pouvait être utile au Moyen- Age, môme au temps d'Henri IV, mais il faut croire que, de nos jours, il est tombé hors d'usage. C'est en cela que se résument, c'est à cela que tendent les théories et les aspirations collectivistes, et puisque les maîtres de la sagesse nous affirment que notre bonheur en dépend, nous ne saurions en douter. Karl Marx ! ô Lasalle I 6 Engels ! 6 pontifes du collectivisme^ quelle audace est la vôtre! Nos ancêtres Gaulois ne craignaient qu'une chose, c'était que le ciel ne tombât sur leur tête. Plus braves qu'eux, vous les dignes chefs du collectivisme allemand, vous dont la parole éloquente a traversé le Rhin pour venir jusqu'à nous, vous ne craignez rien, pas même le ridicule ! Le bon sens ne cessait de protester contre toutes vos assertions téméraires ; pour vous soustraire à toutes ses importunités, vous vous êtes résolus à divorcer d'avec lui. Mais dès lors qu'il est contre vous, il est permis de dire que votre système ne pourrait triompher que sur les ruines de la liberté, du travail et de la justice.

L'homme est né libre et l'amour de la liberté a poussé dans son cœur des racines si profondes qu'on ne pourrait les en arracher qu'avec la vie. Aussi le système collectiviste, avec une assurance superbe, se réclame-t-il d*abord de la liberté, a Nous appelons à nous, dit Benoit Malon, se faisant ici l'écho des docteurs allemands, tous ceux qui, sur le terrain de la liberté et de l'égalité républicaines, travaillent h l'avènement d'une Société délivrée de l'ignorance et de la misère, des dernières formes du servage, à la suppression de l'antagonisme des classes par l'organisation sociale de la production et de la distribution des richesses. » Entrons dans les détails d'organisation. « On aurait bientôt, dit le même auteur, . la République fédérative, d'abord nationale, puis inter-

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