‹ L'égalitéChapitre 110 sur 133 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Des causes directes et indirectes du socialisme. — De la nécessité, pour les chefs des établissements industriels, de tempérer la Justice par Thumanité, afin de diminuer Finegalité extrême existant entre eux et leurs ouvriers.

Le socialisme n'est aa fond qu'une protestation violente contre Tordre social actuellement existant. Mais le jiéveloppement qu'il a pris dans certains milieux prouve bien que cet ordre social est imparfait, qu'il est vicié par des iniquités qui vont en s'aggravent de plus en plus.

On a beaucoup disserté et on s'est parfois mépris sur la nature des causes qui ont engendré l'état actuel des esprits. Avec raison, on a mis en avant, pour la France, les progrès du luxe et de l'irréligion. Nous maintenons tout ce que nous avons dit .à ce sujet ; cependant, pour ne rien exagérer, nous devons reconnaître que le socialisme se répand davantage dans d'autres pays, tels que la Belgique et l'Allemagne, moins envahis cependant que la France, par ces deux autres fléaux.

Maints hommes de lettres peuvent faire également leur med culpdj car ils ont une singulière façon de comprendre leur mission sociale. Parmi les poètes de notre siècle, aucun n'a exercé sur la jeunesse instruite plus d'influence que Musset, grâce au charme de son esprit et à son accent de sincérité. Le génie part du cœur plus encore que du cerveau. Si donc Musset, qui savait trouver le chemin

des cœurs, eût entonné lehosanna, le aiirsum corda, au lendemain de nos bouleversements de toutes sortes, il eût afiFermi les croyances ébranlées; mais il a mieux aimé se faire le chantre du doute et de la désespérance. Que Dieu lui pardonne tout le mal qu'il a fait à la France !

S'il a été mauvais, d'autres ont été pires. Le pessimisme qui s'inspire « du génie du mal », et qui outrage la Providence d'une façon systématique, a envahi notre littérature populaire. Tel romancier, dans une sorte d'oeuvre encyclopédique, se plaît à repaître ses trop nombreux lecteurs de spectacles immondes ; d'un cœur léger, il célèbre le triomphe du vice et l'apothéose de la misère. Gloire lui en soit rendue s'il a reçu du ciel un certain talent d'écrivain avec une grande puissance de travail, pour en faire un tel usage ! Quant è nous, nous craignons que son œuvre ne contribue à démoraliser ses contemporains et à ébranler l'édifice social.

Mais nous ne voulons pas faire de ces deux auteurs 4es boucs émissaires des péchés d'Israël. Combien d'autres se sont évertués, de concert avec eux, à répandre, dans le sein de la nation, le scepticisme, que Voltaire, Rousseau (dont on a tant médit !) et Robespierre luimême considéraient comme néfaste pour elle I

D'ailleurs jusqu'ici le livre est peu répandu dans les centres industriels ; la littérature malsaine a contaminé davantage les classes aisées que les classes ouvrières.

En se plaçant au môme point de vue, on doit également déplorer les divisions politiques, créées par de trop nombreuses révolutions, qui engendrent l'instabilité et la faiblesse des gouvernements ; cet état de choses est de nature à affaiblir la résistance & des doctrines dangereuses dont les partisans s'enhardissent de jour en jour. Mais comment se fait-il que l'Allemagne, par exemple, moins ébranlée que la France par les commotions politiques, soit plus menacée peut-être d'une explosion prochaine du socialisme ?

Page 1