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CHAPITRE XIX

On a prétendu également que la théorie de la souveraineté populaire entraînait comme conséquence rigoureuse la revendication des moyens propres à procurer le bien-être universel ; qu'il était contradictoire que le peuple fût à la fois misérable et souverain. Nous repoussons énergiquement cette opinion. Aucune institution n'est parfaite, mais nous ne saurions admettre qu'il y eût une relation nécessaire entre le bien et le mal/entre la justice et le désordre. Nous nous en référons du reste aux observations que nous avons déjà faites à ce sujet. Dans ces derniers temps, il a été souvent question des dangers inhérents à la liberté des cabarets établie par la loi du 17 juillet 1880. Dans cette loi qui a justement supprimé l'arbitraire administratif, existe toutefois une lacune, nous le reconnaissons ; au lieu d'être illimité, le . nombre des débits de boissons ne devrait être, dans chaque commune, que strictement proportionnel à celui des habitants. Nous voyons de ce côté un attentat prolongé contre la santé publique, mais nous n'allons pas plus loin.

Depuis la promulgation de la loi du 29 juillet 1881, nous assistons aux saturnales d'une certaine presse qui multiplie les attentats contre la moralité publique. Cette loi a été déjà modifiée ; elle le sera encore ; mais gardons-nous d'étendre outre mesure la responsabilité qu'elle a encourue.

L'inaction du ministère public, en présence de spéculations aussi colossales que déshonnêtes sur les marchandises et les valeurs, favorise les attentats contre la fortune publique qui ont abouti à la faillite Bontoux,

à celle du Panama, au krack des mines d'or, etc

Tout cela enrichit injustement les dupeurs au détriment des dupés ; mais tout cela, quoi qu'on en ait dit, est quelque peu en dehors de notre question.

Le Play soutient « que les taxes pour la vente des denrées, les tarifs douaniers protecteurs de certaines ma-

nufactures, tous ces privilèges onéreux pour la majorité des producteurs et des consommateurs, violent le principe d'égalité dans son application la plus utile et la plus respectable. » (Réforme sociale, 2-425.) En termes plus violents, Proudhon dénonce « la commandite capitaliste avec concession du prince et subvention de l'Etat, constituée sur les épaules du travailleur. » (De la justice dans l'église et la révolution.)

Il est des privilèges justifiés, tels que celui de la Banque de France ; il est des tarifs douaniers nécessaires, tel le tarif douanier sur les produits agricoles étrangers, qui protège la plus belle et la plus importante de nos industries nationales, et ralentit au moins le dépeuplement des campagnes. Inutile d'insister davantage. L'Ancien Régime constituait ua réseau de privilèges innombrables, plusieurs fois séculaires, contre lequel on n'a vu se dresser aucun système socialiste.

Proudhon proteste contre le salariat qui condamne une famille ouvrière de quatre personnes, à vivre une année avec des gains généralement fort au-dessous de 1.250 francs. (Consultations, 1864.) Le Play condamne la loi de l'offre et de la demande qui, « continuée pendant un demi-siècle avec une imperturbable logique, a sérieusement ébranlé la constitution britannique ; qui a contribué à produire un état d'abjection tombant au-dessous de la barbarie et touchant à la bestialité. » (Réf. soc. 2-441 .) a De là, la famille instable ; de là, ces foyers de misère contrastant par des traits essentiels avec les anciennes formes de la propriété. Jusqu'à ces derniers temps, ils ne pouvaient être nommés dansaucane langue. C'est pour eux qu'il a fallu inventer, de nos jours, le mot de paupérisme. » (Lococitato, 1-390.) Dans son ouvrage sur les Salaires au XIX* siècle, M. Emile Chevallier a parfaitement établi que les ressources d'une famille ouvrière avaient augmenté, au cours de ce siècle, plus rapidement que le prix des choses nécessaires à la vie.

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