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CHAPITRE XIX

sent. D'une manière générale, et si Ton néglige les effets de la crise agricole qui sévit en France depuis 12 ou 14 années, on peut dire que c'est parmi les cultivateurs et les vignerons que Ton rencontre le plus grand nombre de citoyens aisés, dont la position tient le milieu entre la richesse et la pauvreté ; et si l'on admet que la modération et le juste milieu en toutes choses sont préférables, il s'ensuit évidemment qu'en fait de fortunes, la moyenne propriété, représentée par cette classe de travailleurs, sera aussi la plus convenable de toutes. Dans l'ensemble, en dépit des bruyantes dénégations qui se sont produites récemment à la tribune de la Chambre des députés, ils jouissent du bonheur fait de simplicité, de modestie dans les désirs, et tel que le concevaient les philosophes du XVIII' siècle. Parmi eux, suivant l'heureuse expression de Montesquieu, a l'égalité des fortunes entretient la frugalité, et la frugalité maintient l'égalité des fortunes », ces choses, quoique différentes, étant telles qu'elles ne peuvent subsister l'une sans l'autre. (Esprit des lois, p. 42.)

Nous n'aborderons pas, à propos de la situation commerciale, la question a des Grands Magasins » qui commence À inquiéter un peu les boutiquiers de Paris et même ceux de la province. A part cette exception regrettable (à notre avis), mais qui n'est qu'une exception, on peut dire que les inventions modernes n'ont pas bouleversé l'organisation du commerce. Si, dans les grandes villes et dans les ports marchands, les grosses fortunes ne sont pas rares parmi les négociants, tout au moins ont-ils su éviter les agglomérations d'employés et d'ouvriers, profitables sans doute à ceux quHes créent, mais presque toujours funestes à ceux qui y sont compris. D'une manière générale, nous nous féliciterons qu'il y ait peu de grands patrons ; car, moins il y. a de grands patrons, plus il y en a de petits ; plus il y en a de petits, et plus il y a d'employés et d'ouvriers ayant chance

de devenir patrons à leur tour. Dans ces conditions, le nombre des grosses fortunes est plus faible, mais celui des fortunes moyennes est plus grand.

Dans l'industrie, malheureusement, c'est le contraire qui a lieu : la petite industrie est de plus en plus affaiblie par la grande. La manufacture fait la joie de l'économiste qui y voit un avantage, un progrès matériel, mais elle fait le désespoir du moraliste qui y voit, avec M. Jules Simon, une source de désordres dans le présent, un danger redoutable pour l'avenir. C'est ainsi que la nature se venge sur l'homme des larcins heureux qu'il a commis en lui dérobant le secret de forces nouvelles et mystérieuses. Le dommage, somme toute, peut l'emporter sur le profit. progrès, voilà de tes coups !

Au Moyen-Age, les corporations d'arts et métierfs, dont il reste des vestiges en France et surtout en Allemagne, imposaient aux ouvriers des villes un système semblable à celui qui existe encore dans les campagnes russes, et tendant à conjurer chez eux l'inégalité qu'eût produite le libre développement des talents et des aptitudes. (( Les corporations visaient à garantir la sécurité des maîtres et des ouvriers ; elles restreignaient la concurrence en limitant le nombre des maîtres et des apprentis et en circonscrivant, par des règlements sévères, le champ d'activité ouvert à chaque profession et à chaque chef de métier. . . Leur résultat était de comprimer, dans l'intérêt du plus grand nombre, non seulement les tendances contraires à la loyauté des transactions, mais encore les légitimes efforts des individus les plus éminents. » (Le Play, Ouvriers européens, p. 290.) L'artisan travaillait* de ses propres mains ; il était propriétaire des instruments de travail et du capital industriel dont il retirait tout le profit. Au bout de sa carrière, il prenait pour successeur son fils ou son ouvrier. Vers la fin du Moyen-*Age, en Flandre et surtout en Italie, la lutte des grands et des petits, des gras et des maigres, atteste

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