‹ L'égalitéChapitre 122 sur 133 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

tomber dans le gouSre du socialisme que d'écouter la voix de la raison? La marche des événements est cependant de nature à leur faire comprendre qu'elles ne sauraient négliger impunément leurs obligations morales. On disait jadis : noblesse oblige, et on n'en faisait rien ou du moins, au XVIII* siècle, on en faisait de moins en moins. On pourrait dire aujourd'hui : fortune oblige, mais à quoi bon, si^ aux yeux de beaucoup de gens, les obligations de cette nature peuvent rester lettre morte? Montesquieu fait de la vertu le fondement de la République. En vérité, c'est trop restreindre son rôle. Quel gouvernement pourrait subsister, prospérer, sans ce précieux concours ? En pareille matière, il faut répudier les distinctions systématiques et arbitraires : la vérité n'a pas de limites. Dans toute Société, l'harmonie des classes se fonde sur la vertu, et la première vertu du riche est le dévouement envers le pauvre. La pire des inégalités est celle qu'en dépit des lois libérales, le désordre et l'égoïsme engendrent au sein des nations corrompues. Dans un pays démocratique comme le nôtre, le travail et l'activité professionnelle constituent pour beaucoup de gens le plus sûr bouclier contre les atteintes du vice. Mais la préoccupation incessante du gain peut imprimer à certains caractères une mar* que d'àpreté quand, par la contagion des mauvais exemples venus d'en haut, elle ne marche pas de pair avec les sentiments moraux. A défaut de ces sentiments, les parvenus sont destinés & grossir tôt ou tard les rangs des épicuriens avides de jouissances matérielles ; ils s'y signaleront même par les excentricités que le désir de briller leur fera commettre. L'inégalité des conditions peut exciter l'envie, même quand elle est tempérée par la charité. Dès lors, quelle folie que celle qui consiste à accroître cette envie par l'étalage prétentieux de la richesse ! Lb vanité dont sont pétris certains parvenus est donc bien la plus sotte des passions.

a Si le progrès de l'humanité n'est pas une chimère, comme celui de la démocratie est le fait le plus ancien, le plus continu et le plus permanent de l'histoire, il s'ensuit, d'après Tocqueville, que plus d'égalité finira par s'établir parmi les hommes., n Nous avons montré le progrès réalisé sous ce rapport depuis la Révolution française, tout en signalant les causes qui ont pu ralentir sa marche. Nous ne désespérons pas de l'avenir. L'égalité des conditions ne peut être atteinte, mais il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse être approchée de plus en plus. Il ne faut pas toutefois se repaitre d'illusions. Si Ton désire sérieusement l'amélioration de la situation présente, il faut que les riches cessent de s'isoler des pauvres ; il faut que les débris de l'ancienne noblesse et les représentants de la vieille bourgeoisie se dépouillent de leur insouciance ; il faut que les parvenus se guérissent de leur vanité.

Certes, on n'y parviendra pas en un jour ; dans l'ordre moral surtout, les améliorations sont lentes ; mais c'est par là qu'il faut commencer si l'on veut mettre fin au malaise actuel et établir pour tous les membres de la même patrie la possibilité d'une communion réelle et durable. Un peu moins d'indifférence et d'orgueil ; un peu plus de dévouement aux intérêts des pauvres, voilà ce que nous souhaitons aux riches, dans l'intérêt de tous. Le Play est d'avis que nous pourrions demander à. nos voisins une foule d'enseignements spéciaux : à l'Italie, ses rapports intimes entre bailleurs et tenanciers qui, en présence d'une longue domination étrangère, ont maintenu la nationalité ; à l'Espagne enfin, les rapports affectueux de toutes les classes de la Société, réalisation pratique de ces bons principes d'égalité qui restent souvent ailleurs une théorie bruyante et stérile. » (Réf. soc. 3-37.)

A la correction des mœurs, au dévouement individuel, il convient d'ajouter, en vue des mêmes fins, le

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