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CHAPITRE XX

dévouement collectifi Les Sociétés de secours mutuels sont en voie de prospérité ; leur nombre et leur importance ont beaucoup augmenté dans ces vingt dernières années; elles ont ainsi groupé les artisans et les ouvriers d'élite, mais il serait utile d'encourager les autres ouvriers à solliciter leur admission dans ces Sociétés. Comme la plupart d'entre elles, sinon toutes, admettent des membres honoraires, les riches feront bien de leur prêter, à ce titre, un concours moral et pécuniaire. Jules Simon, toujours bien inspiré par son grand cœur, considérait ce concours comme un devoir sacré pour toute personne jouissant de quelque aisance.

L'œuvre philanthropique des logements se propose un double but : 1* faciliter, autant que possible, l'accession de l'ouvrier à la propriété ; 2* lui permettre, tout au moins, de se loger convenablement, lui et sa famille. Une Société centrale, protectrice de l'œuvre, a été fondée à Paris, et une loi récente est venue faciliter son fonctionnement. Le succès de l'entreprise serait pour la classe ouvrière la source des plus grands bienfaits. Il serait méritoire pour les millionnaires d'y participer, plus méritoire sans doute que de gaspiller leur temps et leur argent dans les cercles de jeux. Il existe aussi, surtout dans l'Est de la France, des Sociétés ouvrières de consommation, même de production. Récemment une Société de cette dernière catégorie a été fondée à Albi dans des circonstances que personne n'a oubliées. Nous ne méconnaissons pas les difficultés inhérentes à ces sortes de créations, mais il ne faut pas les exagérer. Notre temps a surmonté d'autres obstacles réputés jusque-là insurmontables. Avec de la patience et de la bonne volonté on pourra aussi triompher de ces difficultés nouvelles. La réunion des capitaux nécessaires pour fonder une usine ouvrière est assez épineuse ; ne peut-on pas espérer de voir à l'avenir des industriels comblés de fortune, mais privés d'enfant, léguer leurs usines aux

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ouvriers qui les exploiteront lors de leur décès, à charge par eux de continuer en commun cette exploitation, sous une direction et avec des statuts imposés par les testateurs ? Quelle admirable initiative à prendre ! quel bel exemple de philanthropie à donner I II n'y a que le premier pas qui coûte ; après celui-là, d'autres suivront rapidement.

Le bienfait de Tordre social profitant à tous, tous doivent contribuer à le maintenir ; il serait donc injuste, de la part des personnes étrangères à la grande industrie, de se désintéresser de tout ce qui s'y passe et de souffrir que les patrons supportassent seuls le poids des réformes à introduire dans cette branche du travail national. De ce côté encore, de larges voies sont ouvertes au dévouement. La nature des œuvres que nous* venons d'indiquer montre bien que, dans notre pensée, le dévouement du riche au bien-être du pauvre doit consister surtout en encouragements au travail et à l'économie. La charité n'a que des effets curatifs plus ou moins efficaces ; elle s'évertue è adoucir le mal, mais, en tout cas, elle est impuissante à le prévenir. Les œuvres philanthropiques, bien comprises, combleront cette lacune ; elles doubleront le courage de l'ouvrier en mettant entre ses mains le moyen d'améliorer sa situation.

L'instruction est fort utile au riche pour occuper ses loisirs, diriger ses affaires, conserver son patrimoine et . l'augmenter s'il est possible ; elle ne l'est pas moins au pauvre pour apprendre à travailler, établir ses devis, ses comptes et tirer parti de son travail. Pour tout homme, quelle que soit d'ailleurs sa situation sociale, l'instruction est la manne de l'intelligence. Chacun doit se procurer la manne de l'intelligence comme il se procure la manne du corps, c'est-à-dire à ses frais. Ainsi le veut la justice ; ainsi le veut le principe de la responsabilité humaine. L'exactitude de ce principe est incontes-

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