CHAPITRE XXI
comprend, n*a qu'un rôle : le rôle d'une sentinelle chargée de monter la garde autour des droits de l'individu, pour empêcher qu'on n'y porte atteinte.
D'après Dunoyer, le travail est la source de tout ce qui se fait de véritablement utile au bonheur des hommes, et n'a que deux besoins : la liberté et la sûreté. « Le comble de la perfection serait que tout le monde travaillât et que personne ne gouvernât. »
Suivant Bastiat, le travailleur avisé adresse au gouvernement la requête de Diogène à Alexandre : « Otetoi de mon soleil. »
Taine, à, son tour, rappelle que l'origine chétienne et féodale de la Société moderne a développé dans l'homme la conscience de l'honneur, a Partout la conscience et rhonneur lui prescrivent de garder pour lui quelque portion de son indépendance ; mais nulle part il n'en cédera si peu que dans la démocratie. Si, dans toute constitution moderne, le domaine de l'Etat doit être borné, c'est dans la démocratie moderne qu'il doit être le plus restreint... Prenons garde aux accroissements de l'Ë* tàt, et ne souffrons pas qu'il soit autre chose qu'un chien de garde. » (Révolution, 3-132.) Bien que moins absolu que les précédents, ce système ne nous paraît pas ce- , pendant conformé à la vérité. Dans l'étude des sciences politiques et sociales, nous l'avons déjà fait observer, il est dangereux de s'attacher à une rigueur mathématique, car elles ne comportent pas de semblables procé* dés. In medio veriias. Prenons le système de Bastiat, par exemple, d'après lequel l'Etat idéal autoriserait le travail à lui dire : « ôte-toi de mon soleil. » Supposons qu'en effet l'Etat, féru de cet idéal, se retire à l'ombre en se croisant les bras. Etat, travail et travailleurs s'en porteront-ils mieux ? Nullement De ci, de là, des souffrances individuelles réclameront nécessairement l'intervention de l'Etat, et le mal ira en s'aggravent s'il refuse d'intervenir en quelque circonstance que ce soit.
mmmwgim^Wt^mm^mmm^a^m^mmm
Et les âocîalistes de dire à œux qui auront été vaincus dans cette lutte implacable pour l'existence: «Voyez les deux catégories de citoyens créés par l'Etat; à ceux qui possèdent réellement un droit, propriété ou culture intellectuelle et morale, il garantit la libre possession, la libre jouissance ; à ceux qui ne le possèdent pas, il tourne le dos, les abandonnant ainsi à la sollicitude incertaine, intermittente et insuffisante des citoyens de la première catégorie. »
Prévoyant l'objection, Laboulaye apporte un tempérament à l'exclusivisme de Bastiat, en disant que le grand problème de la politique consiste à limiter seulement les fonctions de l'Etat. L'intention est excellente:
a Suul certi denique fines
Quoi uUrà citrà qne nequil comistere rectum. »
Mais comment la réaliser? Comment établir une li* gne de démarcation sans se préoccuper de l'état plus ou moins avancé de la civilisation ou des événements qui pourront surgir par la suite ?
D'autres ont été plus hardis, a Pour assurer, d'après Condorcet, le règne de l'égalité entre citoyens, il ne suffit pas que l'Etat respecte les droits qu'ils tiennent de la nature, il doit leur faciliter la jouissance de ces droits. » Joubert précise les obligations de l'Etat : a La pensée qui se dégage de la Révolution française, dit-il, est de diminuer l'inégalité naturelle en procurante tous la sûreté, la propriété nécessaire, l'éducation et les secours. » C'est aller bien loin. Quand on apprécie les tendances d'une époque, d'une école politique, il convient de se baser sur la moyenne des actes et des opinions et non pas sur les opinions extrêmes. Il est possible qu'en parlant ainsi, Joubert se soit inspiré d'Aristote qui propose un système de distributions gratuites, a L'ami sincère du peuple cherchera à prévenir pour la foule rexcè3 de la^ misère qui pervertit toujours la démocratie, et il mettra'