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D'ailleurs il est inexact de poser comme un principe la supériorité de l'un sur l'autre ; leur organisation respective est différente, et voilà tout. L'homme est mieux guidé par son intelligence et son jugement ; la femme est mieux inspirée par son cœur et sa sensibilité. L'homme est plus musclé, maisla femme, tant qu'elle n'est pas affaiblie par les fatigues de la maternité, a, suivant un néologisme, plus d'endurance ; la remarque en a été faite à la campagne où la femme se livre fréquemment aux mêmes travaux manuels que l'homme.
Lorsqu'il s'agit d'agriculture, de commerce et d'industrie, c'est- À-dire de professions libres, la femme les exerce avec un succès parfois égal ou même supérieur à celui de l'homme, soit qu'elle assiste un parent ou un conjoint, soit qu'elleait en mains la direction de l'entreprise.
Il est des femmes artistes comme il est des femmes écrivains, qui font preuve d'un véritable talent.
On voit aussi depuis quelque temps des femmes-médecins, des femmes-avocats ou aspirant à le devenir. Pour moncompte, si j'étais malade, j'aimerais mieux être secouru par une femme habile que par un homme maladroit ou inexpérimenté ; j'agirais de même, pour le choix d'un avocat, si j'avais un procès. Qui ne se préoccuperait davantage, en pareil cas, de la capacité que du sexe de la personne dont il sollicite l'assistance ? Il se rencontre donc des femmes plus aptes que certains hommes à pratiquer le droit ou la médecine. Platon, il est vrai, soutient qu'en général c'est le contraire qui arrive : a Si les chiennes, dit-il, peuvent faire le même service que les chiens, pourquoi les femmes ne feraientelles pas le même service que les hommes ? Il n'est
point dans un £tat de fonction exclusivement affectée à l'homme et à la femme à raison de leur sexe ; mais les deux sexes participent des mêmes facultés, et la femme ainsi que l'homixte est appelée par la nature à toutes les
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fonctions ; seulement en toutes, la femme est inférieure à l'homme. » (De la République, 1*204.)
Les partisans de Témancipation des femmes ou plutôt les femmes elles-mêmes (car elles savent fort bien plaider leur cause) répondront que Platon raisonne, dans l'espèce, en homme plutôt qu'en philosophe, et en homme aveuglé par les préjugés de son sexe.
Admettons cette critique en écartant l'opinion du philosophe grec. Mais il est, dans la famille, un rôle dont la femme ne peut pas se départir, c'est celui auquel son sexe la prédestine : les charges de la maternité, auxquelles elle ne peut se soustraire, lui imposent en même temps la garde du foyer domestique, la direction des travaux du ménage et le soin de l'éducation première des enfants. Or, ces devoirs sacrés sont compatibles avec l'exercice d'une profession agricole, commerciale ou industrielle,, qui a lieu en quelque sorte à l'abri du foyer domestique ; ils ne le sont pas avec la profession de mé* decin ou d'avocat qui appelle le praticien toute la journée hors de chez lui. 'Toutefois, une mère de famille pourrait, sans inconvénient, s'établir médecin ou avocat consultant. Cette innovation accroîtrait sans doute la concurrence déjà très grande dans les carrières libérales, mais du moins elle donnerait satisfaction aux principes de justice qu'on invoque, sans éloigner la femme du poste d'honneur qui lui est confié par la nature.
Platon admet certaines femmes à participer à la défense de la cité. « Les femmes des guerriers, dit-il, devront quitter leurs vêtements, puisque la vertu leur en tiendra lieu ; elles devront partager avec leurs époux les travaux de la guerre et tous les soins qui se rapportent à la garde de l'Etat, sans s'occuper d'autre chose : seulement, la faiblesse de leur sexe devra leur faire attribuer de préférence la part la plus légère dans le même service. » Le souvenir mythique des Amazones n'était sans doute pas étranger à l'opinion du 4)hilosophe grec.
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On se souvient que lorsque les Germains quittèrent leurs forêts pour envahir l'empire romain, leurs femmes, montées sur des chars, combattaient auprès d'eux. On sait aussi que le fleuve des Amazones, qui arrose l'Amérique méridionale, tire son nom des femmes armées qu'eut à combattre Francisco Orellano, le premier Européen qui reconnut le fleuve en entier, dès l'année
Mais les femmes guerrières ne se rencontrent guère que chez les peuples barbares ; il faut une longue série de guerres et de malheurs pour faire surgir des Jeanne d'Arc et des Jeanne Hachette des rangs d'un peuple déjà civilisé. Aussi, les revendications actuelles du mouvement féministe ont-elles un objet tout différent. Bien qu'on parle au nom de la justice, c'est aux droits plutôt qu'aux devoirs de l'hommequ'on veut associer la femme.
En outre de l'admission aux carrières libérales, on demande que la femme ait un pouvoir égal à celui du mari pour le gouvernement des enfants et l'administration du patrimoine commun : il s'agit, comme on le voit, de mettre fin au despotisme masculin. C'est en ces termes que la question était déjà posée dans une requête soumise à la Convention : a Vous avez brisé le sceptre du despotisme, vous avez prononcé ce bel axiome digne d'être inscrit sur tous les fronts et dans tous les
cœurs : les Français sont un peuple libre et tous les
jours vous souffrez que 13 millions d'esclaves portent honteusement les fers de 13 millions de despotes ! Vous
avez deviné la juste égalité des droits et vous en
privez injustement la plus douce et la plus intéressante moitié de l'humanité ! »
La prépondérance du mari dans le ménage n'est pas une innovation du Code civil ; c'est une nécessité consacrée par l'expérience de tous les siècles. On la justifiait jadis par l'inégalité des sexes : a On ne saurait nier, disait Aristote, qu'il ne soit naturel et bon pour le corps
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d*obéir à Tâmè, et pour la partie sensible de notre être d'obéir à la raison et à la partie intelligente. L'égalité ou réchange du pouvoir entre ces divers éléments leur serait funeste à tous, il en est de même entre l'homme et le reste des animaux. .... Le rapport des sexes est analogue, l'un est supérieur à l'autre : celui-là est fait pour commander et celui-ci pour obéir. »
Tel n'est pas le point de vue auquel se place le législateur moderne. Il donne au mari une situation prépondérante durant le mariage ; mais, à son décès, il assure à la femme survivante une situation à peu près identique, puisqu'il la charge de gouverner la personne et les biens des enfants mineurs, tout en lui rendant la faculté de disposer de sa fortune personnelle.
Aux yeux de la loi, le mari n'est pas un despote ; c'est le chef responsable de la société sut generis existant entre lui et sa femme. Â ce titre, il doit la consulter dans toutes les affaires importantes, puisqu'elle a virtuellement les mêmes droits que lui dans cette société. Mais, en cas de désaccord, l'avis du mari prévaut. Si l'égalité des droits engendrait l'égalité des pouvoirs dans une association de deux personnes, du même coup elle donnerait naissance à l'anarchie.
La mari qui, avant d'agir, ne prend pas l'avis de sa femme, manque à son devoir ; il est vrai que ce devoir est dépourvu de sanction immédiate, mais il ne pouvait en être autrement. Si la femme qui n'a pas été consultée ou dont l'avis n'a pas prévalu, pouvait, en toute circonstance, recourir à l'autorité judiciaire, qu'en résulteraitil, si ce n'est un obstacle insurmontable à la bonne harmonie du ménage ?
Voilà dans quel sens la femme doit obéissance au mari. L'égalité des sexes est un principe, mais ce principe fléchit momentanément devant l'intérêt supérieur d'une institution qui forme la base de la famille. La justice n'est pas violée. Les droits de la femme ne sont pas
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sacrifiés à ceux de l'homoie. L'égalité disparait sans doute, mais c'est seulement en vue du maintien de la bonne union entre époux. L'un d'eux obéit à l'autre, mais l'obéissance est douce lorsque l'autorité de celui qui commande est tempérée par son affection pour celle qui obéit.
Au surplus, le mariage n'est pas obligatoire ; c'est un contrat facultatif. La femme en connaît toutes les conditions légales avant de donner son consentement ; tout au moins sait-elle qu'elle doit obéir et, au point de vue. qui nous occupe, cela suffit. Si les engagements qu'on lui propose lui paraissent excessifs, elle peut conserver son entière liberté. On voit des femmes qui la conservent, en effet ; on en voit malheureusement de plus en plus à notre époque. Mais toutes celles qui jouissent d'une bonne santé ont un désir secret de se marier et, parmi celles qui demeurent dans le célibat, il en est bien peu qui se déterminent par la crainte du despotisme conjugal. Lenombre des conjoints soumettant leurs démêlés à la justice s'est beaucoup accru de notre temps, surtout depuis le rétablissement du divorce, mais il faut en rechercher la cause dans les vices des mariés plutôt . que dans les imperfections des lois sur le mariage.
Si, pour tous, la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ; pour les enfants, la crainte des parents est également salutaire. Une main ferme est nécessaire pour diriger leur éducation, et cette main ne saurait être autre que la main paternelle, le caractère de la femme la portant à agir par la douceur et la persuasion plutôt que par la fermeté. Or, les enfants, à leur grand dommage, considéreraient l'autorité du père comme diminuée, s'ils la voyaient en lutte avec celle de la mère. Le Code sauvegarde donc également l'intérêt des enfants.
Ce sont là autant de vérités vieilles comme le monde ;
elles frappent l'esprit des gêna les plus simples, et l'on
est presque confus d'avoir encore à les démontrer. Mais
n'y est'On pas obligé par toutes les idées singulières,
Bertheau. 3
3i8 l'égalité.
étranges, qui germent aujourd'hui dans une fouie de cerveaux hsfntés par la manie des exœntricités?
On demande encore (que ne demande-t-on pas à notre époque?) que la femme participe à toutes les élections, qu'elle puisse faire partie des corps élus, môme des corps constitués, soit dans l'ordre administratif, soit dans l'ordre financier, soit enfin dans Tordre judiciaire; elle jouerait ainsi le même rôle que l'homme dans la confection et l'exécution des lois.
De. la femme électeur, nous n'en voulons pas plus que de la femme maîtresse ou indépendante dans le ménage. Que demain on l'appelle à voter, et elle négligera les soins du ménage pour courir à des réunions publiques dont le spectacle n'aura rien d'édifiant pour elle; de retour au logis, elle ne manquera pas d'engager avec son mari, vu son naturel passionné, des discussions politiques dont le seul résultat sera d'envenimer leurs rapports.
• Electeur, la femme ne jpourrait pas ne pas devenir éligible, simultanément ou à très brève échéance. On se la représente difficilement exerçant les fonctions de maire, dirigeant les délibérations d'un conseil municipal, délibérations houleuses où les arguments et les objections s'entre-choquent parfois avec les injures. Dans cette mêlée, elle perdrait quelque peu de la pudeur qui forme son plus bel ornement. Et le mari serait témoin des débats bruyants, scandaleux même, présidés par sa femme I Quelle blessure sanglante pour son amour-propre ! Quelle atteinte à sa dignité maritale I ' Supposons-le investi, lui, des fonctions plus modestes de conseiller municipal. Dans ce cas, pour les époux, il y aura interversion continuelle des rôles : à la maison, la femme sera soumise au mari ; à la mairie, le mari sera subordonné à la femme. Belle merveille, ma foi ! L'autorité du mari aura beaucoup à y perdre, mais celle du maire n'aura rien à y gagner.
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