‹ L'égalitéChapitre 15 sur 133 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Plaçons la femme au sein des assemblées départementales ou législatives, et les dangers d'une situation fausse en ressortiront aussi évidents, plus évidents encore.

Inutile d'insister. Pour toute personne de bon sens, il est certain qu'en mêlant la femme aux agitations de la vie publique, on affaiblit l'esprit de famille et l'on porte en même temps à l'ordre social les plus redoutables coups qu'il puisse recevoir.

La nomination aux fonctions publiques, permanentes et rétribuées, a lieu habituellement dans des conditions plus calmes ; l'exercice en est aussi moins bruyant.

A notre époque, les institutrices laïques forment une légion énorme dont nul n'oserait nier le dévouement professionnel. Mais en générer! elles sont dans une situation pénible, plus digne de pitié que d'envie. Dans les campagnes surtout, à moins d'épouser des instituteur3, elles sont vouées à un isolement qu'elles n'avaient sans doute pas rêvé en embrassant cette carrière. En fart, comme elles sont presque toutes pauvres, les instituteurs leur préfèrent des filles de cultivateurs ou d'artisans aisés. Parcourez la liste officielle des mutations périodiques dans le personnel enseignant, et vous remarquerez que, sur vingt institutrices laïques, dix-huit sont célibataires. Mieux eût \*alu pour la plupart d'entre elles apprendre un métier manuel et se marier dans le milieu où elles avaient été élevées.

Depuis quelques années, l'Administration des postes et télégraphes a beaucoup augmenté l'importance du personnel féminin de ses bureaux; derrière certains guichets, on aperçoit toute une escouade de jeunes filles ou même de jeunes gens des deux sexes. Cette innovation a-t-elle amélioré le service ? L'Administration supérieure le sait sans doute mieux que nous, mais ce que nous savons bien, c'est que la moralité de ses employés n'a rien à gagner dans une telle promiscuité. Si le personnel masculin eût fait défaut, cette mesure n'eût paru

que périlleuse, mois comme il y avait déjà pléthore de ce côté, il est permis de la considérer comme tout à fait inopportune.

Les femmes ont le même droit au travail que les hommes ; nul ne songe à le leur contester. Mais, pour que régalité retrouve ses droits, faut-il que le bon sens perde les siens? En désertant les travaux de couture et de ménage pour prendre des emplois dans les bureaux de poste, les femmes y supplantent des jeunes garçons auxquels la brosse ou l'aiguille conviendront difficilement. L'égalité des deux sexes triomphe en apparence, mais rintérêt social périclite et la justice est méconnue. Or, régalité ne nous plait que parce qu'elle est l'expression habituelle de la justice ; elle doit donc s'effacer toutes les fois qu^elle est en contradiction avec elle. Cette remarque s'applique à l'égalité des sexes comme à toute autre égalité.

Page 1