‹ L'égalitéChapitre 19 sur 133 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

veuf, ou de la part d'une seconde femme auprès d'ua père remarié. Dans ces deux cas particuliers applica* blés à la mère également, on pourrait limiter les pouvoirs du testateur ; mais, dans tous les autres cas, il conviendrait de rétablir la liberté testamentaire.

Ainsi comprise, cette liberté n'entraînerait pas d'abus. Nous en puisons la certitude dans ce qui se passe actuellement. Il est peu de parents, en effet, qui enlèvent à leurs enfants la quotité disponible, même lorsque leur ingratitude ou leurs écarts de conduite appelleraient sur leur tête un châtiment plus sévère encore.

Mais la liberté n'en produira pas moins des effets sa-, lutaires ; elle agira comme, mesure préventive sur l'esprit des enfants qui s'amenderont par crainte d'una • exhérédation partielle ou même totale.

Si les Français étaient réellement épris. de liberté, il y a longtemps qu'ils auraient revendiqué celle-là ; mais on voit bien, par cet exemple choisi entre beaucoup d'autres, quelle est la légèreté de notre caractère national; Le rôle de l'Etat est essentiellement d'organiser la vie publique, de réglementer les rapports des pouvoirs publics avec les particuliers ; sous ce double rapport, nous redoutons tellement les empiétements de sa part que nous lui permettons à peine de remplir sa haute mission de protection sociale. En revanche, c'est aux particuliers qu'il appartient de régler tout ce qui touche à leur vie privée, dès lors qu'ils respectent l'ordre pu-, blic et les bonnes mœurs ; néanmoins, nous trouvons bon que les hommes de loi franchissent le sol inviolable du foyer domestique pour s'enquérir de la manière dont les parents déterminent leurs rapports pécuniaires avec leurs enfants.

Les meilleurs esprits réclament aujourd'hui la restauration de l'autorité paternelle, a II faut, dans la fa-: mille, dit M. Villey, une autorité forte et respectée, un foyer stable et permanent. Or nous n'avons aujourd'hui

rien de tout cela .... Les peuples pratiques, ceux qui ne sont point enclins aux théories métaphysiques, attachent la plus grande importance à la constitution d'une famille forte et stable, parce que c'est la base même de la société politique. » (Socialisme contemporain, p. 172.) Pour restaurer l'autorité paternelle, M. Villey propose seulement d'augmenter la quotité disponible et d'en supprimer les variations. Faible remède, en vérité ! Et encore serait-il difficile d'obtenir du Parlement son application.

En France, chacun se dit libéral pour le moins ; en fait, nous sommes plus réactionnaires que libéraux, c'est-à-dire que nous sommes dominés par l'esprit de réaction. Dans le seul domaine des lois civiles, on rencontre à chaque pas la trace de ce singulier état d'esprit. L'ancienne jurisprudence autorisait l'enfant naturel à demander des aliments à son père. Que fait la législation nouvelle ? Sans raisons plausibles, elle s'empresse d'interdire la recherche de la paternité. On a voulu, parait-il, étouffer les procès scandaleux, mais on a encouragé les actions scandaleuses, la séduction et la débauche, ce qui est pis encore. Sous l'ancien Régime^ le privilège des aînés établi dans beaucoup d'endroits au profit des familles nobles, amenait souvent, par l'influence des Cours et des villes, la réunion du vice et de la richesse. La noblesse jouissait alors d'un autre privilège qui a survécu aux autres, celui d'être enviée et partant d'être imitée. Qu'arrivait-il ? C'est que, un peu partout, et dans les provinces méridionales plus qu'ailleurs, des bourgeois et même des paysans testaient en faveur du âls aine. Survient la Révolution qui proclame l'égalité, mais en se laissant trop dominer par l'esprit de réaction contre les mœurs de l'ancien Régime ; elle étouffe donc la liberté dans une de ses prérogatives les plus essentielles : elle brise l'autorité du père de famille en lui enlevant le droit de disposer de son héritage.

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