‹ L'égalitéChapitre 21 sur 133 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De régalité devant le tribunal de Dien, devant le cnlte religieux et dans le temple. — La morale du Christ et Fégalité.

Lorsque l'immortel fabuliste disait dans ses vers :

« Suivant que vous serez puissant ou misérable, Les Jugements de Cour vous feront blanc ou noir n,

il cédait saDS doute à un mouvement de mauvaise hu-main ; il avait, lui Tami fidèle des mauvais jours, conservé le souvenir amer des cabales organisées contre Fouquet déchu, dans l'entourage du roi et jusqu'au sein même du tribunal qui l'a si sévèrement condamné. Le chancelier de l'Hospital montrait une connaissance plus exacte des faiblesses humaines, par les recommandations qu'il faisait à ses subordonnés : « Nous sommes les juges du champ et du pré, non des hommes, des mœurs ou de la religion. Quiconque ne se sent pas capable de suivre cette règle doit s'abstenir de l'office de juge.» Il est des magistrats accessibles sans doute aux influences venues du dehors, mais l'équité de leurs décisions n'a pas d'ennemis plus redoutables que leurs propres passions politiques ou religieuses.

a Resjudicata pro veritate habetur », disaient les jurisconsultes romains, avec leur sens éminemment pratique. Belle maxime, en vérité ! On ne saurait faire ressortir en de meilleurs termes 'l'autorité qui s'attache

aux verdicts des tribunaux. Mais, la plupart du temps, ces verdicts ne sont rendus qu'à la majorité des voix ; ils sont donc loin de satisfaire la conscience de tous ceux qui les couvrent de leur signature. Etant l'œuvre des hommes, ils participent des faiblesses et des imperfections humaines. Le juge consciencieux éprouve, dans Taccomplissement de sa tâche, le sentimentqu'il existe au-dessus de lui un être infaillible auquel il appartient de redresser les erreurs et de réparer les injustices. Ranimé par l'objectif constant de ses pensées, l'idéal de justice absolue frappe sans cesse son esprit et lui fournit ainsi une nouvelle preuve convaincante de l'existence de Dieu.

Devant ce tribunal suprême, la vérité apparaît aussi brillante que la lumière du jour, et toute décision intervient réellement en dernier ressort. Dès que Tàme humaine

— créée à l'image de Dieu — est affranchie des liens corporels, elle retourne vers son Créateur qui éprouve instantanément, au creuset de la justice, l'emploi qu'elle a fait, sur la terre, de sa liberté. Là point de distinction entre le puissant et le faible, entre le poète de génie et l'humble artisan, entre le justiciable et le juge que La Fontaine signale à son mépris ; tous sont égaux en ce sens que tous sont appelés à rendre compte du passé, et que toute action est appréciée, non d'après son éclat extérieur, mais d'après sa valeur intrinsèque.

Mais si la justice divine est égale pour tous, si elle rend à chacun le sien, quelle variété dans les jugements ! L'homme de bien, qui a toujours écouté la -voix de sa conscience, va s'asseoir tout resplendissant de ^oire à la droite de Dieu lui-même. Quant à ceux qui ont failli

— et que le nombre en est grand ! — ils sont frappés de peines dont la gravité est exactement proportionnée à celle de leurs fautes. Cuiqiie suum. Si donc Dieu a voulu que l'égalité régnât dans le ciel, c'est-à-dire que tous les hommes eussent le même droit à la même justice, il n'a

D-igitized byCjOOQlC

Page 1