‹ L'égalitéChapitre 22 sur 133 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pu entrer dans sa pensée de la bannir ici-bas. Quand Le Play s'écrie : « Liberté, égalité, progrès, esprit moderne, science moderne, civilisation, aristocratie, démocratie, tous ces mots Agurent au premier rang dans la phraséologie abrutissante Sous cette influence pénètrent de plus en plus, dans les couches inférieures de la Société, la haine des supériorités sociales et Tesprit de révolte contre toute autorité, » (Réf. soc. 3-305), nous craignons qu'il ne se laisse égarer par son amour excessif des traditions et des coutumes^ et nous demandons grâce au moins pour l'égalité.

Nous réclamons d'abord, n'en déplaise à Le Play, l'égalité en matière de religion. S'il est un point incontesté parmi nous,, c'est que le culte de la divinité ne doit être le privilège ni d'une caste, ni d'un individu. Il n'en a pas toujours été ainsi. En Italie, par exemple, le client, le villicus, n'avait pas de culte à lui-même, il suivait celui du patron qui établissait ainsi sa surprématie religieuse. Après de très longs efforts, « la classe inférieure réussit à avoir, elle aussi, sa religion. Ces hommes avaient dans le cœur, on peut le supposer, ce sentiment religieux qui est inséparable de notre nature et qui nous fait un besoin de l'adoration et de la prière. Ils souffraient donc de se voir écarter delà religion par l'antique principe qui prescrivait que chaque Dieu appartint à une famille et que le droit de prier ne se transmit qu'avec le sang. Ils travaillèrent à avoir ainsi un culte. » (Cité antique, p. 354.)

^ La plèbe romaine fut aussi longtemps exclue du sacerdoce parce que le prêtre était un magistrat, le pontife un jiige, et que l'augure pouvait dissoudre les assemblées politiques.

' Chez les Hindous, les Brahmanes, prêtres de Brahma et docteurs de sa religion, sont choisis dans une caste ; au privilège d'exercer le culte s'ajoute pour eux celui d'assister le prince, de rendre la justice et d'exercer la médecine.

Pareille exclusion des classes populaires ne s'est ja^ mais rencontrée dans l'histoire delà religion chrétienne ; elle eût été contraire à la pensée de son fondateur qui, né dans une famille d'artisans, avait choisi la plupart de ses disciples parmi de pauvres pêcheurs. Avant la Révolution française, beaucoup de noblesse faisaient attribuer les riches prébendes attachées aux canonicats ou aux abbayes, tout en abandonnant à d'autres, plus zélés et plus modestes, la charge du ministère sacré ; ces abus ont heureusement disparu. Mais, loin de revendiquer pour elles le monopole des fonctions ecclésiastiques, les familles nobles ou fortunées s'en éloignent de plus en plus; presque tous les jeunes séminaristes, appartenant à 4es familles pauvres, sont, pendant de longues années, préparés au ministère sacré, aux frais de leur diocèse qui supporte, de ce cheî, une dépense considérable.

Quand l'égalité règne à la porte du temple, il est malséant de la bannir du temple lui-même ; dans la maison de Dieu, tous les rangs doivent être confondus comme ils le sont aux pieds mêmes de son tribunal suprême. L'Espagne et la Russie ont, sous ce rapport, mieux conservé que les autres peuples le véritable esprit du christianisme ; elles admettent dans les églises le riche et le pauvre sur le pied d'une égalité parfaite.

Les peuples musulmans de la Turquie gardent aussi, dans son intégrité, la même tradition.

En France, sous l'ancien régime, par suite de fondations ou d'acquisitions, des sièges d'honneur étaient réservés aux notables et surtout aux nobles dans les églises ; les uns et les autres étaient très jaloux de ce privilège. Sur les registres d'état-civil d'une commune de Beauce, à Thignonville, nous avons relevé le procèsverbal suivant portant la date du 18 juillet 1790 : « Des habitans ont demandé, dit le curé-rédacteur, qu'il n'y ait plus à la venir (sic) de droits honorifiques aux sei-

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