CHAPITRE V
gneurs ou autres, conformément aux décrets de l'Assemblée nationale ; nous avons été à la pluralité des voix (à la sortie de la messe ) ; le plus grand nombre a décidé qu'en considération et en reconnaissance des bienfaits de la respectable maison de Prunelé et de Bizemont, que nous pouvions continuer à présenter le pain bénit d'honneur & nos respectables seigneurs. Leur accordons l'usage de la chapelle (Saint-Marcou, dans l'église), comme par le passé, sans néanmoins que nos dits seigneurs puissent l'exiger comme.un droit permanent, à moins que la loi en ai réglé autrement ; bien entendu que si l'Assemblée nationale le trouvait mauvais, nous nous soumettrions aux décrets. »
Procès-verbal touchant et naïf à la fois ! La famille de Bizemont ayant abandonné le village depuis longtemps, cette délibération n'est plus exécutée ; mais actuellement encore, dans un grand nombre de communes rurales et même de villes, on suit, pour les notables, des usages à peu près conformes à celui-là.
En Angleterre, les classes supérieures, très attachées aux pratiques religieuses, vont plus loin encore ; elles accaparent toutes les places intérieures, de sorte qu'il n'est pas rare de voir les ouvriers entassés à l'embrasure de la porte du temple.
De tels abus sont regrettables. Dans tous les pays chrétiens, . on devrait bien en revenir à la coutume russe ou espagnole.
Pendant plusieurs siècles, les luttes et les querelles religieuses ont troublé la paix de l'Europe, et notre pays n'a pas été le moins éprouvé. Quel bienfait pour un peuple que la liberté religieuse ! quel admirable instrument de pacification que l'Edit de Nantes ! Pour qui descend au fond des choses, la révocation de cet Edit a été la première cause de nos malheurs. Si l'on nous demandait À quelle époque se place l'apogée de la France, nous répondrions sans hésiter : à la veille même du
17 octobre 1685. Le lendemain, la décadence commençait. Dieu veuille qu'elle ne soit pas trop rapide ! Que ceux qui ne partagent pas notre avis consultent sur ce point l'histoire der notre malheureuse patrie. La violence appelle la violence ; dans les excès de la Terreur retentissait un écho lointain mais facilement reconnaissable des dragonades de Louis XIV.
Aujourd'hui, en Europe, la loi ou la coutume admettent généralement la liberté des cultes, en quoi elles répondent au vœu de la majorité des habitants. Quant à l'égalité des cultes, c'est autre chose : il y a deux manières pour l'Etat d'y parvenir, c'est de n'en protéger aucun ou de les protéger tous au même titre; la première est adoptée par les Etats-Unis d'Amérique, la seconde par la France. A la suite d'événements que tout le mondé connaît, le Gouvernement français a salarié les ministres des cultes catholique, protestant et israélite, et pourvu, autant que possible, à l'entretien des temples.
Si elles ont des adeptes parmi nous, les autres religions n'en ont pas assez pour attirer sur leurs ministres l'attention généreuse du législateur : de minimis non curât prœtor.
C'est comme spiritualiste que nous examinons ici le principe d'égalité et que nous le rattachons, dans ce qu'il a de vrai, à l'idée de Dieu et de justice. Mais l'influence de la religion chrétienne sur le développement de la civilisation a été trop grande depuis dix-neuf siècles, pour qu'on ne Tait pas discutée, au point de vue qui nous occupe.
Selon Proudhon, « l'Eglise affirme comme nécessaire et providentielle l'inégalité des conditions ; elle fait du paupérisme un jugement de Dieu; par la prédestination et par la grâce, elle aboutit à la négation de l'égalité ». (De la justice dans la Révolution et dans l'Eglise.)
« Puisque l'inégalité est dans le Ciel, dit Edgar Quinet, comment ne serait-elle pas sur la terre ? Pourquoi les
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