‹ L'égalitéChapitre 24 sur 133 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

uns ne seraient-ils pas immuablement prédestinés à jouir de la vie future? Un petit nombre d'élus dans le Ciel! un petit nombre d'élus sur la terre! » (Christianisme et Révolution française.)

Tout se réduit à une objection tirée par Proudhon et par Quinet du prétendu décret de la Providence qui, suivant certains docteurs, réglerait d'avance que tels hommes seront sauvés et que tels hommes ne le seront pas; mais cette opinion qu'il serait difficile de concilier en effet soit avec la liberté, sôit avec l'égalité, n'a pas été, que nous sachions, admise par l'Eglise comme règle de foi. Inutile donc de nous arrêter plus longtemps à cette objection que Proudhon lui-même va se charger de détruire de ses propres mains«

Les philosophes grées avaient, les premiers, placé l'idée du droit à c6té de celle du devoir. Ils avaient, suivant le langage de Platon, remué ce qui jusqu'alors avait été immuable, en mettant la règle du sentiment religieux et celle de la politique dans la conscience humaine, et non plus dans les coutumes des ancêtres, dans l'invariable tradition.

Quelques siècles plus tard vint la prédication du Christ qui, aux yeux de Proudhon lui-même, fut nettement socialiste: «Ce fut, dit-il, la réforme sociale; rien de plus, rien de moins ; ce fut la liberté, l'égalité, la fraternité,

programme éternel des pauvres et des opprimés ;

comme but, l'égalité des conditions parmi les hommes; comme moyen, la réforme des mœurs; comme sanction, l'immortalité de l'àme »>. Nous voilà bien éloignés de la doctrine de l'Eglise dont le même Proudhon nous parlait tout à l'heure!

a II faut, d'après Baudot, appliquer à la politique l'égalité que l'Evangile accordait aux premiers chrétiens. » De Laveleye, auquel nous empruntons cette citation, ajoute avec plus de modération: a Quand le sentiment religieux implique la croyance en la justice divine et le

désir de la voir se réaliser ici-bas, il conduit nécessairement à condamner l'iniquité qui règne dans les relations sociales et, par conséquent, à des aspirations éga^ litaires et socialistes. » (Socialisme contemporain, XII.)

Il s'agit maintenant de démêler la part de vérité et la part d'erreur que cette opinion renferme.

Le Christ disait aux pauvres, c'est encore M. de Laveleye qui nous le rappelle : « Les premiers seront les derniers : heureux les pacifiques, car ils posséderont la terre ! » De telles paroles étaient pleines d'enseignements et de consolations ; elles encourageaient le pauvre à la résignation, puis au travail qui engendre la propriété.

Se tournant vers les riches, le Christ ajoutait (M. de Laveleye aurait pu nous le rappeler) : a Malheur à vous qui avez votre consolation sur la terre! Vendez votre bien et donnez- en le prix aux pauvres. »

Si Ton eût pris ses exhortations au pied de la lettre, une partie des pauvres seraient devenus riches,* et tous les riches seraient devenus pauvres ; la misère aurait changé de demeure, mais elle n'aurait pas quitté le séjour de la terre. Il ne faut donc y voir que l'exaltation de la charité qui est en effet devenue une vertu essentiellement chrétienne.

A tous, riches et pauvres, il recommandait en outre d'être justes: a Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Qui donc, même parmi les indifférents ou les athées, ne connaît les actes et les paroles du Christ? Quelle semence produisit jamais une plus riche moisson? Quel levain donna jamais une pÀte plus divine? Quel autre a jamais, par sa seule force, 'déterminé un mouvement d'idées capables de changer la face du monde? On conçoit que J.*J. Rousseau, malgré ses préventions, se soit écrié dans un accès d'enthousiasme : « Si la vie et la mort de Socrate sont celles d'un homme, la vie et la mort de Jésus sont celles d'un Dieu. »

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